Pourquoi les Français ne protègent-ils pas leurs données personnelles ?

Les Français et le numérique entretiennent une relation ambiguë. 90 % de la population est connectée, mais seuls 40% d'entre eux ont confiance dans Internet. On peut donc se demander pourquoi les Français ne protègent-ils pas leurs données personnelles.

Les Français et le numérique entretiennent une relation ambiguë. 90% de la population, tous âges confondus, est connectée, et environ trois quarts d’entre eux sont sur les réseaux sociaux. Et dans le même temps, la confiance dans le numérique s’érode. Seuls 40 % ont globalement confiance dans l’usage d’internet. Face à ces chiffres, on peut se demander pourquoi les Français ne protègent-ils donc pas leurs données personnelles.
Paradoxe, ou revers de la maturité ?

Qui ne s’est pas retrouvé poursuivi jusque dans sa boîte mail par une publicité après avoir visité un site ? Avec la maturité des usages, vient la fin des illusions. Les Français ont semblent-ils intégré que chacune de leurs actions sur internet peut être trackée par des cookies et ce à des fins commerciales. Et aujourd’hui on constate qu’ils sont moins enclins, qu’il n’y a deux ans, à autoriser l’utilisation de leurs données, même pour recevoir des avantages commerciaux. Selon une étude, 91 % des internautes pensent qu’il faudrait légiférer afin qu’aucune données personnelles ne soient exploitées par des tiers sans leur consentement.

A mesure que monte en puissance le business des données personnelles, la méfiance et les craintes des internautes vont croissant. Les craintes se cristallisent principalement autour de deux sujets : la surexposition à la publicité et la perte de contrôle de leurs données liée à l’usurpation d’identité et à la difficile mise en œuvre du droit à l’oubli.

Cependant, bien conscients des  avantages du numérique dans tous les domaines de la vie quotidienne, pas question de déserter internet. Et en effet, pourquoi devoir choisir entre faciliter sa vie grâce au numérique et protéger ses données personnelles ? Les plateformes digitales et les marques ont placé les internautes devant un véritable dilemme : la facilité du numérique contre votre vie privée. D’ailleurs, 73 % des internautes renseignent leurs données personnelles pour terminer un acte d’achat.

Alors pour rompre le contrat faustien qui les lie aux marques : « vos données personnelles contre l’accès gratuit à mes services », certains développent leurs propres stratégies de protection. 44 %  mentent régulièrement au moment de remplir un questionnaire en ligne s’ils jugent les questions trop intrusives. 70 % ont déjà effacé des cookies ou des fichiers temporaires, et 28 % utilisent un pseudo sur les réseaux sociaux, alors qu’ils n’étaient que 13 % en 2013. Des réactions bien légitimes et qui illustrent le réel besoin de parvenir à rééquilibrer les relations entre les plateformes et les internautes.

En attendant la meilleure des protections de la vie privée sur le net réside dans la reprise du contrôle par les internautes de leurs données. Aujourd’hui en fait, on sait globalement que l’on laisse des traces, souvent indélébiles, sur internet, mais c’est un peu comme si on espérait secrètement que noyées dans la masse nos données ne seraient pas exploitées ou que les conséquences ne sont pas si graves. Cela traduit une profonde méconnaissance de la puissance des algorithmes et de leur capacité à nous rendre prédictible. Pour exemple, des chercheurs de l’université de Cambridge ont pu établir à partir de l’analyse des « like » la couleur de peau des internautes avec 95 % de certitude.

Aussi, reprendre le contrôle de ses données commence par se poser la question de savoir si, dans les mêmes circonstances dans la vie réelle nous laisserions des données personnelles. Mais cela ne doit pas exonérer les plateformes et les marques d’une information loyale et transparente en matière de collecte et d’exploitation des données personnelles.

 

Réseaux sociaux