Rémy Cadène (Uma) "A terme, nos robots pourront participer à l'assemblage des générations suivantes"

Fondée il y a seulement neuf mois, la start-up française UMA vient désormais de dévoiler North Star, le design de son futur robot humanoïde, ainsi que Version 0, son premier prototype fonctionnel. Son cofondateur et CEO, Rémi Cadène, revient sur la stratégie de l'entreprise.

JDN. Pouvez-vous nous présenter UMA et son ambition ?

Rémi Cadène est cofondateur et CEO d’UMA © Uma

Rémi Cadène. UMA signifie Universal Mechanical Assistant. Notre ambition est de développer des robots généralistes capables d'automatiser un très large éventail de tâches. Il s’agit de robots mobiles, sur roues ou sur jambes selon les usages, dotés de mains pour manipuler des objets et des outils, ainsi que d'une intelligence artificielle capable d'apprendre et de s'adapter à son environnement. D'ici à la fin de l'année, nous prévoyons de déployer nos premiers prototypes dans des centres logistiques afin de répondre aux besoins d'automatisation du secteur et de valider notre technologie, qui combine intelligence artificielle, logiciel et matériel.

Vous avez déjà noué des partenariats avec des acteurs de la logistique ?

Nous collaborons actuellement avec une cinquantaine d'entreprises. Nous avons déjà effectué plus d'une quinzaine de visites d'usines et de centres logistiques afin d'identifier les tâches sur lesquelles nos robots pourront être déployés le plus efficacement.

Pourquoi avoir choisi la logistique comme premier marché ?

La logistique constitue un excellent point de départ. Les environnements y sont relativement prévisibles tout en reposant encore largement sur le travail humain. Beaucoup de tâches sont répétitives, pénibles et peu valorisantes, tout en exigeant une certaine capacité d'adaptation. Sur certains postes, le taux de rotation peut atteindre 60% après seulement un an. Il existe donc un réel besoin de robots capables d'assister les équipes humaines. Par ailleurs, un même site logistique peut accueillir plusieurs centaines de robots, ce qui permet un déploiement rapide à grande échelle. La deuxième étape de notre feuille de route concernera l'assemblage de produits légers. Ces opérations exigent davantage de dextérité, notamment pour manipuler des outils et réaliser des séquences d'assemblage plus complexes. A plus long terme, nous visons également le marché grand public avec des robots destinés aux particuliers.

Vous avez dévoilé North Star, votre futur robot humanoïde. Pouvez-vous nous le présenter ?

Nous avons choisi une morphologie humanoïde parce qu'elle permet au robot d'interagir naturellement avec un monde conçu pour les humains. De la même manière que les grands modèles de langage ont rendu l'intelligence artificielle accessible à tous, nous voulons que nos robots puissent évoluer dans les mêmes environnements que nous et utiliser les mêmes outils. North Star est donc équipé de jambes pour se déplacer et de mains capables de manipuler une grande variété d'objets. Le robot porte un vêtement technique et une tête lumineuse qui permet de l'identifier immédiatement comme un robot, même à distance. Nous avons travaillé des mouvements calmes et naturels afin d'inspirer confiance tout en reflétant sa précision.

Vous avez également dévoilé Version 0, votre premier prototype fonctionnel.

Il a été conçu et développé dans notre laboratoire parisien, et intègre déjà toute l'intelligence artificielle nécessaire au contrôle du robot. Il sait marcher, maintenir son équilibre et réagir aux perturbations. Ce prototype nous permet de valider les briques technologiques essentielles de notre plateforme avant la construction de la version finale de North Star.

Vous insistez sur la sécurité. Comment cela se traduit-il dans le design ?

Dès la conception, nous avons retenu trois grands principes. Le premier est un design léger afin de limiter les risques en cas d'interaction avec un humain. Le deuxième repose sur une architecture redondante, inspirée de l'aéronautique. Nous multiplions les systèmes indépendants, aussi bien matériels que logiciels, afin qu'ils se contrôlent mutuellement. Enfin, nous développons notre propre world model, un modèle capable de prédire les conséquences des actions envisagées par l'intelligence artificielle principale. Si un mouvement n'est pas jugé suffisamment sûr, précis ou si son résultat est trop incertain, il n'est tout simplement pas exécuté.

Comment envisagez-vous le passage à l'échelle et l'industrialisation de vos robots ?

Notre priorité est d'avancer le plus rapidement possible tout en démontrant nos capacités en intelligence artificielle appliquée à la robotique. Nous avons déjà démontré notre capacité à développer notre IA, à concevoir notre propre matériel et à définir une stratégie industrielle cohérente. Notre objectif est désormais de valider cette approche d'ici à la fin de l'année en déployant nos premiers prototypes chez des clients pilotes. Ces phases de test dureront environ quatre semaines et s'appuieront sur des indicateurs de performance définis avec nos partenaires. A plus long terme, nous pensons que des robots suffisamment dextres pourront participer eux-mêmes à l'assemblage des générations suivantes de robots.

L'industrie automobile semble présenter de nombreuses synergies avec la robotique humanoïde, ce qui peut permettre de produire à l’échelle. Est-ce une piste que vous explorez ?

Oui. L'industrie automobile est en pleine transformation et cherche de nouveaux débouchés pour un savoir-faire industriel développé depuis plusieurs décennies. Des partenariats avec ce secteur pourraient accélérer le développement et l'industrialisation de nos robots.

Mais notre priorité est aujourd'hui ailleurs. En tant que très jeune entreprise, notre principal défi est de démontrer le potentiel de notre technologie et d'attirer les meilleurs talents mondiaux. Nous souhaitons également contribuer à structurer un véritable écosystème européen de la robotique humanoïde. C'est dans cette optique que nous avons créé Neon Noir, un lieu dédié aux hackathons, conférences et rencontres autour de l'intelligence artificielle, du hardware et de la robotique.

Quel sera votre modèle économique : vente directe ou Robot-as-a-Service ?

Nous avons choisi un modèle Robot-as-a-Service. En réalité, ce que nous proposons, c'est une solution d'automatisation. Nos clients loueront les robots via un abonnement mensuel, éventuellement complété par un coût d'installation selon les besoins. Nous n'avons pas encore communiqué sur les tarifs.

Vous développez également votre propre world model. Est-ce, selon vous, une étape clé pour accélérer les progrès de la robotique ?

Selon nous, il existe deux grandes façons d'apprendre. La première consiste à observer une tâche puis à la reproduire jusqu'à la maîtriser. C'est le principe de notre technologie de Real-Time Learning, qui permet au robot d'acquérir rapidement de nouvelles compétences par la pratique. La seconde consiste à anticiper en permanence les conséquences de ses actions. C'est précisément le rôle du world model. Il permet au robot de simuler plusieurs scénarios, d'en évaluer les conséquences, puis de choisir l'action la plus sûre et la plus efficace. Cette capacité améliore à la fois la sécurité et la vitesse d'apprentissage, deux éléments essentiels pour développer des robots capables d'évoluer dans des environnements complexes, y compris à terme dans les foyers.

Quelles seront les prochaines étapes d'UMA ?

D'ici la fin de l'année, nous voulons déployer nos premiers robots chez des clients pilotes afin de valider trois éléments essentiels : la technologie, le produit et son modèle économique. Ensuite, nous poursuivrons notre développement en accélérant la croissance de l'entreprise et en continuant à recruter les meilleurs talents. C'est, selon nous, le principal facteur de réussite.