Au CES, une meute d'IA de niche

Au CES, une meute d'IA de niche Profitant des technos mises à disposition par des grands noms de l'intelligence artificielle comme Google ou Microsoft, des start-up lancent des IA ultra-spécialisées répondant à des besoins B2B.

L'IA à toutes les sauces. Cette année au CES, de nombreuse start-up ont présenté des produits et solutions basées sur l'intelligence artificielle. Au-delà des gadgets grand public comme les chatbots, enceintes connectées, et autres robots de compagnie dopés à l'IA aperçus sur le salon, on trouve aussi des applications B2B spécialisées avec des cas d'usage concrets en entreprise.

Par exemple chez les industriels. Ces derniers s'intéressent à l'apport de la réalité augmentée, notamment pour assister leurs techniciens lors d'opérations de maintenance. La start-up ThinkDeep leur propose de rendre cette assistance davantage interactive, grâce à des algorithmes de vision par ordinateur et des réseaux neuronaux lui permettant d'analyser les images filmées par le casque afin de comprendre ce qu'un technicien est en train de faire. Ce qui pourrait par exemple permettre de détecter qu'il est en train d'effectuer une mauvaise manipulation puis de l'alerter automatiquement. ThinkDeep, qui développe un proof of concept avec Thalès et devrait industrialiser sa solution d'ici la fin de l'année, prépare également une plateforme qui permettra aux industriels de conçevoir leurs propres modèles d'analyse en fonction de toutes leurs contraintes métier.

Prune autonome

Autre problématiques des industriels : les mouvements répétitifs effectués par certains ouvriers entraînant des troubles musculo-squelettiques, responsables en France de plus de 80% l'ensemble des maladies professionnelles ayant entraîné un arrêt de travail ou une réparation financière en raison de séquelles. Afin d'aider les employeurs à prévenir l'apparition de ces problèmes, la société AIO a créé Numii, un boîtier doté de capteurs infrarouge disposé dans l'environnement de travail de l'employé afin d'analyser ses mouvements, en test en ce moment sur un site de production de Dassault Aviation et sur celui d'un groupe automobile italien. Une IA de vision par ordinateur détecte des mouvements prédéfinis comme dangereux et bâtit des profils individuels pour chaque employé exposé à des risques de troubles musculo-squelettiques.  "Nous sommes en train de construire la première base de données sur les travaux physiques", résume le PDG d'AIO Cyril Dané.

L'IA de Numii modélise les mouvements des employés afin d'identifier ceux qui risquent de développer des troubles musculo-squelettiques © JDN

L'IA qui protège, mais aussi l'IA qui punit. La société Taïwanaise Lite-On a présenté au CES son lampadaire intelligent, doté d'une foule de capteurs. Dont des caméras capables, grâce à des algorithmes de vision par ordinateur, de détecter des véhicules empruntant des voies de bus ou faisant des arrêts non autorisés sur la chaussée, puis de mettre automatiquement à l'amende leurs propriétaires. En réduisant le recours aux amendes manuelles, la société affirme avoir fait passer leur temps de traitement moyen d'un jour à trois heures à Taipei, où  elle expérimente sa technologie.

C'est aussi un précieux gain de temps que vend la start-up Meero à ses clients, dont l'un des plus gros n'est autre qu'Airbnb. La société a créé une plateforme permettant à des entreprises de faire réaliser des séries de clichés par un photographe en 48 heures. "Nous nous sommes rendu compte que le plus gros frein à cette rapidité était l'édition et la retouche des photos, qui peuvent prendre jusqu'à quatre heures pour un seul cliché", raconte Julien Zakoian, directeur général de Meero pour l'Amérique du Nord. Les photographes envoient leurs photos brutes à Meero, celles-ci sont ensuite retouchées par une IA en fonction des besoins des clients. Ce qui permet de faire passer le temps de traitement d'une photo à seulement 15 minutes en réduisant au maximum l'intervention humaine.

"Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à l'IA il y a cinq ans, l'écosystème de technologies était totalement bancal"

Alors que l'IA s'était surtout développée ces dernières années via des services assez génériques de géants comme Google, Facebook ou Microsoft, plusieurs facteurs permettent désormais l'émergence d'IA plus spécialisées. D'abord, ces grands groupes ont donné accès à certaines de leurs briques technologiques, démocratisant l'accès à l'IA. "Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à l'IA il y a cinq ans, l'écosystème de technologies était totalement bancal", se souvient Vincent Van Steenbergen, PDG de ThinkDeep."Aujourd'hui, les start-up peuvent se réapproprier des technos sur étagère comme Tensorflow (Google) ou Microsoft Azure AI." C'est  ce que font la plupart des sociétés d'IA de niche croisées au CES.

Mais il n'y a pas que les technos qui arrivent à maturité. Les clients aussi commencent à être prêts à passer à l'industrialisation, constate Vincent Van Steenbergen. "L'IA a débuté avec des applications très tangibles comme les assistants virtuels et les chatbots. Mais lorsque qu'on va vers des processus métier complexes, il est indispensable de se spécialiser", abonde le CEO de Mobioos Zaak Chalal. Cette start-up française vise les grands groupes en phase de transformation numérique avec une IA permettant de générer automatiquement 70% du code nécessaire à la création d'une appli en formulant des instructions sans passer par un langage informatique. Mais attention à ne pas trop devenir dépendant de ces solutions externes, met en garde le PDG d'1A31 Jacques Péré-Laperne. Sa société, qui emploie des techniques d'apprentissage renforcé pour transformer les schémas industriels (mécanique, bâtiment, aéronautique…) en données exploitables, est l'une des rares à avoir choisi de développer toute son IA en interne. "Il faut maîtriser sa technologie de A à Z, on ne peut pas juste empiler des briques". Ne lui en déplaise, il semble que les start-up ont décidé de jouer aux legos avec l'IA.

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