Apple car : où en est le Project Titan ?

Sera-t-elle autonome ? Sortira-t-elle avant 2020 ? Si la firme à la pomme ne cache plus son ambition dans la voiture autonome, certains détails restent mystérieux.

[Mise à jour du 05/12/2016 à 11h32] C'est désormais officiel : Apple se lance dans la course au véhicule autonome. Dans une lettre envoyée à la NHTSA, l'agence fédérale de la sécurité routière américaine, Steve Kenner, directeur du groupe en charge de l'intégrité des produits, affirme que la marque à la pomme "investit massivement dans l'étude de l'apprentissage et de l'automatisation des machines et s'enthousiasme du potentiel des systèmes automatisés dans de nombreux domaines, y compris le transport". La firme de Cupertino entend participer à l'élaboration du cadre législatif autour de la voiture sans chauffeur et se dit prête à partager ses données pour permettre à l'industrie "de concevoir des systèmes pour mieux détecter et répondre à un ensemble de scénarios possibles".

Comme d'habitude avec Apple, difficile de différencier effet de communication et réelle intention. Une chose est sûre, ce projet-là, comme beaucoup d'autres auparavant, n'a pu rester secret bien longtemps : l'entreprise de Cupertino veut croquer le marché de l'automobile avec l'Apple car et s'y prépare activement depuis plusieurs années.

Tout commence en février 2015, quand un correspondant du site américain Claycord croise sur les routes de San Francisco un étrange van équipé sur son toit de nombreux capteurs et caméras. Un équipement semblable à celui la Google Car, remarque alors l'auteur. La voiture autonome du concurrent est déjà publiquement testée sur les routes. 

A la même époque, le Wall Street Journal révèle le nom de "Project Titan", qui englobe la stratégie automobile du géant américain. Ce dernier avait déjà attiré la curiosité de Bloomberg en 2013 en débauchant John Morrell, éminent spécialiste de la robotique de l'Université de Yale et l'un des créateurs du Segway.

Des embauches à tours de bras

Toujours en février 2015, Business Insider reçoit un mail d'un employé d'Apple, qui glisse que le groupe "est en train de travailler sur quelque chose qui va donner du fil à retordre à Tesla". Le site américain révèle même qu'Apple compte déjà parmi ses salariés 50 anciens de l'entreprise d'Elon Musk spécialisée dans les berlines de luxe électriques et semi-autonomes. Au total, entre 600 et 1 000 salariés plancheraient déjà sur le projet.

Quelques jours après, c'est le Financial Times qui révèle que l'entreprise de Tim Cook pioche aussi parmi les équipes d'experts des constructeurs automobiles traditionnels, notamment Mercedes, et des spécialistes de la Silicon Valley. Enfin, Reuters y va également de ses révélations et affirme notamment que cette voiture sera autonome. Apple "ne semble pas vouloir de l'aide des constructeurs automobiles traditionnels", affirme par ailleurs la source de l'agence de presse.

En avril 2016, Apple continue de piocher chez Tesla et embauche l'ancien vice-président de l'ingénierie automobile du constructeur américain pour travailler sur son Project Titan, selon le site d'information spécialisé américain Electrek. A tel point qu'Elon Musk, le patron du constructeur automobile américain, affirme en juin 2016 qu'Apple est un concurrent bien plus redoutable que Google sur le marché du véhicule connecté et autonome, bien que la firme de Cupertino aurait dû selon lui se lancer plus rapidement dans ce business.

Un projet plus avancé que prévu

La marque à la pomme serait même déjà en phase de tests avancés selon des correspondances entre Jack Hall, le responsable du programme véhicule autonome du centre d'essais GoMentum Station, et l'ingénieur d'Apple Frank Fearon, obtenues par The Guardian. Les échanges évoquent clairement un programme d'essais sur piste imminent. Quelques mois plus tard, The Guardian apprendra que le département californien des transports (DMV), en charge des permis et autorisations de circuler, a rencontré des représentants de la marque. 

Un véhicule électrique commercialisé dès 2019 ?

Project Titan se précise, donc. Et le Wall Street Journal va jusqu'à affirmer qu'Apple prévoirait une livraison du premier modèle de sa voiture pour 2019. Mais les révélations du journal américain se basent sur une "ship date", terme qui aux Etats-Unis se réfère aussi à l'ultime phase du développement, et pas forcément à la commercialisation.

Le Wall Street Journal précise aussi que ce qui pourrait s'appeler l'iCar ne sera pas forcément complètement autonome à sa sortie. Un seul élément semble certain, tant il revient avec insistance : le futur véhicule signé Apple sera électrique.

