Partage de fichiers en mode cloud : 1 Frenchie contre 4 géants US

Partage de fichiers en mode cloud : 1 Frenchie contre 4 géants US Box, Dropbox, Google Drive, OneDrive et Oodrive... Quel est le positionnement de ces différentes offres ? Comment les comparer ?

En l'espace de dix ans, les solutions de stockage et partage de fichiers dans le cloud ont explosé. Venu du grand public avec Dropbox, le concept du "sync and share" s'est rapidement imposé en entreprise. Depuis, le marché est rentré dans le rang. Box, Dropbox, Google Drive ou Microsoft OneDrive proposent tous une déclinaison professionnelle de leur solution. Des gages ont été donnés aux DSI en termes de versioning de fichiers, de classification des contenus au moyen de métadonnées, de stratégies de rétention et d'archivage.  Sur ce segment, des éditeurs se sont a contrario d'emblée positionnés sur le segment des entreprises. C'est le cas en France d'Oodrive. Le seul acteur hors Etats-Unis à sortir du lot.

Comparatif des outils de partage de fichiers en mode cloud
  Année de création Stockage illimité Taille maximale d'un fichier Streaming de fichiers Datacenter en France
Box 2005 A partir de 12 € par utilisateur et par mois 5 Go Oui Non
Dropbox Business 2007 A partir de 15 € par utilisateur et par mois 20 Go Oui Non
Google Drive 2012 A partir de 8 € par utilisateur et par mois Jusqu'à 5 To (hors fichiers bureautiques) Oui Non
Microsoft
OneDrive
2007 A partir de 100,80 € par an par utilisateur en version "stand alone" 15 Go Non En version finale d'ici fin mars
Oodrive 
PostFiles
2000 NC NC Non Oui

"Les DSI ont rapidement compris qu'il s'agissait là d'un vrai besoin fonctionnel mais qu'ils devaient en encadrer l'usage pour que cela ne soit pas l'anarchie", se souvient Frédéric Bréard, fondateur du cabinet d'études Infraweb. Les éditeurs de solutions se sont adaptés pour parvenir à un compromis entre liberté et sécurité. Aujourd'hui, une DSI peut appliquer toutes sortes de règles pour déterminer quelles sont les données partageables ou non, pour en limiter l'accès en créant des liens avec date d'expiration. De même, il est aussi possible de suivre l'historique des échanges (consultations, modifications...).

"Ces solutions se sont surajoutées aux outils de gestion électronique de documents et de collaboration existants. Avec le risque d'une redondance de l'information"

En parallèle, les solutions se sont fortement enrichies sur le plan fonctionnel. La comparaison entre les différents produits ne peut plus se limiter au seul coût par Go. Au-delà du stockage dans le cloud et le partage d'URL, ils gèrent désormais le streaming de vidéos ou le travail collaboratif, jusqu'à la coédition de documents comme le proposent Google, Microsoft ou Dropbox (avec Paper).

Pour devenir incontournables, Box et Dropbox ont par exemple multiplié les APIs pour s'interfacer avec un grand nombre d'applications tierces. Ces plateformes se synchronisent notamment avec Office 365, intègrent la signature électronique, poussent les fichiers dans le flux de conversations d'un Slack ou d'un Trello. Dropbox revendique plus de 300 000 applications compatibles.

"Ces solutions se sont surajoutées aux outils de gestion électronique de documents et de collaboration existants. Avec le risque d'une redondance de l'information. On retrouve les mêmes données doublonnées sur les serveurs, les intranets et autres espaces collaboratifs", prévient Frédéric Bréard. Pour le consultant, les Box, Dropbox et autres Google Drive doivent devenir désormais des référentiels de fichiers pour l'ensemble des applications d'entreprise.

Pure players vs suites intégrées

Schématiquement, le marché comprend deux typologies d'acteurs. D'un côté, il y a les "pure players", avec des cibles qui se complètent : Dropbox s'est originellement orienté vers les particuliers, les indépendants et les PME, et Box vers les ETI et les grands comptes en jouant la carte de la volumétrie. De l'autre, on trouve les mastodontes Google et Microsoft dont les solutions de stockage tirent leur pertinence d'une intégration à des suites collaboratives, G Suite pour le premier, Office 365 pour le second.

