Ces campagnes Kickstarter qui sont tombées à l'eau

Ces campagnes Kickstarter qui ont mal tourné On ne présente plus le "crowdfunding" et la plateforme de référence Kickstarter. Mais que se passe-t-il lorsque les créateurs d'une campagne ne tiennent pas leurs promesses ?

Kickstarter, le plus important site de crowdfunding au monde, donne une chance aux entrepreneurs de lever des fonds pour mettre en œuvre les projets qui leur tiennent à cœur : fonder une entreprise, réaliser un film ou encore un clip de musique.

Jusqu'à présent, le site a collecté plus de 679 millions de dollars pour plus de 100 000 campagnes, permettant le lancement de projets tels que la nouvelle console de jeu Ouya ou un long-métrage pour les fans de la série Veronica Mars.

Cependant, tous les projets Kickstarter ne connaissent pas une fin heureuse, et le succès peut être difficile à gérer. Certains initiateurs de projets ne sont simplement pas préparés à satisfaire la demande générée par des milliers de nouveaux soutiens financiers et leurs centaines de milliers de dollars.

Voici les histoires de 3 campagnes Kickstarter qui sont tombées à l'eau :

1. L'américain Ed Carter espérait lever 21 000 dollars pour financer la production de son jeu de société. A la place, il a perdu sa maison et son emploi.

glory to rome
   © Capture d'écran Kickstarter.com

Carter voulait collecter de l'argent pour produire une version deluxe de son jeu de plateau "Glory to Rome".

Sa campagne a été un franc succès. A l'été 2011, après la période de financement de 21 jours, Carter avait récolté 73 102 dollars de la part de 1 600 joueurs enthousiastes, soit plus de 3 fois la somme visée. En contrepartie des dons, Carter avait promis à ses soutiens qu'il leur enverrait gratuitement le jeu.

Un an après, Carter se trouvait dans un véritable bourbier. Ses soutiens, transformés en clients, n'avaient toujours pas reçu leurs jeux. En réalité, les jeux étaient prêts à être expédiés mais ils avaient été écrasés lors du transport car Carter avait oublié d'ajouter la mention "fragile" sur les colis. Autre problème, un envoi gratuit était facile à financer lorsqu'il fallait envoyer les colis à l'intérieur des Etats-Unis, voire au Brésil, mais les coûts d'expédition vers l'Australie étaient plus élevés que le prix du jeu lui-même.

Les coups durs se sont accumulés. Carter s'est fait licencier de son poste à plein-temps chez Staples. Alors que qu'il commençait à manquer d'argent, il a dû piocher dans son compte épargne pour payer la production du jeu, ce qui l'a empêché de rembourser son prêt immobilier.

Carter a donc fini par perdre sa maison située à Boston. En causant sa ruine personnelle, Carter a réussi à livrer tous les jeux qu'il avait promis et affirme qu'il n'hésiterait pas à refaire la même chose. "J'ai fait tout cela car ce jeu est l'un des meilleurs jeux de plateforme jamais inventés", a-t-il expliqué à Quartz.com.

2. Des amis d'enfance ont amassé plusieurs milliers de dollars pour fabriquer des tongs écoresponsables.. avant de s'évaporer.

vere sandals
   © Capture d'écran Kickstarter.com

John Eades et Michael Ferreri ont créé les tongs Vere, des chaussures qui selon eux sont "respectueuses de l'environnement".Ces amis d'enfance espéraient lever 12 000 dollars pour construire une usine de chaussures à Geneva, dans l'état de New York. Ils affirmaient à leurs soutiens potentiels qu'ils disposaient de l'expérience et du matériel nécessaire, mais qu'ils avaient besoin d'aide pour financer les coûts de production.

Les deux hommes ont récolté 52 618 dollars, presque 4 fois et demi leur objectif, au printemps 2011.

