Le Bitcoin : vers une concentration de sa production

Les bitcoins ont attiré beaucoup l'attention en 2013. Leur valeur ayant atteinte de nouveaux sommets, plusieurs investisseurs sceptiques se questionnent sur leur méthode de production et sur ses inconvénients potentiels.

J'ai donc décidé d'écrire cette chronique afin d'explorer les dessous de sa production et d'expliquer un inconvénient majeur du facteur de difficulté qui l'accompagne.

Je ne suis pas le seul étudiant en économie à m’être intéressé au phénomène du Bitcoin lors des dernières années. Ayant connu les bitcoins  vers la fin de l'année 2010, j’avais déjà remarqué le plein potentiel de cette devise électronique alors que sa valeur équivalait celle de la devise américaine. Par contre, j'étais le seul dans mon entourage qui s'y intéressait à l'époque et jamais j’aurais imaginé voir la valeur d’une unité atteindre plus de 1000 dollars américain. Le Bitcoin n’était pas la première devise électronique et le travail que Satoshi Nakamoto a effectué lors de sa création empruntait plusieurs concepts déjà existants; Celui du Hashcash (preuve de travail) proposé par Adam Back, ou encore celui du b-money proposé par Wei Dai. Bien que d’autres devises électroniques aient utilisé la cryptographie, dont Ecash et DigiCash, une caractéristique essentielle leur échappait.
Un réseau décentralisé et un processus de production déconcentré qui limitait les producteurs afin de protéger la devise contre l'hyperinflation. Nakamoto a donc réfléchie à un processus de production qui permet d’empêcher une dévaluation excessive de la devise suite à un trop grand débit de production. L’emphase qui a été placée sur le contrôle de l’inflation fait du Bitcoin une véritable innovation dans le domaine des devises électroniques. Par contre, cet atout aura des conséquences à long terme; celui de la concentration de sa production, qui est selon moi inévitable. C'est pourquoi j'ai décidé d'écrire cet article afin de bien expliquer les différents facteurs qui menacent la déconcentration actuelle du «bitcoin mining».

La décentralisation du réseau

Tout d’abord, le Bitcoin est une monnaie électronique qui fonctionne en système pair-à-pair (traduction française de peer-to-peer system (P2P)); C'est-à-dire un modèle de réseau informatique qui n’est pas centralisé sur un nombre précis de serveurs qui desservent une quantité donnée de clients. Dans ce modèle chaque client est aussi un serveur et partage de l’information avec les autres clients. C'est ce qui permet de garder une décentralisation du réseau et d’empêcher aux autorités de censurer ou de fermer ce dernier.
Tant qu’il y aura des clients, il y aura un réseau et les autorités ne pourront pas fermer ces serveurs sans intervenir chez tout les clients; ce qui rend la répression très difficile. Certains réseaux comme le système TOR fonctionnent de la même façon. Il s’agit donc d’un réseau qui permet de partager des courriels, des fichiers et des flux multimédias avec d'autres utilisateurs. Dans le cas qui nous intéresse, il permet d'échanger une monnaie électronique entre consommateurs et producteurs à des fins commerciales.
Mon but n’étant pas de m’attarder sur les avantages et les inconvénients du Bitcoin, je veux plutôt  expliquer son mode de production et son principal inconvénient. Comme les bitcoins ont été créés dans un système pair-à-pair décentralisé, le point fort de son processus de production est sa déconcentration: Tout le monde peut en créer. On a donc une multitude de producteurs d'envergures diverses. On évite ainsi un monopole de la production de la part d'une banque centrale (centralisation) ou un oligopole constitué de quelques producteurs pour prendre le contrôle du marché (concentration).  La déconcentration de la production et la décentralisation du réseau permettent une parfaite compétition entre les producteurs, des frais compétitifs et avantageux ainsi qu’une absence de régulation qui donne une liberté complète aux agents du marché. Sans oublier que la décentralisation assure aux propriétaires de bitcoins que le réseau ne sera pas fermé par une action répressive d’un gouvernement, protégeant ainsi leur actif.

Les principes du « bitcoin mining »


