Fadhila Brahimi (FB Associés) "40 % des gens créent un profil puis attendent d'être contactés"

Faire bon usage de Viadeo ou LinkedIn, entretenir ses contacts, contribuer sur les hubs, être en veille sur Google... La spécialiste du personal branding livre ses conseils.

JDN. Comment pratique-t-on le personal branding, sur Internet ?

Fadhila Brahimi. On parle souvent de développer son réseau. En réalité, il faut commencer par se reconnecter avec son propre réseau, souvent constitué d'anciens collègues et camarades d'école. Ensuite, on connecte ce réseau avec son projet professionnel.

Il est difficile de déroger à une présence sur Viadeo ou LinkedIn. En fonction de la zone géographique où on veut développer son réseau, on peut être amené à adapter : Orkut au Brésil, QQ en Chine...

 

Comment ne pas se disperser ? Sur quels sites faut-il être présent ?

Il est bon d'avoir trois types de réseaux. Un réseau qui correspond à son corps professionnel direct, un réseau local ou national et un réseau para-professionnel, pas forcément lié directement à son métier, mais à son secteur ou ses valeurs. Par exemple, un responsable communication dans le développement durable pourra être présent sur un réseau de communicants et sur un réseau lié au développement durable.

Il y a pour cela des groupes sur LinkedIn ou Viadeo mais aussi des réseaux de niche comme Ning ou SocialGo. En général créés par des communautés, ils sont très ciblés. En France, c'est par exemple le cas d'Affinitiz, pour les avocats. Bien sûr, il est également intéressant d'être sur un réseau généraliste, plus transversal. Enfin, il ne faut pas oublier les Slideshare, Youtube, Dailymotion, etc., qui fonctionnent aussi en réseaux.

 

Viadeo ou LinkedIn, comment choisir ?

C'est très partagé. Souvent, un profil à dimension international choisira plutôt LinkedIn. Mais Viadeo s'internationalise et LinkedIn s'implante localement. Cela peut aussi dépendre du métier : un cadre supérieur à dimension internationale ira probablement sur LinkedIn, tandis que les secteurs moins portés sur l'international se retrouveront peut-être plus sur Viadeo. D'autant que les deux réseaux ne sont pas conçus de la même façon. On voit d'ailleurs l'influence importante de la culture anglophone sur LinkedIn, où les prises de contact business sont très directes. Finalement, le mieux est d'aller là où son propre réseau est déjà présent.

 

"Pour être positive, une recommandation doit être factuelle"

Que doit-on y faire ou y dire ?

On doit d'abord travailler son profil. D'abord en rédigeant une mini-bio, qui n'est pas un CV mais plutôt une rubrique "à propos de moi", qui récapitule ses points forts et ses projets, ses attentes. Il faut aussi ajouter des liens vers ses autres présences online.

Le titre placé sous le nom, de 80 caractères environ, est très important également. Il décrit l'occupation actuelle, à laquelle il est possible d'ajouter un élément sur sa personnalité ou ses passions. Ou alors on annonce carrément la couleur sur ses objectifs : une personne en recherche de poste peut y donner sa mission rêvée, le type d'entreprise pour laquelle elle voudrait travailler...

 

Comment utiliser le système des recommandations sur les profils LinkedIn et Viadeo ?

Tout le monde suppose que la recommandation va être positive. Pour être vraiment utile, elle doit être factuelle. Elle doit donc préciser dans quel cadre les deux personnes ont travaillé ensemble et les atouts constatés chez la personne recommandée. Donc pas "Cette personne est extrêmement sympathique, généreuse et à l'écoute", mais "Lors d'un reclassement dans la société X, j'ai collaboré avec Untel et j'ai vu sa capacité à dynamiser une équipe sur un projet dans un temps limité".

Pas la peine non plus d'empiler des dizaines de recommandations sur son profil. Mieux vaut en avoir 5 ou 6, très factuelles, pour mettre en exergue ses points forts. Evidemment, c'est encore mieux si elle émane d'un expert du domaine ou d'un directeur. Quoique la recommandation rédigée par un collègue est utile aussi, comme gage d'esprit d'équipe.

 

Et une fois qu'on a créé son profil ?

35 % à 40 % des gens créent un profil puis s'arrêtent là et attendent d'être contactés. Mais il faut revenir sur son profil au minimum une fois par semaine. Pour voir l'activité de son réseau, mais aussi pour participer aux discussions, par exemple autour d'une étude ou d'une annonce dans son secteur, en contribuant aux débats dans les groupes et sur les hubs. Les réflexions et la vision apportée dans ses commentaires faciliteront le relationnel. Par exemple, si on défend une idée, certains diront "moi aussi" et le contact sera plus facile à approfondir, d'autres apporteront une autre vision et vous enrichiront... Développer son réseau doit servir à s'ouvrir vers d'autres champs, d'autres pratiques professionnelles.

