Comment Snips va révolutionner les smartphones et faire disparaître les objets connectés

La start-up dirigée par Rand Hindi utilise l'intelligence contextuelle pour rendre les smartphones intelligents.

Quand le JDN s'est intéressé pour la première fois à Snips, en 2013, la start-up venait de créer l'application Tranquilien pour la SNCF qui, basée sur des modèles prédictifs, optimise les flux de voyageurs dans les trains en Ile-de-France. A ce moment-là, la jeune pousse est en fait un "innovation lab". Créé par trois chercheurs, Rand Hindi, Maël Primet et Michael Fester, Snips développe pour diverses entreprises comme la SNCF ou La Poste pour développer des applications concrètes en utilisant sa connaissance de la data.

Intégrer les objets connectés à notre quotidien

Aujourd'hui, Snips travaille pour elle-même et la start-up a bouclé une levée de fonds de 6,3 millions de dollars (5,5 millions d'euros) en juin dernier pour financer son développement. "Il y a un an, on a commencé à se projeter sur le long terme, se souvient Rand Hindi. On s'est demandé à quoi ressemblera le monde dans dix ans, avec les objets connectés. Aujourd'hui, ils sont intrusifs, les humains doivent s'y adapter. Ces objets n'ont aucune intégration concrète dans notre quotidien et luttent pour capter notre attention en nous envoyant des alertes, des pushs. Ils se multiplient et ça va vite devenir un cauchemar." Pour résoudre le problème, la start-up ferme tous ses projets en cours et réinvestit tous ses fonds pour créer ses propres produits.

Les devices doivent s'adapter au contexte

L'objectif de Snips : faire disparaître les objets connectés, ou plutôt, nous les faire oublier. "Nous voulons rendre les objets connectés intelligents, pour qu'ils s'adaptent au contexte : qu'ils n'envoient pas de notifications Facebook quand on est en réunion, qu'ils n'envoient pas, lorsque l'on est sur son ordinateur, les notifications des infos que l'on a déjà eu sur desktop de nouveau sur le smartphone…" Snips travaille donc sur le "context awareness", pour que nos devices anticipent de plus en plus ce que nous voulons faire.

Pour l'instant, Snips se focalise sur les smartphones, avant que le boom des objets connectés ne les pousse à s'y pencher. "Sur le mobile, on fait constamment un va-et-vient entre toutes nos applis : le calendrier, le métro ou Uber pour voir comment aller à son rendez-vous… Nous voulons créer des interfaces qui peuvent anticiper quelle appli on veut utiliser et pour quel contenu, pour fluidifier l'expérience utilisateur, commente Rand Hindi. Par exemple, si j'ai pour habitude d'aller dans le même quartier tous les vendredi soir, quand j'ouvre Google maps un vendredi soir on devrait me proposer automatiquement d'y aller. Si je suis sur mon calendrier et que je bascule sur Uber, on devrait me proposer directement l'adresse de mon rendez-vous."

Des briques intelligentes au-dessus du système d'exploitation

Snips lance son clavier intelligent en version bêta. © Snips

Snips va donc s'armer de patience pour créer des "briques d'intelligence" qui seront intégrées à l'interface des smartphones : une couche non intrusive au-dessus du système d'exploitation. La première d'entre elle, qui sera bientôt lancée en version bêta auprès de 1 000 testeurs : un clavier pour iPhone qui peut prédire les adresses à taper dans Google Maps ou dans Uber, par exemple, en prenant en compte les informations des calendriers, des mails… "Nous avons tellement d'applications de ce genre qui ne présentent absolument aucune intelligence dans les suggestions, explique le CEO. C'est le premier problème que nous voulons résoudre." Android suivra, avec une analyse du contenu de l'écran en plus : "Si j'envoie un SMS et que je donne rendez-vous dans une heure dans une rue, quand j'ouvre Maps ou Uber une heure après, on va me la proposer." La béta sera lancée dans un mois ou deux.

Aucune donnée envoyée au serveur

Snips fait de la protection des données son cheval de bataille… Et un facteur de différenciation par rapport à tous les géants du Web qui investissent désormais des millions dans leurs projets d'intelligence artificielle. Toutes les données sont analysées localement sur le smartphone et ne sont jamais envoyées aux serveurs de la start-up. Une disposition qui rend bien sûr plus difficile l'amélioration de l'algorithme. "On est très limités sur la mise à jour de notre algorithme, reconnaît Rand Hindi. Ce sont de très grosses contraintes, certes, mais elles nous semblaient primordiales. La protection de la vie privée au cœur de la technologie que l'on développe."

Comment, dans ce cas, Snips pourra-t-elle monétiser ses applications ? "On a plein d'idées mais on ne sait pas encore lesquelles on mettra en place, élude le CEO. Nous allons itérer et nos produits vont sûrement beaucoup changer." En attendant, les 6,3 millions de dollars levés auprès de fonds américains (The Hive, Eniac et 500 Startups) permettront à Snips de voir venir, et de se "développer conjointement en Europe et aux Etats-Unis". La start-up emploie une vingtaine de collaborateurs et compte doubler ses effectifs d'ici la fin de l'année.

David contre Goliath

Plusieurs propositions de rachats par des Américains

La jeune pousse se retrouve cependant en concurrence frontale avec des géants aux moyens faramineux, qui s'intéressent de plus en plus à la problématique de l'intelligence artificielle : Google et son Google Now, Apple, qui recrute actuellement 80 chercheurs dans le domaine, Facebook, qui va ouvrir un laboratoire de recherche à Paris… "On est les underdog, la fourmi face aux géants, reconnaît Rand Hindi. Mais la taille de l'entreprise ne garantit jamais de capturer le marché. Google a des contraintes que l'on n'a pas. On n'a plus de liberté d'expression. Google ne peut pas proposer du privacy by design comme nous, c'est contraire à toute leur architecture." Forte de ses talents et de sa technologie, Snips pourrait d'ailleurs bien intéresser ces géants. La jeune pousse a déjà reçu plusieurs propositions de rachat d'entreprises américaines. "ça ne nous intéresse pas, assure le CEO. Si c'est la seule façon de passer à l'échelle est que l'alternative est de disparaitre alors pourquoi pas, mais on n'en est pas là. On préfère se projeter dans 20 ans !"

Et Snips prévoit déjà de s'attaquer, une fois sa première "brique" de facilitation pour les adresses créée, aux contacts : "Le smartphone pourra prédire à qui on a envie de parler, selon l'heure, le jour, le contexte." Enfin, la jeune pousse pourra s'attaquer à la maison connectée : "les objets s'adaptent au contexte et intégreront le concept social."

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