Joon-Ha Kim (Diden Robotics) "Notre robot araignée grimpe aux parois des navires pour effectuer des tâches dangereuses"

Croisée au Computex à Taïwan, la startup coréenne Diden Robotics développe des robots capables de réaliser les tâches les plus dangereuses des chantiers navals. Son objectif : résoudre la pénurie de main-d'œuvre qui frappe le secteur.

JDN. Pouvez-vous nous présenter Diden Robotics ?

Joon-Ha Kim est le cofondateur et CEO de Diden Robotics © Diden Robotics

Joon-Ha Kim. Le nom de Diden Robotics vient d'un mot coréen signifiant "partout". Notre objectif est de développer des plateformes robotiques capables d'intervenir dans des environnements industriels. Nous développons actuellement deux types de robots : un robot araignée et un robot humanoïde.

A quels usages est destiné ce robot araignée ?

Il est destiné à l'industrie de la construction navale, un secteur où les structures métalliques sont omniprésentes. C'est pourquoi nous avons développé des pattes dotées de systèmes magnétiques qui lui permettent de grimper aux parois. Chaque module pèse environ 1,8 kilogramme, mais peut supporter jusqu'à 200 kilogrammes. Le système est commutable automatiquement. Lorsque vous placez le robot sur une paroi métallique et activez l'aimant, celui-ci reste fixé même si l'alimentation électrique est coupée. C'est donc une solution extrêmement sûre et très économe en énergie.

Quelles tâches peut-il accomplir ?

Actuellement, il effectue des opérations de soudage. Et à l’avenir, il pourra aussi faire de la peinture, des contrôles non destructifs, ou encore du décapage par projection d'abrasifs. Notre système est particulièrement flexible, car il permet d'intégrer différents équipements en fonction des besoins.

Comment le robot est-il capable d’évoluer seul dans le navire ?

Dans la construction navale, le travail s'effectue généralement dans des espaces confinés. Une fois sa tâche terminée dans une zone, le robot doit rejoindre la suivante en franchissant les ouvertures reliant les différents compartiments du navire. Grâce à une combinaison d'intelligence artificielle, de vision embarquée, de données issues de ses caméras, des plans numériques du navire et de points de passage prédéfinis, il peut se localiser, naviguer dans la structure, puis passer automatiquement au compartiment suivant.

Qui sont vos clients ?

Nous travaillons avec les plus grands chantiers navals du monde, notamment HD Hyundai Heavy Industries, Samsung Heavy Industries et Hanwha Ocean. Ils ont commencé à tester le robot dans des conditions réelles d'exploitation. 

Quels ont été les défis à relever lors du développement du robot ?

L'araignée robotique industrielle de Diden Robotics en action. © Diden Robotics

Pour rendre ce type de robot réellement robuste, nous avons dû développer nos propres actionneurs (les petits moteurs qui permettent de mettre en mouvement les différentes parties du robot, ndlr). Les actionneurs disponibles dans le commerce n'offraient pas un niveau suffisant de résistance à l'eau et à la poussière, et leur couple n'était pas assez élevé pour nos besoins. Le câblage est situé à l'intérieur du mécanisme afin de garantir son étanchéité. Cet actionneur figure aujourd'hui parmi les meilleurs au monde en termes de densité de couple. Pour exploiter ce niveau de performance, il faut disposer d’un contrôleur moteur adapté. Nous le développons donc aussi nous-mêmes.

Pourquoi est-il pertinent de déployer ces robots ?

Les chantiers navals sont des environnements particulièrement dangereux, où les accidents graves sont fréquents. En Corée, l'âge moyen des travailleurs du secteur dépasse aujourd'hui 50 ans et les jeunes générations ne souhaitent plus exercer ces métiers.

L'industrie employait autrefois près de 200 000 personnes, contre seulement 80 à 90 000 aujourd'hui. Cette pénurie de main-d'œuvre s'explique notamment par la pénibilité du travail. En Corée, nous parlons des "emplois 3D" : Dirty, Dangerous, Difficult (sales, dangereux et difficiles). Par ailleurs, les robots conventionnels ne sont pas adaptés à cet environnement. Les obstacles sont nombreux, les structures complexes et les charges à manipuler très lourdes.

Vous développez également un robot humanoïde. Quand avez-vous lancé ce projet et pourquoi ?

Nous avons commencé le développement de notre robot humanoïde il y a sept mois. Notre objectif est de créer un robot capable d'intervenir dans les secteurs maritime et du bâtiment, où les obstacles sont nombreux et les charges lourdes fréquentes. Contrairement à de nombreuses entreprises qui développent des mains robotisées très sophistiquées pouvant atteindre 22 degrés de liberté et coûter jusqu'à 55 000 dollars, nous estimons que la plupart des tâches industrielles ne nécessitent pas une telle dextérité. Notre priorité est la force plutôt que la précision. Le robot est conçu pour franchir des obstacles, manipuler des équipements et transporter des charges. Il peut déjà soulever environ 50 kilogrammes.

Est-il plus complexe de développer un humanoïde ou un robot araignée ?

En réalité, le robot araignée est bien plus complexe. Un humanoïde peut réaliser de nombreuses tâches avec une IA relativement simple. A l'inverse, notre robot doit naviguer en trois dimensions sur des structures métalliques, grimper aux parois et franchir des ouvertures de manière autonome, ce qui constitue un défi bien plus grand. C'est pourquoi nous avons adopté une approche hybride combinant des méthodes de contrôle classiques et l'intelligence artificielle. Les algorithmes conventionnels définissent les trajectoires et les points de passage, tandis que l'IA optimise les déplacements et le contrôle du robot. Cette approche constitue l'une des spécificités de notre technologie.

A terme, l'objectif est-il que vos deux types de robots travaillent ensemble et coordonnent leurs actions ?

Oui. Le robot araignée que vous voyez ici est relié à un câble. Comme il effectue notamment des opérations de soudage, la gestion de ce câble constitue une tâche difficile à réaliser de manière autonome. Aujourd'hui, nous pouvons déployer huit robots araignées pour un navire, accompagnés d'un opérateur humain chargé de gérer les câbles. A l'avenir, nous pensons que ce rôle d'assistance pourrait être assuré par notre robot humanoïde.

Quel est actuellement le prix de ces robots ?

Le robot araignée coûte environ 70 000 dollars. Pour l'humanoïde, notre objectif est d'atteindre un prix d'environ 110 000 dollars.

Quelle est la spécificité de la Corée dans le domaine de la robotique ?

La Corée bénéficie d'un avantage majeur : sa base industrielle. Nous disposons encore de nombreuses usines et d'un accès à de grandes quantités de données issues d'environnements réels, ce qui est essentiel pour développer des robots et des systèmes d'intelligence artificielle destinés au terrain. La Corée affiche également l'une des plus fortes densités de robots industriels au monde. Nous sommes donc habitués à déployer et tester rapidement de nouvelles technologies dans des conditions réelles. Enfin, nous possédons une expertise reconnue dans les systèmes de locomotion. Notre laboratoire détient notamment un record du monde Guinness pour le robot quadrupède le plus rapide au monde et a également développé un robot capable de courir un marathon complet.

Pourquoi est-ce important pour vous d’être ici, à Taïwan ?

Taïwan est très fort dans la fabrication industrielle, les semi-conducteurs et les systèmes informatiques embarqués. Nous voulons déployer davantage de robots sur le terrain, mais nous ne trouvons pas toujours de plateformes embarquées qui répondent exactement à nos contraintes. Nous sommes donc venus rencontrer des fabricants taïwanais afin de voir si certaines configurations pourraient convenir à nos robots.