Comme je l'expliquais plus haut, tout individu peut produire des bitcoins. Le procédé est appelé « bitcoin mining ». Le processus de production utilise donc le « hashcash », ou en français la preuve de travail, afin de parvenir à ses fins. Ce système est utilisé afin d'empêcher les attaques dénis de service de la part des pirates informatiques. Ainsi, l'individu doit prouver qu'il a effectué une quantité de travail avec des appareils informatiques de type CPU, GPU ou ASIC. Elle oblige donc les pirates à devoir utiliser une grande quantité d'énergie et de ressources afin de pouvoir pirater le système.
C'est ce qui sécurise le réseau et ce qui permet à la production d'avoir lieu sans qu'un pirate puisse attaquer et se procurer des bitcoins frauduleusement. Si un individu souhaitait pirater le réseau des bitcoins, il aurait besoin d'une quantité d'appareils informatiques produisant plus d’énergie que l'ensemble des producteurs; ce qui n'est même pas à la porté des plus grandes compagnies informatiques. Les producteurs de bitcoins mettent donc la puissance de leurs appareils en commun afin de fournir l’énergie nécessaire pour sécuriser le réseau et valider les transactions. Ils récoltent ainsi un profit; un certain montant de bitcoins qui leur est distribué pour l’énergie utilisée dans le procédé.
Le producteur peut donc utiliser une machine, appelée « mining hardware », et s’intégrer dans un bassin afin que l’énergie produite par sa machine soit utilisée dans la production de bitcoins.
Les appareils combinent donc leur puissance afin de résoudre des blocs. Lorsqu’un bloc est résolu le profit, qui est actuellement  de 25 bitcoins par bloc, est divisé entre les producteurs du bassin qui ont permis de résoudre le bloc. Ne vous méprenez pas; la création d’un bitcoin n’est pas gratuite, loin de là, et demande une dépense d’énergie considérable en électricité afin de résoudre les blocs en question. Le processus de production effectué par un « mining hardware » demande une consommation d’électricité relativement élevée pour le potentiel de production actuel. Au prix actuel des machines, les chances d’avoir un retour convenable sur son investissement sont pratiquement nulles, plus particulièrement pour les petits investisseurs.
D’autant plus que les délais d’expédition chez les fabricants de machines performantes, les « Asic miners », sont de 6 à 12 mois en moyenne. Le niveau de difficulté a donc largement le temps de se multiplier ce qui risque fort bien d’avoir un impact négatif sur vos revenus.

Le contrôle de l'inflation et le facteur de difficulté

L'innovation ne se trouvait pas dans la décentralisation du réseau ou dans la cryptographie utilisée mais plutôt dans le contrôle de l'inflation que Nakamoto avait instauré. Pour ce faire, il a tout d'abord fixé un plafond de 21 millions de bitcoins qui peuvent être produits au total. De ce fait, il limitait la production afin d'empêcher que l'Offre augmente éternellement et qu'ainsi la devise finisse par dévaluer suite à un choc de la Demande. Il luttait de cette façon contre l'hyperinflation qui est souvent la conséquence d'une augmentation trop rapide de la masse monétaire. Au moment où j'écris ce texte, il y a présentement 12 249 875 bitcoins en circulation. Selon certaines prévisions, le plafond pourrait être atteint aussi  loin qu'en 2034. Alors si plus de 12 millions de bitcoins ont été créés en 4 ans, comment serait-ce possible qu'il prenne plus de 20 ans aux producteurs à créer les 9 millions restants ?
La réponse se trouve dans le niveau de difficulté. J'ai expliqué plus tôt que les producteurs tentent de résoudre un bloc, et que ce bloc leur procure actuellement 25 bitcoins de récompense lorsqu'il est résolu. Le niveau de difficulté est le facteur de difficulté qu'une machine doit affronter avant de résoudre ce bloc. Il augmente donc l'énergie qui est nécessaire de la part des producteurs afin de résoudre ces blocs et de toucher un profit. Ce même niveau de difficulté augmente à chaque 2016 blocs résolus, ce qui prend environ 10 jours au taux de production actuel. Le niveau de difficulté actuel est à 1 418 481 395 et ne cesse d'augmenter à raison de 20 à 30 % à chaque 10 jours depuis l'automne 2013.

C'est ce qui fait la différence fondamentale du Bitcoin face à toute autre devise

Aucun groupe d’individus ne peut accélérer de façon significative la production de la devise. Aucune banque centrale ni aucun producteur ne peut décider d'augmenter son gain à court terme en augmentant la vitesse de production global des bitcoins sur le marché. Au contraire; celle-ci diminue avec le temps car plus les blocs sont résolus rapidement et plus le niveau de difficulté augmente afin de ralentir la production. C'est donc dire que plus les producteurs sont nombreux sur le marché et moins ceux-ci touchent de revenu pour l'énergie utilisée. Ainsi, le profit par unité d'énergie utilisée diminue avec le temps. Il y a donc certains producteurs qui se retirent du marché en raison de leurs coûts qui finissent pas outrepasser leurs profits. C’est cette caractéristique qui limite l'offre possible, limitant ainsi naturellement l'inflation. Elle différencie le Bitcoin des devises électroniques antérieures et de toute monnaie. On évite ainsi le problème d'hyperinflation dans un réseau décentralisé.
Car si la masse de bitcoins ne pouvaient atteindre un maximum et si le niveau de difficulté du « mining » n'augmentait pas, le nombre de producteurs augmenterait tant et aussi longtemps que la devise aurait de la valeur. Ainsi la masse monétaire s'apprécierait sans cesse et la valeur de la devise diminuerait dû à l'Offre trop élevée sur le marché. Par contre ce procédé pourrait avoir de lourdes conséquences sur la répartition de la production dans le marché.  

