Robotique humanoïde : qui sont les acteurs français ?
Encore émergent, le marché de la robotique humanoïde est aujourd’hui dominé par les Etats-Unis et la Chine. Mais qu’en est-il de la France ? Comparé à l’intelligence artificielle - un domaine dans lequel elle est parvenue à faire émerger un acteur de poids avec Mistral AI - elle reste pour l’instant relativement discrète.
Pourtant, la France a joué un rôle important dans le développement de la robotique humanoïde, notamment via la start-up Aldebaran Robotics et son robot NAO, utilisé dans de nombreuses universités et pour des applications de recherche.
Cette dernière a déposé le bilan l’année dernière, mais de nouveaux acteurs ont pris la relève. Enchanted Tools, Pollen Robotics, Manifest ou encore UMA : on les compte encore sur les doigts d’une main, mais ces start-up espèrent bien trouver leur place dans un secteur amené à connaître une forte croissance dans les années à venir.
Autour de ces fabricants de robots se développe également un écosystème logiciel en pleine structuration, porté notamment par des acteurs de l’intelligence artificielle.
Aldebaran, le pionnier liquidé
Fondée en 2005, Aldebaran a été l’une des pionnières mondiales de la robotique humanoïde. Dans les années 2010, elle a déployé près de 40 000 robots NAO et Pepper, davantage que n’importe quelle autre entreprise du secteur à ce jour. NAO, haut d’environ 58 centimètres, a notamment été utilisé dans des universités et des laboratoires de recherche du monde entier, devenant un outil pédagogique et scientifique de référence.
Mais Aldebaran a été placée en liquidation judiciaire en 2025, après plusieurs années de difficultés financières. Malgré cette disparition, NAO et Pepper restent aujourd’hui les robots humanoïdes français les plus connus.
Enchanted Tools, Manifest... la nouvelle génération
Après la disparition d’Aldebaran, une nouvelle génération d’acteurs a pris le relais. Fondée en 2021 par Jérôme Monceaux, ancien d’Aldebaran, et Samuel Benveniste, la start-up parisienne Enchanted Tools s’est fait remarquer ces derniers mois grâce à ses robots Miroki et Miroka.
Pas tout à fait humanoïdes, ces machines possèdent une tête et deux bras, mais se déplacent sur une boule motorisée, un choix assumé pour des raisons d’ergonomie et de sécurité. Avec leurs oreilles d’elfe et leur design inspiré des mangas, ils ressemblent davantage à des personnages d’animation qu’à un humain.
Les robots ont déjà été déployés dans plusieurs lieux publics. A l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry, on a pu les voir guider les voyageurs, tandis que dans certains hôpitaux ils accompagnent des enfants atteints de leucémie.
La start-up a vendu une cinquantaine d’unités et veut désormais changer d’échelle. Après une phase pré-industrielle, les robots doivent passer cette année à une version commerciale. Jérôme Monceaux vise entre 600 et 1 000 ventes en 2026 grâce à un réseau de partenaires internationaux.
Parmi les marchés ciblés figure la Californie, où ces robots pourraient assister des personnes âgées dans un contexte de vieillissement démographique. Enchanted Tools a par ailleurs noué un partenariat avec Google DeepMind afin d’améliorer l’autonomie de ses machines.
Autre acteur à suivre : Pollen Robotics, start-up française spécialisée dans les robots de recherche et acquise en 2024 par Hugging Face. Elle développe notamment le robot Reachy 2. A partir de ce modèle vendu autour de 70 000 dollars, l’entreprise a conçu une version plus accessible : Reachy Mini, vendu autour de 300 dollars sous forme de kit open source. L'entreprise propose également le robot humanoïde Hope JR, vendu à moins de 3 000 euros.
L’année dernière, nous avons aussi pu assister au lancement de la start-up UMA (Universal Mechanical Assistant), qui développe des robots humanoïdes légers et à bas coût, destinés à tous types d’applications. Plusieurs programmes pilotes sont prévus dans les prochains mois dans la logistique et l’industrie.
Manifest, une startup française basée à Toulouse et fondée par Charles-Henri Blanchet, développe pour sa part des robots humanoïdes destinés aux secteurs de l’aéronautique et de la défense.
L’IA et le logiciel, atouts stratégiques de la France
Dans le domaine du software, la France semble en revanche prête à jouer un rôle majeur, portée notamment par AMI Labs, la start-up cofondée par Yann LeCun, ancien directeur scientifique de Meta spécialisé en IA. Si elle ne conçoit pas de robots, elle met au point les logiciels qui leur permettent de percevoir le monde.
AMI prévoit ainsi de développer des "systèmes intelligents quasi universels" pouvant notamment être utilisés pour la robotique humanoïde. "Je fais clairement partie de ceux qui pensent que nous avons besoin d'un changement de paradigme" par rapport à la dépendance de l'IA aux modèles linéaires, a déclaré Yann LeCun à l'AFP.
Basée à Paris, l’entreprise a levé 1,03 milliard de dollars (850 millions d’euros) pour développer des modèles capables de comprendre le monde physique. Valorisée à 3,5 milliards de dollars avant cette levée de fonds, elle fait déjà partie du club des licornes françaises.
Par ailleurs, la France compte déjà un champion dans le domaine de l’IA, Mistral AI, qui se positionne dans la robotique et l’IA physique. L’entreprise a commencé à développer des modèles susceptibles d’alimenter les systèmes cognitifs des robots.
Un autre acteur français à suivre est Hugging Face. La licorne française de l’open source explore désormais la robotique. Après l’acquisition de Pollen Robotics, spécialiste du hardware robotique, l’entreprise développe aussi un écosystème logiciel dédié, notamment via sa plateforme baptisée LeRobot. Avec la volonté de reproduire dans la robotique l’approche open source qui a fait son succès dans l’IA, l’entreprise a commencé par publier des ressources pour la communauté : plans de référence, pièces imprimables en 3D, liste de composants et instructions d’assemblage.
La France peut ainsi s’appuyer sur un véritable savoir-faire et sur de nombreux experts dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle. Mais face aux investissements massifs des Etats-Unis et de la Chine, le défi est immense pour l’écosystème français.