 

"Il faut consacrer à tout cela deux à trois heures par semaine"

Il faut enrichir son profil avec des productions soit écrites, soit powerpoint, soit vidéo, en ajoutant des liens vers elles. On peut aussi avoir sa propre boucle d'animation, communauté, ce qui demande bien sûr un certain investissement. On peut aussi se servir des réseaux sociaux pour l'animation d'un groupe offline. Par exemple, j'organise des déjeuners en publiant sur Facebook les annonces des rendez-vous et les comptes-rendus.

 

Un réseau rassemble des connaissances de natures très diverses, comment s'y retrouver ?

Il est utile de pouvoir qualifier ses contacts en prospects, clients, recruteurs, amis professionnels, personnes rencontrées sur un salon... Or les réseaux sociaux permettent le plus souvent d'annoter ses contacts. Je recommande dans ce cas de préciser le contexte de la rencontre, ce que la personne recherche, ce qu'on peut lui apporter et quelles synergies sont possibles entre vous. Si on veut que son réseau travaille pour soi, il faut d'abord lui donner. En lui apportant des informations, des pistes sur un poste à pourvoir...

 

Combien de temps consacrer à tout cela ?

Deux à trois heures par semaine me paraît un minimum. Surtout maintenant que l'e-mail disparaît de plus en plus au profit des réseaux sociaux. Ensuite, tout dépend de la démarche. Si l'on est en recherche ou pas, en constitution ou en entretien de réseau, si l'on anime ou non un hub...

 

Quelle utilisation faire de Twitter ?

C'est un outil qui permet de faire de la veille, plus puissant pour cela que les autres outils. Certains l'utilisent pour lire, suivre, retweeter et commenter. D'autres alimentent avec du contenu qu'eux-mêmes produisent, ce sont surtout les journalistes et les blogueurs. Mais ne faire que retweeter et commenter favorise aussi le référencement et contribue à être associé à une thématique par les autres outils du Web. Par exemple, on peut être identifié comme un bon veilleur sur Twitter. Et montrer, quand on est dans une démarche active de recherche d'emploi, qu'on ne se borne pas à envoyer des CV, mais qu'on se tient au courant de l'actualité du secteur ou du métier. Ceci d'autant plus si on affiche ses posts Twitter sur son profil LinkedIn ou Viadeo.

 

Quelles actions mener vis-à-vis des résultats de recherche prénom+nom sur Google ?

123people et les réseaux sociaux remontent souvent très haut dans les résultats. L'idéal, c'est d'avoir un blog dont le nom de domaine est constitué de ses prénom et nom, pour qu'il prenne l'une des toutes premières places. On peut par exemple se créer sur Doyoubuzz un CV 2.0 très dynamique. Le service propose même de personnaliser l'url. Il est en outre utile de bien remplir la rubrique "mots clés" sur Viadeo, en cohérence avec ce que vous faites. Cela permet également de ses différencier de ses homonymes.

 

"Plutôt que d'effacement, on parle désormais d'écrasement des contenus"

Il est également bon d'être en veille sur les requêtes portant sur son prénom et nom, par exemple avec Google Alerte ou Alerti. Cela se révèle utile dans de nombreux cas de figure. Quelqu'un a inclus votre numéro de mobile dans un pdf mis en ligne, vous demandez à le retirer. Vous pouvez remercier quelqu'un qui vous a cité dans un compte-rendu de conférence. Vous pouvez réaliser que vous n'avez pas été clair et retravailler votre propos... L'e-réputation ne doit pas être limitée au mode "alerte, on pourrait me salir". C'est aussi une démarche positive.

 

Dans quelle mesure peut-on faire le ménage dans les résultats de Google ?

Les résultats peuvent ne pas vous convenir pour trois raisons différentes. Ils sont anciens et ne correspondent pas à votre activité actuelle ; ils ne vous sont pas favorables ; ils relèvent de la diffamation. Il faut toujours se mettre en relation avec l'éditeur, puis le webmaster, pour demander le retrait du contenu. Il ne s'agit pas d'exiger, mais de faire une demande raisonnable.

Si on ne trouve pas le webmaster, on peut remonter jusqu'à l'hébergeur et ensuite au propriétaire du site que l'on identifie par un Whois. La Cnil a proposé début avril une méthode pour demander de retirer un contenu et mis en ligne un formulaire pour demander son aide, avec un délai d'au moins deux mois. L'avant-dernier recours consiste à faire appel à sa communauté. Peut-être quelqu'un connaîtra-t-il quelqu'un qui pourra agir. Le dernier recours est juridique et concerne uniquement les diffamations. Il est long et compliqué, car il faut prouver que le contenu est source de préjudice.

Finalement, plutôt que d'effacement, on parle désormais d'écrasement de contenus. Car la meilleure chose à faire est de prendre la main en créant ses propres contenus mieux référencés.

 

 

Fadhila Brahimi a fondé et dirige la société FB-Associés spécialisée dans l'accompagnement en stratégie de présence. Elle est coach certifiée de l'International Coach Federation (ICF) et membre de l'Association Française des Conférenciers Professionnels (AFCP). Elle est la responsable éditoriale d'un blog consacré au personal branding. En 2010, elle a été finaliste aux LinkedIN Awards dans la catégorie Leader Of The Year pour avoir fait connaitre le personal branding en France.

 

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