Une concentration de la production inévitable

Le niveau de difficulté était une bonne idée en soi pour ralentir l'inflation, mais Nakamoto n'a probablement pas pensé à l'impact que ce facteur aurait sur la répartition de la production dans le marché.  Étant donné que le niveau de difficulté ne cesse d’augmenter, il devient de plus en plus difficile de produire un bitcoin. À un point tel qu'il est pratiquement impossible de ne pas produire à perte si on utilise un autre système qu'un «Asic miner». Le coût de l'électricité et le coût des pièces d'équipement dépassent  largement le potentiel de revenu qu'on peut obtenir avec des appareils qui produisent en bas de 10 000 MégaHashs par seconde.
Par contre, les appareils pouvant produire à un niveau beaucoup plus élevé sont beaucoup plus dispendieux et il devient risqué d'en acheter avec les délais de livraison sur le marché des « mining hardware ». Plusieurs individus commandent donc des appareils de plusieurs milliers de dollars qui prennent des mois avant d'être livrés et lorsqu'ils le sont, le niveau de difficulté est déjà trop élevé pour pouvoir obtenir des profits et l'appareil de production est déjà dépassé technologiquement. Ce système a pour conséquence de faire sortir tous les petits producteurs de la production des bitcoins.
La production devient donc concentré sur le marché et les plus gros producteurs peuvent se permettent d'investir d'avantage sans craindre le niveau de difficulté. La production accrue chez les gros producteurs risquent donc de maintenir l'augmentation du niveau de difficulté au taux actuel et de transformer le marché en oligopole. Il ne serait également pas surprenant que ces producteurs gardent les bitcoins en réserve afin de réduire l'Offre sur le marché et de laisser la devise s'évaluer.
Si c'est le cas, il pourrait décider de liquider le tout dans plusieurs années afin d'encaisser de larges marges de profits entraînant ainsi une dévaluation soudaine de la monnaie. Ça leur donnerait donc un pouvoir considérable sur le marché.

Conclusion

Le système que Nakamoto a créé risque donc d'avoir des conséquences négatives sur l'un des principes de base du réseau; maintenir une production déconcentrée dans un réseau décentralisé. La production déconcentrée permet de s'assurer qu'aucun agent puisse obtenir une trop grande part du marché et ainsi détenir un pouvoir considérable sur celui-ci. Mais en tentant de limiter l'inflation par l'entremise d'un facteur de difficulté qui ne cesse de s'accroître, Nakamoto a créé un procédé qui va naturellement concentrer la production chez les plus gros producteurs. Mais bien que le «bitcoin mining» soit devenu très risqué et qu'il ait chassé les petits producteurs, les bitcoins peuvent toujours être une source d'investissement attrayante à court et à moyen terme.
Leur processus de production limitant l'Offre sur le marché, les bitcoins vont continuer de prendre de la valeur tant que la Demande va augmenter. Il faut aussi considérer qu'ils commencent tout juste à gagner en popularité et qu'il ne serait pas surprenant que leur utilisation augmente dans les prochaines années. Par contre, ce même processus de production sur le marché actuel conduira inévitablement à une concentration de la production chez les plus gros producteurs ce qui risquent de menacer la valeur du Bitcoin dans plusieurs années. Les investisseurs se doivent donc d'être prudents car la non régularisation du marché fait du Bitcoin une devise très volatile et un marché où il est difficile d'anticiper concrètement les conjonctures à venir.

Des questions fréquentes

  • Étant donné le maximum de 21 000 000 de bitcoins, que ferons nous lorsque ce maximum sera atteint si la Demande augmente indéfiniment ?
Réponse : Pour remédier au problème de rareté, les bitcoins sont divisibles et il sera donc possible de les diviser afin d'en utiliser une plus petite quantité pour commercer. On peut utilisé une unité aussi petite que les millibitcoins; 0.001 BTC = 1 mBTC. Donc même si la valeur des bitcoins continue d'augmenter indéfiniment, il sera toujours conviviale d'acheter des objet à bas prix en utilisant une  plus petite unité bitcoin.
  • Qui est Satoshi Nakamoto ?
Réponse : Satoshi Nakamoto est le nom fictif qu'a utilisé le ou les créateurs du Bitcoin afin de ne pas révéler son identité. Il a publié un texte en 2008 qui décrivait le Bitcoin et son processus de production et d'utilisation.
  • Affirmation : Les bitcoins ne sont utiles que pour effectuer des transactions illégales.
Réponse : Faux, les bitcoins permettent au consommateur d'avoir accès à son actif en tout temps et de pouvoir acheter à l'étranger sans avoir à changer de devise pour commercer. Ils peuvent également être utilisés dans tout commerce qui désire les accepter comme méthode de paiement.
Les frais de transactions sont minimes et il peut être plus accommodant de traîner des bitcoins dans un portable que de garder une grande quantité d'argent  physique. Sans compter qu'il n'est pas plus difficile de transféré des bitcoins d'une «wallet» à une autre que de payer en argent comptant dans un commerce.

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