10 mois plus tard, Eades et Ferreri se sont retrouvés sur la sellette. Les tongs promises à leurs 1 091 soutiens-clients se faisaient encore attendre en décembre 2011, alors que l'époque n'était plus du tout propice au port de chaussures estivales.

"Le moins que l'on puisse dire est que le processus est long et extrêmement frustrant, et que nous avons été à plus d'obstacles que prévu" écrivaient les deux associés dans une lettre adressée à BetaBeat.com. "Nous étions dépassés par le nombre de commandes Kickstarter, et si d'aventure nous devions recommencer l'expérience, nous appliquerions sans aucun doute une limite au nombre de contreparties disponibles".

Eades et Ferreri informaient leurs clients de façon sporadique, prétextant des ennuis mécaniques, une pénurie de personnel, et une arrivée tardive des matières premières.

Ils recevaient encore des lettres de réclamation de la part de leurs clients en janvier, mais il semblerait qu'ils aient finalement réussi à se remettre sur les rails. Les tongs sont disponibles chez plusieurs revendeurs aux Etats-Unis.

3. Ces investisseurs privés pensaient financer une paire de lunettes-caméra à la pointe de la technologie, qui s'est avérée être une escroquerie totale.

zioneyes
   © Capture d'écran Kickstarter.com

Ce qui semblait être un investissement judicieux a rapidement mal tourné pour les 2 106 soutiens du projet Eyez, HD VideoRecording Glasses for Facebook. Les lunettes étaient censées permettre d'enregistrer sous format vidéo ce que nous voyons à travers les verres puis uploader le résultat sur Facebook.

ZionEyez a levé 343 415 dollars, soit plus de 6 fois leur objectif initial.

Tout soutien ayant financé le projet à hauteur de 150 dollars et plus devait recevoir une paire des fameuses lunettes avant l'hiver 2011. Près de 2 ans plus tard, elles manquent toujours à l'appel.

Pour couronner le tout, les créateurs ont gardé le silence radio depuis le printemps 2012. Le 10 avril 2012, ils ont mis à jour la page de leur projet sur Kickstarter en annonçant qu'ils auraient besoin d'approximativement 7 mois pour terminer les phases de test et de fabrication. Plus d'un an après, toujours rien.

Certains des soutiens étaient tellement agacés qu'ils ont proposé de déposer un recours collectif à l'encontre des initiateurs du projet. Un des clients mécontents a même posté une copie d'un mail des créateurs d'Eyez qui affirmait qu'une mise à jour serait annoncée dans un "futur proche".

Jusqu'à présent, la situation ne semble pas très prometteuse pour les soutiens du projet Eyez. Malheureusement pour eux, Kickstarter n'accorde pas de remboursements.

Que faire si vous avez financé une campagne Kickstarter et qu'elle tourne mal ?

Avant de décider de soutenir une campagne, choisissez de manière avisée les projets auxquels vous donnerez de l'argent, ou, comme le conseille Kickstarter sur son site : "Faites preuve de bon sens."

Malheureusement, Kickstarter n'assume aucune responsabilité quant à l'échec des projets présents sur son site. L'entreprise se contente de s'assurer que les campagnes respectent les lignes directrices de leur communauté, qui impliquent vaguement que celles-ci ne doivent pas sortir du cadre de projet et correspondre à une des catégories prédéfinies.

Les conditions d'utilisation de Kickstarter incluent l'obligation légale pour les créateurs de rembourser les soutiens si le projet n'est pas mené à bien, ce qui constitue un motif de plainte si jamais les "investisseurs" souhaitent les poursuivre en justice. Ces conditions encouragent les soutiens à intenter un procès s'ils estiment que le créateur n'a pas fait preuve de bonne foi ou ne s'est pas efforcé de délivrer les contreparties promises.

 

Article de Laura Brothers. Traduction par Joséphine Dennery, JDN.

Voir l'article original : 3 Kickstarter Campaigns That Went Horribly Wrong

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