Ice Bucket Challenge : quand le "slacktivisme" rapporte 100 millions de dollars

Ice Bucket Challenge bilan Slacktivisme Sur les milliers de participants au challenge pour la maladie de Charcot, combien se sont vraiment impliqués pour l'association ?

Qui a pu passer à côté du phénomène viral "Ice Bucket Challenge" ? Des milliers de vidéos de célébrités et d'anonymes se renversant un seau d'eau glacée sur la tête pour soutenir les dons en faveur de la maladie de Charcot (la sclérose latérale amyotrophique, SLA) ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Mais parmi tous les participants, combien ont versé un don à l'association qui se bat contre la maladie ? Combien ont même conscience de la cause pour laquelle le phénomène a été créé ? A quel point le challenge devenu viral aura été utile pour mettre un coup de projecteur sur la SLA ?

70% des participants sont des hommes

Le site de data journalisme RJMetrics a téléchargé 1 500 vidéos tagguées #icebucketchallenge, choisies de manière aléatoire sur Youtube, puis les a analysées pour répondre à ces questions. Les vidéos ont d'abord permis de dégager des données générales sur les participants : seuls 30% d'entre eux sont des femmes, 20% ont effectué le challenge en intérieur... dont 10% seulement dans une baignoire. 47% des participants renversent eux-même le seau sur leur tête, mais 53% ont demandé à quelqu'un de le faire pour eux.

Slactivisme

Mais ce qui ressort avant tout de l'analyse de RJMetrics, c'est une tendance forte au "Slactivisme", ou activisme paresseux. Récente, l'expression est issue de la contraction de "slacker" (fainéant) et "activism". Elle désigne un militantisme développé sur Internet dans les années 2000, et qui consiste à participer à un mouvement en cliquant, sans s'engager davantage. Tweets, partages, pétitions en ligne, photo de profils... Mais pas de main au porte-monnaie. Pour de nombreux participants au Ice Bucket Challenge, il est davantage question de participer au buzz et d'attirer l'attention sur soi, que de parler de la maladie de Charcot. Et encore moins question de faire un don. Un participant sur quatre (26%) ne mentionne même pas la maladie de Charcot dans sa vidéo. Seul un participant sur cinq (20%) mentionne un don pour l'association américaine ALS.

Loin de se montrer pessimiste, Robert J. Moore, CEO et cofondateur de RJMetrics distingue quatre étapes d'engagement. Si une étape a été franchie, alors il y a plus de chances que le participant pousse son engagement à la suivante.

Première étape : participer au Ice bucket challenge

Deuxième étape : mentionner la maladie de Charcot

Troisième étape : faire un don

Quatrième étape : appeler publiquement ses amis à faire la même chose

100 millions de dollars de dons

Les participants ayant mentionné la maladie de Charcot donnent cinq fois plus que ceux qui ne l'ont pas fait (ils le font pour 25% d'entre eux, contre 5% pour les autres). Ceux ayant effectué un don sont 12% de plus à nominer des amis que les autres (89% d'entre eux l'ont fait, contre 79% pour les non-donateurs). Ils ont aussi nominé 29% de personnes en plus, en moyenne : 3,98 personnes, contre 3,09 personnes pour les non-donateurs.

Malgré le phénomène de slacktivisme observé, le Ice Bucket Challenge aura été loin d'être inutile. Même si seuls 20% des participants ont fait un don à l'association ALS, les montants versés ont dépassé 100 millions de dollars depuis le 29 juillet. C'est 3504% de plus que l'année précédente, sur la même période... Et de nombreuses célébrités se sont positionnées sur le sujet, de Mark Zuckerberg à Bill Gates en passant par Steven Spielberg, Lady Gaga ou encore Oprah Winfrey... Jusqu'aux sportifs et aux stars françaises.

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