"A la différence des offres d'entreprise de Box et Dropbox, Google et Microsoft ont, paradoxalement, une approche centrée sur l'utilisateur", note  Frédéric Bréard. "Ce qui peut être vu comme une faiblesse en matière de collaboration et gestion de projet." Ce à quoi Google tente de remédier.  Dans cette optique, le groupe a lancé Team Drives qui vise à faciliter la gestion de projet via des espaces de travail partagés. Aux yeux de Frédéric Bréard, le lancement par Microsoft de Teams en mars 2017 n'a, en revanche, rien apporté, l'application de messagerie d'équipe ne faisant qu'appeler OneDrive, sans véritablement l'intégrer. L'inflation d'outils de partage dans le portefeuille de Microsoft créerait, par ailleurs, la confusion. Tel document doit-il être partagé sur OneDrive ? Office 365 Groups ? Yammer ? SharePoint ? "Quand on pose la question 'où mettez-vous vos fichiers ?' aux utilisateurs d'Office 365, les réponses sont multiples", observe Frédéric Bréard.

Le RGPD va-t-il rebattre les cartes ?

Enfin, on trouve le régional de l'étape, Oodrive qui, avec PostFiles, propose des espaces de stockage et de partage pour les professionnels dans le cloud ou sur site. Ce Dropbox français B2B a levé 65 millions d'euros en mars dernier pour se renforcer à l'international. Oodrive entend profiter de la mise en œuvre imminente du règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) pour s'imposer en Europe face aux champions américains.

"Une entreprise peut exiger un droit d'audit et dépêcher un cabinet spécialisé"

Microsoft disposera aussi de deux régions en France d'ici fin mars (elles sont actuellement en preview). Quant à Box, Dropbox ou Google, ils se limitent pour l'heure à des hébergements dans d'autres pays (en général l'Irlande et/ou l'Allemagne). Dans son dernier benchmark du marché, Gartner appelle à la vigilance sur ce point. Box et Dropbox, explique le cabinet d'études, centralisent les métadonnées aux Etats-Unis. Côtés éditeurs américains, Microsoft est le seul à proposer réellement une approche hybride.

Pour Frédéric Bréard, la sécurité est un vaste sujet qui ne saurait se réduire aux seuls critères de localisation des données et de conformité réglementaire (privacy shield, BCR, RGPD), "comme si on pouvait apposer une ligne Maginot dans le cloud". Comme tous les fournisseurs affichent les mêmes tampons (certifications ISO 27 001 et 27 018, chiffrement TLS/SSL pour les données échangées,  chiffrement AES de 128 à 256 bits pour les données stockées), il est difficile de les départager. "Pour s'assurer que les dispositifs soient réellement appliqués, une entreprise peut exiger un droit d'audit et dépêcher un cabinet spécialisé. Cela doit dépasser la seule visite du datacenter", conseil l'expert.

Streaming de fichiers et IA

Pour se démarquer, les fournisseurs jouent la carte de l'innovation. Depuis un an, ils proposent un nouveau moyen d'accès : le streaming. Alternative à la synchronisation, cette technologie permet de visualiser des documents distants sans pour autant les télécharger. L'utilisateur accède à ses documents depuis son explorateur de fichiers ou la barre de recherche de son poste de travail. Dropbox (avec Smart Sync), Box (Box Drive), Google (Drive File Stream) ont tous lancé ce type de service en version bêta courant 2017.

Autre élément de différenciation : l'apport de l'intelligence artificielle. Lors de sa dernière conférence annuelle, BoxWorks, en octobre dernier, Box a présenté Box Skills, un framework dédié à la conception d'outils de machine learning. Il permettra aux développeurs d'appliquer des processus métier intelligents aux contenus hébergés chez Box, tels l'indexation d'une vidéo, la retranscription d'un fichier audio ou l'analyse sémantique. Tirant également profit du machine learning, Box Graph (dévoilé en parallèle) permet de pousser à l'utilisateur les contenus les plus pertinents en fonction de son activité et de son réseau de contacts en entreprise.

Dropbox fait lui aussi appel au machine learning. Il l'applique à la reconnaissance optique de caractères (OCR) des documents numérisés. Et qu'en est-il d'Oodrive ? Le Français prend également le virage de l'IA, notamment avec le récent rachat d'Algoba Systems, un spécialiste du digital asset management (DAM).

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