Emmanuel Carli (Epitech) "Nos élèves apprennent à apprendre"

A l'occasion des 15 ans de école d'informatique, zoom sur ses particularités, son évolution, et ses chantiers.

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Emmanuel Carli, directeur général d'Epitech. © Epitech

JDN. L'Epitech fête cette année ses 15 ans. Qu'est ce qui a changé depuis sa création ?

Emmanuel Carli. L'école a en effet été créée avant l'éclatement de la bulle Internet. Ses élèves étaient alors des passionnés, en dehors du système classique, qui adhéraient beaucoup aux valeurs de l'open source, et avaient bien vu dans l'informatique une technologie disruptive. L'école s'est un peu institutionnalisée depuis.

Le numérique est devenu une priorité ou s'est imposé comme un relai de croissance pour de nombreuses entreprises. C'est un contexte qui est encore plus favorable pour nos diplômés, qui ont vu leur salaire à leur sortie largement augmenter, et ont aussi pu assister à une diversification des besoins.

En 15 ans, les technologies ont aussi bien sûr considérablement évolué, mais l'Epitech a conservé sa méthode d'enseignement particulière. Elle cherche avant tout à apprendre aux élèves à apprendre. Car, dans ce contexte d'évolution permanente, il est difficile de leur enseigner une technologie qui pourra être obsolète à leur sortie d'école. Le corpus évolue vite. Mais les ressources sont aussi désormais accessibles en ligne, et actualisées sur de nombreuses sites. Il faut donc plutôt apprendre aux élèves à les trouver et à bien les utiliser dans le cadre d'un projet. Nous leur apprenons donc plutôt à trouver les bonnes informations, au travers des 200 projets qu'ils vont devoir conduire. Il s'agit donc plus d'acquérir une compétence qu'une connaissance.

"Nous lançons une mini-Silicon Valley"

L'Epitech ne délivre pas le titre d'ingénieur... N'est-ce pas un handicap pour vos élèves sur le marché du travail qui les attend ?

Je ne crois pas. Les entreprises ont besoin des compétences que nous enseignons à nos élèves. Et puis, le CTO de Rentabiliweb, ou de Melty, ou encore le prometteur patron de Docker sont tous issus de l'Epitech, pour n'en citer que quelques-uns qui me viennent à l'esprit... De mon côté, lorsque je suis sorti de l'Epita, cet établissement ne délivrait pas encore le titre d'ingénieur, et je ne pense pas que cela ait pu m'handicaper ou freiner ma carrière.

En outre, je trouve que les conditions imposées par la CTI pour pouvoir délivrer ce titre d'ingénieur sont très strictes, avec par exemple seulement 30% d'enseignement informatique imposé. Ne pas être habilités CTI nous permet donc aussi de profiter d'une certaine liberté. Nos élèves pourront au final avoir de beaux débouchés, et bénéficier d'une scolarité faisant la part belle à la formation en stage et en entreprise, à l'international et avec une méthode d'enseignement efficace, et c'est ce qui compte vraiment.

Quels sont les chantiers importants actuellement menés à l'Epitech aujourd'hui ?

Nous venons de lancer Innovation Hub, un incubateur de talents situé sur le campus d'Epitech sur 250 m2. Cette structure a pour but de rassembler des équipes capables de se lancer et réaliser les projets les plus audacieux. Elle offre du matériel de pointe, comme les imprimantes 3D, les Google Glass, ou les casques de réalité augmentée. De quoi accéder aux technologies les plus innovantes en early-access.

Les projets seront initiés en interne, via les étudiants, mais aussi en externe, par des entreprises. L'idée est de les faire venir sur notre campus, et de les faire profiter des talents de nos étudiants, pour qu'elles y trouvent les projets disruptifs qu'elles ont souvent bien du mal à développer dans leurs murs. Nous sommes en train de monter les premiers partenariats avec des sociétés, et de beaux noms d'entreprises françaises seront bientôt annoncés. De quoi amener l'industrie dans l'école, et de confronter les étudiants à sa culture. Pour moi, lancer ce projet équivaut à lancer une mini-Silicon Valley !

Un autre chantier majeur concerne évidemment le développement de l'Epitech. Dans 15 ans, plus que de doubler le nombre de sites de l'Epitech en France, j'aimerais plutôt que l'Epitech développe ses 12 sites nationaux actuels. J'étais aussi en Chine récemment pour développer la présence de l'Epitech là-bas, et c'est aussi un projet important. Le modèle de partenariat lancé à Beijing est aussi à décliner, en Chine, pays clairement dans notre viseur, mais aussi ailleurs, en Espagne, aux Etats-Unis, ou en Angleterre.

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