Fred Potter (Netatmo) "Nos objets connectés intègrent de l'IA pour devenir quasi-autonomes"

Automatisation des appareils, partenariats… Le fondateur et PDG de Netatmo détaille pour le JDN la stratégie du fabricant tricolore IoT pour devenir leader sur ce marché.

JDN. Quels sont aujourd'hui les produits qui ont le plus de succès dans le secteur de la domotique ?

Fred Potter, PDG et fondateur de Netatmo. © Netatmo

Fred Potter. Deux catégories tirent les ventes des acteurs du monde de la smart home : la sécurité et la gestion de l'énergie. La première est leader sur le marché américain, où 60% des consommateurs de produits domotiques possèdent une caméra de surveillance, un détecteur de fumée ou autre selon GFK. La caméra de surveillance extérieure Presence, que nous commercialisons depuis 2016, est le lancement de produit le plus réussi de Netatmo. Ce n'est pas un hasard. La seconde catégorie est en tête sur le marché européen. 60% des personnes qui possèdent un objet connecté pour la maison en France ont opté pour un appareil de cette division, comme un thermostat connecté.

L'électricité et le gaz ne coûtent pas cher dans l'Hexagone. Quelles sont les motivations des clients qui achètent vos thermostats connectés et autres produits permettant de réduire leur consommation énergétique ?

Ils veulent faire des économies. L'énergie n'est pas chère en France comparé à d'autres pays, mais la facture moyenne s'élève tout de même à 800 euros par an. C'est une somme ! Nos thermostats permettent à nos clients d'économiser en moyenne 37% de leur budget. Notre objet connecté coûte 180 euros. Faites le calcul : en moins d'un an il est rentabilisé. Ces consommateurs sont probablement en partie des ménages qui doivent tenir un budget serré, un réservoir de consommateurs beaucoup plus vaste que celui des geeks passionnés de nouvelles technologies…

Vos clients utilisent-ils vos produits sur le long terme ?

70% des ménages qui ont acheté notre thermostat connecté utilisent toujours l'application plusieurs semaines après l'acquisition. 30% regardent les courbes de leur consommation d'énergie sur leur smartphone au moins une fois par mois.

Que proposez-vous pour faciliter la vie des ménages qui posséderont un jour des dizaines d'appareils communicants, pour qu'ils n'aient pas à sortir leur mobile à tout bout de champ afin de consulter les applications dédiées ?

"70% des ménages qui ont acheté notre thermostat connecté utilisent toujours l'application plusieurs semaines après l'acquisition"

On parle de domotique depuis les années 60. Le marché n'a véritablement pris son envol que dans les années 2010, notamment grâce à la démocratisation du smartphone, qui semblait être la télécommande parfaite pour les appareils de la smart home. Sauf quand les clients commencent à être équipés de plusieurs objets connectés… L'enjeu est désormais d'automatiser au maximum ces équipements, pour que l'utilisateur puisse les oublier, ou presque.

Nous avons intégré de l'intelligence artificielle dans plusieurs de nos produits pour qu'ils fonctionnent en quasi-autonomie. Nous avons par exemple tissé un partenariat avec Velux. Notre solution, Velux Active with Netatmo, connecte les fenêtres de toit commercialisées par l'entreprise. Lorsqu'un trop fort niveau d'humidité ou de chaleur est détecté dans une habitation, les Velux s'ouvrent automatiquement. Ils se ferment lorsque l'environnement est redevenu sain.

Notre caméra de surveillance extérieure Presence est également dotée d'une brique d'IA. Elle est capable d'analyser si une forme détectée devant la porte est un sac en plastique, un chien ou une personne, pour ne prévenir son utilisateur via une notification que lorsque c'est nécessaire. L'intelligence artificielle permet à nos clients de ne pas devenir esclaves de leurs objets connectés.

Avez-vous développé ces outils IA en interne ?

"Netatmo a créé il y a deux ans une équipe dédiée à l'intelligence artificielle, qui compte aujourd'hui une dizaine de personnes"

Absolument. Nous considérons que l'automatisation de nos objets connectés fait partie de notre cœur de métier, c'est une activité que nous ne pouvons pas sous-traiter. Netatmo a créé il y a deux ans une équipe dédiée à l'intelligence artificielle, qui compte aujourd'hui une dizaine de personnes. Nous avons notamment embauché des mathématiciens et des data scientist. Nous avons également construit des accords de recherche universitaire avec l'ENS, Centrale ou encore l'Inria.

La seule brique IA que nous ne développons pas en interne est l'assistant personnel vocal. C'est un domaine que nous ne maîtrisons pas et nombre d'acteurs ont déjà développé des solutions satisfaisantes. Nous avons par exemple tissé un partenariat avec Amazon. Notre thermostat connecté peut être commandé par son IA Alexa, via son haut-parleur intelligent Echo.

Cet accord est-il exclusif ?

Pas du tout. Nous voulons laisser à nos clients le choix de l'interface avec laquelle ils interagissent. Nous travaillons aussi avec les autres acteurs de ce marché en pleine éclosion. L'appli Home Kit d'Apple permettra aussi de commander notre thermostat l'année prochaine. Nous étudions aussi les possibilités de partenariats avec Alphabet et son haut-parleur Google Home.

Netatmo s'est historiquement construite comme une marque grand public. Pourquoi avoir commencé en 2017 à intégrer vos technologies dans les produits de grandes entreprises, comme les interrupteurs de Legrand ou les fenêtres de toit de Velux ?

Nous élargissons progressivement notre offre. Nous avons par exemple développé un interrupteur sans fil intelligent. Pour décider si un nouveau produit doit être vendu directement auprès du client final ou si nous devons passer par un intermédiaire, nous nous demandons systématiquement qui décide de l'acte d'achat. Dans le monde de l'électricité, ce n'est pas monsieur ou madame Tout-le-Monde. C'est l'électricien, qui aime travailler avec des entreprises établies comme Legrand ou Schneider Electric. Nous avons donc construit notre offre Celiane with Netatmo avec Legrand mais aussi Velux Active with Netatmo avec la marque éponyme dans le secteur des fenêtres. Nous allons signer d'autres partenariats en suivant ce modèle de co-branding, inspiré de celui d'Intel et de son Intel Inside.

Ces partenariats sont-ils exclusifs ? Pourriez-vous envisager de développer avec Schneider Electric un autre interrupteur connecté ?

Cela dépend des domaines. Dans le monde de l'appareillage électrique, le marché est très concentré. Schneider Electric et Legrand réalisent en France 90% du chiffre d'affaires du secteur. L'exclusivité a du sens dans ce genre de contexte. Mais dans un champ d'activité plus atomisé comme celui du chauffage par exemple, où il existe une myriade d'acteurs locaux, nous n'avons pas intérêt à construire un accord exclusif.

Quels sont vos objectifs de vente sur cette nouvelle branche d'activité BtoBtoC ?

Motus. Je ne communique jamais de chiffres sur Netatmo.

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