Déjà des pépins pour la pomme…

Mais de l'électricité, il y en a aussi dans l'air du côté de Cupertino depuis début 2016. Toujours selon le Wall Street Journal, Steve Zadesky, à la tête du Project Titan et salarié de l'entreprise depuis près de 20 ans, et ayant notamment participé à l’avènement de l'iPod, aurait quitté Apple fin janvier.

Quelques jours plus tard, le responsable du design de la marque, Jonathan Ive, aurait tapé du poing sur la table, mécontent de la lenteur des avancées faites dernièrement. En attendant, Apple aurait décidé de stopper tout recrutement pour ce projet.

Apple doit aussi faire face à la méfiance des acteurs traditionnels du marché. En avril 2016, les constructeurs allemands BMW et Daimler auraient rompu toute discussion avec l'entreprise à la pomme, selon Handelsblatt. Le journal allemand affirme que les entreprises ne seraient pas parvenues à un accord sur la détention des données issues du véhicule connecté. 

Une équipe du Project Titan occuperait ce discret bâtiment au beau milieu des plaines verdoyantes d'Ottawa. © Bing

La firme à la pomme ne veut pas pour autant baisser les bras, au contraire. Apple, qui a dépensé quelques 8 milliards de dollars en recherche et développement en 2015, a de la suite dans les idées et continuerait d'investir massivement dans des installations destinées au développement de son véhicule.

L'Ottawa Business Journal affirme ainsi que la marque occuperait depuis quelques mois 2 000 mètres carrés de bureaux à Kanata, dans la région d'Ottawa, au Canada, très dynamique en ce qui concerne les innovations dans l'automobile. C'est notamment là que le concurrent BlackBerry y développe ses propres projets dans ce domaine.

Fin février 2016, c'est aux abords d'une ancienne usine du célèbre fabricant de boissons Pepsi à Sunnyvale (Californie), devenue depuis 2014 la propriété d'Apple, que l'activité du géant de l'informatique s'est fait remarquer.

Apple concocterait secrètement une batterie surpuissante pour sa voiture électrique dans cette ancienne usine Pepsi.  © Bing

Selon Mercury News, les voisins s'y plaignent de bruits étranges, notamment de nuit. Apple a refusé de s'expliquer, mais des experts affirment que ce n'est pas là un hasard si l'entreprise travaille la nuit, quand l'électricité est moins chère : la firme de Cupertino travaillerait sur une batterie de nouvelle génération pour sa voiture.

Apple prévoirait même l'ouverture d'un "car lab" à Berlin qui serait composé de 15 à 20 chercheurs spécialisés dans l'innovation automobile, selon les révélations de Frankfurter Allgemeine en avril 2016. D'après le journal allemand, la marque à la pomme utilisera ce laboratoire pour attirer les talents de l'industrie allemande. 

En mai 2016, un agent immobilier interrogé par le Wall Street Journal révèle à son tour qu'Apple chercherait à acquérir 7 hectares de terrain près de San Francisco pour tester sa voiture sans chauffeur.

Une fois de plus, aucune annonce officielle. Mais à regarder l'ampleur que prennent les rumeurs, Apple est déjà très attendu sur le marché de l'automobile. Une attente qui pourrait cependant durer selon The Information. Le site spécialisé américain annonçait fin juillet 2016 qu'Apple aurait repoussé à 2021 le lancement de sa voiture électrique. Pas de quoi décourager Tim Cook qui, selon le site spécialisé britannique Autocar, aurait pour ambition de vendre 500 000 Apple cars par an dès la première année de commercialisation. D'autant que 12% des américains se disent prêts à acheter une voiture Apple, selon une étude de TECHnalysis Research publiée en septembre 2016. Un chiffre qui grimperait à 17% parmi les utilisateurs d'iPhone.

Reste à savoir à quoi ressemblera le produit final que commercialisera Apple. Selon les informations du New York Times, la marque à la pomme aurait décidé en septembre 2016 de repartir de zéro dans son projet Titan et de réorienter sa stratégie vers la conception d'un système intelligent embarqué destiné à être distribué aux constructeurs automobiles sous forme de licence plutôt que de produire sa propre voiture.

La firme de Cupertino pourrait en revanche opter pour le rachat de constructeurs existants et s'est d'abord tournée vers McLaren Technology Group, mais les premières discussions pour un éventuel rachat n'ont pas abouti. Selon Bloomberg Technology Apple a refondé en octobre dernier l'équipe du Project Titan et se donne jusqu'à fin 2017 pour évaluer la possibilité de se lancer dans la mise au point d'une plateforme logicielle dédiée à la voiture autonome.

 

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