ChapsVision : comment fonctionne le remplaçant français de Palantir à la DGSI

ChapsVision : comment fonctionne le remplaçant français de Palantir à la DGSI Nativement souveraine, la plateforme Argonos de ChapsVision va équiper une grande partie de l'administration française, au-delà de la DGSI.

C'est le remplaçant officiel de la suite Gotham de Palantir. Dans les prochains mois, l'entreprise française ChapsVision va équiper les postes de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI)  pour se substituer à son concurrent américain. En quête d'une solution souveraine, l'Etat français peut désormais s'appuyer sur une plateforme mature, capable de traiter n'importe quel type de données. Bâti sur une architecture en briques modulaires, Argonos, c'est son nom, permet à la fois de centraliser la donnée sur une seule plateforme et d'en tirer une intelligence très fine. Le but ultime, pour un service de renseignement : débusquer des signaux faibles noyés dans des masses de données hétérogènes.

Une plateforme pour toutes les données

Argonos ne sera pas réservé à la seule DGSI. La plateforme a été retenue par la France sur les deux lots du marché OTDH (outil de traitement des données hétérogènes), destiné à équiper plusieurs ministères et administrations. “L’Etat ne cherchait pas uniquement un remplaçant à Palantir, mais une solution capable d’équiper l’ensemble de ses services pour traiter efficacement leurs données”, explique Eric Bourry, VP Innovation de ChapsVision. Les déploiements se feront progressivement, selon les besoins et les contraintes propres à chaque administration.

Le premier lot de la solution permet d’ingérer et de centraliser pratiquement n’importe quel type de donnée. Enregistrements d’appels, images satellitaires, flux de vidéosurveillance en direct, coordonnées GPS, documents, emails ou données issues de téléphones peuvent être regroupés dans Argonos, puis nettoyés, dédoublonnés et enrichis. “Le cœur du lot 1 consiste à transformer un amas de données brutes et hétérogènes en informations réellement exploitables”, résume Eric Bourry.

Les attentats de 2015 ont notamment mis en lumière les difficultés des services français à partager, rapprocher et exploiter suffisamment rapidement des informations dispersées dans plusieurs systèmes. L’enjeu n’était donc pas seulement de collecter davantage de données, mais de parvenir à faire émerger une menace au milieu de la masse d’informations déjà disponibles. C’est précisément pour cette raison que la DGSI avait retenu, fin 2016, la plateforme Gotham de Palantir, faute de solution française.

Une intelligence très fine

C'est toutefois le second lot, attribué cette année à ChapsVision, qui apporte la véritable valeur ajoutée de la plateforme : l’intelligence. Au cœur d’Argonos se trouve un graphe de connaissances, autour duquel viennent s’articuler les différentes briques d’analyse. La plateforme s’appuie notamment sur les technologies issues des acquisitions de Sinequa et Systran. La première apporte ses capacités de recherche cognitive et sémantique et de RAG. La seconde fournit des fonctions de traduction automatique, de transcription et de traitement multilingue. Une fois les données ingérées, nettoyées et enrichies, elles sont transformées en entités reliées entre elles dans le graphe.

“Le graphe de connaissances permet de connecter des événements qui, de prime abord, ne semblent pas liés. Une personne peut ne jamais avoir échangé directement avec une autre, mais être reliée à elle par plusieurs intermédiaires, des lieux communs, des flux financiers ou des événements successifs”, illustre Eric Bourry. Une image satellite, un appel, une position GPS, un email ou une vidéo peuvent ainsi être rapprochés pour faire apparaître une relation jusque-là invisible. “Il y a souvent davantage d’informations dans les liens entre les objets que dans les objets eux-mêmes”, ajoute-t-il.

Enfin, dernier atout, Argonos est entièrement modulaire. “Si le client est autorisé à faire de la reconnaissance faciale, il peut brancher sa propre brique dans la plateforme”, illustre Eric Bourry. Chaque service peut ainsi choisir, remplacer ou ajouter ses outils selon ses besoins.

La révolution attendue de l’IA agentique

Si Argonos n'a pas été conçu à l'origine pour l'IA agentique, c'est désormais le principal chantier de ChapsVision. Dans les prochains mois, l'éditeur prévoit d'étendre sa plateforme afin que l'ensemble de ses capacités (indexation, recherche, graphes de connaissances…) puissent être pilotées directement par des agents IA. En parallèle, de nouveaux modules seront ajoutés pour permettre de superviser et sécuriser les agents en s'appuyant sur les droits d'accès et la traçabilité déjà fournis par la plateforme.

Très concrètement, on peut imaginer des dizaines d’agents spécialisés travailler en parallèle, simuler des scénarios, confronter des hypothèses, interroger le graphe de connaissances et croiser des signaux qu’aucun analyste n’aurait les moyens de rapprocher dans un temps limité. Interrogé sur cette capacité à faire collaborer plusieurs agents, Eric Bourry confirme que “c’est clairement une cible qui va être assez rapidement atteinte”. A terme, Argonos pourrait, ne plus se contenter de retrouver l’information pertinente mais anticiper des événements futurs.