Agents IA : ce que Google Cloud Next révèle de l'entreprise de demain

Agents IA : ce que Google Cloud Next révèle de l'entreprise de demain L'IA agentique est en marche. Depuis Google Cloud Next à Las Vegas, tour d'horizon de la réalité des déploiements actuels et des transformations qu'elle promet.

Scalabilité, gouvernance, sécurité. Depuis Google Cloud Next à Las Vegas, Google a tenté de répondre aux trois grandes problématiques des entreprises face à l'IA agentique. Gemini Enterprise Agent Platform, TPU de huitième génération, agents de red teaming : les annonces ont été nombreuses et les ambitions affichées sans ambiguïté. L'IA agentique ne se limite plus à optimiser les coûts opérationnels, elle doit désormais créer de nouvelles opportunités de croissance, transformer les modèles économiques et, au-delà de l'entreprise, s'attaquer à des problèmes que l'humanité n'a pas encore réussi à résoudre. Les promesses sont à la hauteur des investissements : historiques.

Des déploiements à deux vitesses

Sur le marché français, le déploiement de l'IA agentique suit un rythme contrasté. Du côté des grands groupes du CAC 40, les premiers agents en production existent, mais ils restent circonscrits à des domaines très précis : supply chain, demand forecasting, optimisation logistique. Anthony Cirot, VP EMEA South chez Google Cloud, est direct sur le sujet : "Il n'y a pas des milliers d'agents" chez les clients français. Les directions générales veulent aller vite, voire "aller en prod demain matin", mais la réalité opérationnelle ralentit la mise à l'échelle. A date, les organisations ont en moyenne 2 à 5 cas d'usage en production, sur 150 à 200 cas identifiés.

La publication de Mythos par Anthropic quelques jours avant la conférence avait déjà mis les clients sous tension, au point que les équipes Google Cloud ont dû intervenir en amont pour rassurer les grands comptes sur les implications réelles. Dans ce contexte, les clients présents sur Next, plus d'une centaine de grands groupes européens, ont surtout retenu le volet sécurité de l'évènement. Les annonces autour de la détection et remédiation agentique, l'intégration de Wiz et la capacité à déployer des agents de sécurité sur l'ensemble de l'infrastructure ont généré des réactions immédiates, nous assure la direction EMEA de Google Cloud.

L'entreprise du futur sera agentique ou ne sera pas

Plus intéressant encore, les annonces sur la gouvernance agentique commencent à donner une première idée de l'entreprise du futur. Pour Anil Jain, global managing director strategic industries chez Google Cloud, le modèle qui se dessine est celui d'un collaborateur augmenté, assisté en permanence par un agent qui orchestre lui-même un réseau d'agents spécialisés. "Pas comme une calculatrice, mais comme un vrai collaborateur", nous résume-t-il. Et d'ajouter : "La créativité, le jugement, l'empathie que l'humain apporte aux décisions seront maximisés, parce qu'il disposera de plus d'informations, de plus de guidance, et de la capacité d'agir plus vite."

Interrogé sur la possibilité de voir émerger des entreprises atteignant le milliard de dollars sans employés et uniquement avec des agents, Anil Jain est direct : "Ce sera très niche et très limité." Pour l'expert, seuls quelques cas très spécifiques s'y prêtent : des systèmes hautement techniques, reposant sur des processus répétables et scalables à l'infini, où la valeur générée ne dépend pas de l'interaction humaine. Mais pour l'immense majorité des secteurs legacy, l'IA viendra augmenter l'organisation, pas la remplacer.

Le moment “breakthrough” pour les sciences et la santé

Mais l'IA agentique ne va pas seulement transformer les entreprises. Elle promet, sur le papier, de trouver des solutions à des problèmes à l'échelle planétaire qu'aucun humain n'est parvenu à résoudre. La découverte de nouveaux matériaux, l'accélération du développement de médicaments, la lutte contre le changement climatique : autant de domaines où les agents, adossés aux modèles scientifiques de fondation de Google DeepMind, pourraient compresser des décennies de recherche en quelques années. La capacité des agents à orchestrer des flux de traitement massifs permet de scaler encore plus rapidement sur le volet recherche. "Il y a tellement d'informations à traiter, tellement d'idées à tester, que si vous avez des assistants surpuissants qui traitent tout ça en parallèle, imaginez ce qu'on pourrait accomplir", s'enthousiasme Anil Jain, scientifique de formation.

Mais cette promesse se heurte à une contrainte que Google assume désormais publiquement : la demande en compute dépasse aujourd'hui la capacité disponible. C'est dans ce contexte que les TPU de huitième génération annoncés à Next prennent tout leur sens. "La plupart des gens ne comprennent pas ce que ça signifie vraiment", reconnaît Anil Jain, "mais les enjeux du rapport coût / performance sont considérables : vous augmentez les performances, vous réduisez la consommation énergétique, vous faites plus avec moins." Ainsi, même si la demande globale continue de croître, le coût énergétique unitaire baisse à mesure que la performance par puce augmente.

TPU, gouvernance agentique, agent de sécurité… Google a répondu à Las Vegas à presque toutes les questions techniques. Mais le principal frein à l'adoption reste, selon Anil Jain lui-même, la conduite du changement au sein des organisations. Faire monter en compétence les équipes, embarquer les métiers et créer la confiance… C'est véritablement là que se joue la course. Et sur ce terrain, les entreprises (notamment françaises et européennes) ont encore du chemin à faire.