Cloud : l’écosystème français doit se développer et se structurer plus rapidement !

Le marché du Cloud Computing qui apparaît pour beaucoup comme le nouvel eldorado pourrait passer sous le nez des acteurs français s’ils ne parviennent pas à développer et structurer rapidement leur filière.

Le Président de la République a choisi d’intégrer le « cloud computing » et la « souveraineté télécoms » dans les 34 plans de reconquête industrielle. Ces derniers ont pour ambition de soutenir les filières les plus porteuses d’une « nouvelle France industrielle ». Une commande publique exemplaire, devrait permettre de rassurer un marché d’entreprises qui reste timide face au foisonnement d’offres.
La mise en place d’une politique favorisant le maintien des données de nos entreprises, administrations et citoyens sur le territoire national, devrait également permettre l’essor du secteur.

Simplifier et labelliser l’offre « de cloud à la française »

Le cloud computing est un secteur en ébullition : de l’éditeur de logiciel aux équipementiers, tous les acteurs du numérique embrassent cette nouvelle façon de proposer des services et infrastructures informatiques déportés. Chacun revendique sa légitimité et claironne son expertise au point qu’une véritable  profusion d’offres et de services inonde les entreprises. De nombreuses entreprises privées et acteurs publics ont du mal à se retrouver dans le véritable brouillard du cloud à la Française.
Le faible taux d’adoption du cloud en atteste, avec seulement « 23 % des entreprises et administrations qui utilisent des solutions Cloud » [1], force est de constater que la révolution promise se met plutôt doucement en place en France. Est-il nécessaire de rappeler que chaque décideur a besoin de savoir ce qu’il achète, à qui il l’achète et dans quelles conditions, juridiques notamment ?
Classifier et labelliser pour simplifier le choix des entreprises pourrait être une mission à confier au gendarme des télécoms, qui est pour l’heure plutôt en retrait sur le sujet. Réaliser un audit des 130 datacenters français qui n’ont pour certains pas grand-chose en commun, permettrai de savoir où les entreprises françaises mettent les pieds ! Parmi les opérateurs français, rares sont ceux qui investissent pour déployer leur propre réseau et maitrisent l’ensemble de la chaine de valeur, et lorsqu’on parle de cloud, il est souvent préférable de contrôler de bout en bout.
Avant de mettre en œuvre un nouveau « plan cloud », réaliser un véritable audit, une classification, et même une analyse des forces et faiblesses des acteurs français, semble être une étape indispensable. Entre autres, cela permettra aux décideurs publics de ne pas réitérer l’erreur d’une création ex-nihilo de deux acteurs concurrents sur un marché, fort préjudiciable pour de nombreux petits acteurs déjà en place [2]. Fédérer les acteurs spécialisés du secteur autour de projets communs, n’est-ce pas là le seul rôle idoine de la puissance publique ?

Contenir les données sur le territoire national

Les acteurs publics sont les premiers garants de la souveraineté numérique. Alors que chacun se souvient de la vive émotion provoquée par le choix de la région Bretagne, qui avait décidé de s’appuyer sur Amazon Web Services [3], il semble opportun que des règles claires soient fixées pour les administrations et collectivités locales. Lorsque les infrastructures informatiques deviennent virtuelles et externalisées, les premières craintes des entreprises ne sont-elles pas finalement psychologiques ? 

Imposer des règles claires sur les critères d’hébergement des acteurs publics permettrait de mettre fin « aux stockages sauvages » et sécuriser les infrastructures informatiques publiques devenues obsolètes Dans le même temps, une commande publique audacieuse et exemplaire permettrait de consolider le développement de la filière du cloud.
Le datacenter régional, qui héberge les données de l’agglomération bisontine, du Conseil général et des universités en est le meilleur exemple : la commande publique a instauré un climat de confiance et a entrainé les entreprises privées sur le chemin de la sécurisation des données à proximité. Mieux, elle a permis à la collectivité d’économiser de précieux deniers publics en mutualisant les besoins régionaux, mais également bénéficié en premier lieu au tissu local d’entreprises.
Garantir une plus grande transparence sur les marchés de la connectivité internet et de l’externalisation des infrastructures informatiques sera certainement un des moyens les plus efficaces de garantir notre souveraineté numérique. Cela permettra par la même occasion aux acteurs français de se différencier autrement que par les prix sur un marché ultra-concurrentiel, dominé par les acteurs étrangers.

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[1] http://www.zdnet.fr/actualites/cloud-flexibilite-et-couts-motivent-les-entreprises-francaises-39796373.htm
[2] http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/11/08/le-cloud-a-la-francaise-sous-le-feu-des-critiques_1787762_651865.html
[3] http://www.itespresso.fr/bretagne-amazon-web-services-coup-griffe-cloud-souverain-59670.html

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