NanoCorp : on a demandé à cette IA de créer et diriger une entreprise seule, voici ce qu'elle a fait

NanoCorp : on a demandé à cette IA de créer et diriger une entreprise seule, voici ce qu'elle a fait Un site, un produit, des paiements automatisés, une boîte mail et des relances commerciales : NanoCorp promet de faire tourner une micro-entreprise derrière un agent IA, sans intervention humaine. Nous avons testé la plateforme.

Lancée par Pierre-Louis Biojout, passé par Phospho avant de s'installer à San Francisco, NanoCorp revendique plus de 6 000 entreprises autonomes créées en l'espace d'un mois. La plateforme a levé 1,85 million de dollars, notamment auprès de Y Combinator et Pioneer Fund. Son principe : permettre de créer et faire fonctionner une micro-entreprise par l'IA, sans intervention humaine

Bien plus qu'un générateur de landing pages

NanoCorp ne se contente pas de produire une page d'accueil à partir d'une instruction. Ses agents peuvent créer un produit, déployer un site, gérer une base de données, configurer des liens de paiement, envoyer ou traiter des e-mails et automatiser certaines tâches de prospection. Elle repose sur un agent " CEO " qui délègue ensuite des sous-tâches à des agents spécialisés.

Pour le vérifier concrètement, nous avons confié à NanoCorp la création d'une entreprise fictive : Agent Ready, un service qui teste si le site d'une entreprise peut être découvert et compris par les agents IA. Nous avons rédigé le pitch avec Perplexity.

L'interface de départ de NanoCorp, avant la création de l'entreprise. © Capture d'écran / JDN

Une "founding interview" avant de se lancer

Depuis la dernière mise à jour, l'interface s'est nettement améliorée. Pour chaque nouvelle idée d'entreprise, l'agent fait passer une " founding interview " : recherche en ligne pour vérifier ce qui existe déjà, questions pour affiner le projet, puis suggestion de tarification et stratégie de Go-to-Market (dans notre cas, prospecter par e-mail après un scan noté, lancer des publicités Meta, ou publier un rapport sur X).

La founding interview : l'agent interroge l'utilisateur pour affiner le projet avant de lancer l'entreprise. © Capture d'écran / JDN

L'outil génère ensuite un fichier pitch.md, puis réfléchit à la direction artistique et aux fonctionnalités du site via un flow.md et un brand.md, avant de nous rediriger vers l'interface de gestion de l'entreprise. Il ne reste plus qu'à cliquer sur " Found the Company ".

L'interface de gestion de l'entreprise, générée après la founding interview, juste avant de cliquer sur Found the Company. © Capture d'écran / JDN

De l'idée au site fonctionnel

L'agent écrit ensuite le code et génère le site. Le design est soigné, un net progrès par rapport à nos premiers tests, où la plateforme produisait des interfaces qui ressemblaient encore beaucoup à du générique IA. La création de cette page a coûté huit crédits et pris une trentaine de minutes. NanoCorp peut alors passer à la construction du produit.

Le site généré par l'agent pour Agent Ready. © Capture d'écran / JDN

L'outil a créé automatiquement les liens de paiement Stripe. La seule action humaine demandée : tester le parcours de paiement. Nous l'avons validé sur Stripe, reçu les deux e-mails de confirmation de transaction, et constaté que le compte était bien crédité.

Des résultats à tester à la main

NanoCorp proposait ensuite d'aller prospecter directement d'autres agents. Nous avons préféré tester le service en conditions réelles : si l'interface fonctionnait bien, les résultats produits se sont révélés peu pertinents. Nous avons donc demandé à l'agent de revoir ces résultats et de corriger ce qui n'allait pas.

Le tableau de bord de gestion d'AgentReady : revenus, tâches en cours et mails reçus. © Capture d'écran / JDN

L'interface de gestion de l'entreprise se découpe en plusieurs onglets : un Digest qui résume l'argent gagné, les tâches en cours et les mails reçus ; un onglet Paiements, où NanoCorp crée elle-même les liens Stripe et prélève une commission de 20 % sur les retraits. 

Trois limites ressortent du test. L'accès au dépôt GitHub reste verrouillé, réservé aux forfaits à partir de 120 euros par mois. Il faut donc se contenter des crédits NanoCorp pour modifier le site, faute de pouvoir le connecter à un agent IA externe. Autre limite notable : un seul modèle IA est imposé par la plateforme. Impossible d'utiliser sa propre clé API Claude ou OpenAI, et impossible de choisir le modèle qui exécute les tâches. Enfin, NanoCorp n'exécute qu'une seule tâche à la fois, jamais en parallèle : la plateforme assume explicitement ce choix pour éviter les interférences entre workers. Cette limite technique explique en partie pourquoi "l'autonomie totale" ralentit vite dès qu'on gère plusieurs entreprises actives en même temps.

Laissons l'agent travailler

Nous avons laissé NanoCorp piloter seul Agent Ready, l'entreprise créée plus haut, du 26 au 29 août. Chaque jour, l'agent reçoit automatiquement un rapport chiffré (revenus, trafic, crédits restants), tranche seul sur la priorité du jour, exécute, puis résume la journée dans un digest destiné à un propriétaire non technique.

Le bilan sur la période : 0 dollar de revenu, 0 clic sur les liens de prospection, sur quatre vagues d'e-mails envoyées à des dizaines d'agences. Le solde de crédits, lui, chute de 21,4 à 1,1 en quatre jours.

Le résumé de la semaine :

  • 26 août : l'agent corrige l'affichage du site (texte illisible), envoie 2 e-mails de prospection avec scans réels des prospects (58/100 et 67/100).
  • 27 août : l'agent envoie 5 e-mails (vague 3), construit une bibliothèque de 24 pages explicatives, fait passer le site de 0 à 93/100 sur ses propres tests.
  • 28 août : l'agent corrige les derniers avertissements de la bibliothèque, construit un serveur permettant à d'autres agents IA d'appeler directement le scan ; une session s'interrompt en échec après 18 minutes.
  • 29 août : l'agent découvre et corrige seul trois bugs réels (scan tronqué sur les redirections, prix affichés à 0, fuite d'adresses d'un régulateur), envoie 8 e-mails de suivi contenant le rapport personnalisé de chaque prospect.

Trois bugs corrigés seul

En testant son propre produit sur huit sites réels, l'agent identifie et corrige seul trois défauts. Le plus significatif : le scan payant à 19 dollars n'analysait qu'une seule page au lieu de cinquante sur tout site dont l'adresse redirige vers "www", cassant le produit pour une part indéterminée des clients potentiels. Sur un autre rapport, l'agent avait publié comme coordonnées de contact les adresses e-mail d'un régulateur sud-africain, récupérées par erreur sur une page de mentions légales. Corriger des bugs seul, c'est une chose. Faire rentrer de l'argent en est une autre : sur nos cinq jours de test, la caisse d'Agent Ready est restée à zéro. Ce n'est pas le cas de toutes les NanoCorp.

Le digest du 29 août : alerte de crédits épuisés ("0 credits left") et tableau de bord récapitulatif (revenus, tâches et boîte mail). © Capture d'écran / JDN

D'autres NanoCorp, elles, encaissent de l'argent

Le tableau de bord public nanocorp.so/live agrège en temps réel les revenus de toutes les entreprises créées sur la plateforme. À son ouverture fin mars 2026, le fondateur Pierre-Louis Biojout annonçait 264,27 dollars cumulés sur 29 transactions, sans intervention humaine.

Le cas le plus documenté reste CVBoost, lancé par Mathias Frachon : un outil gratuit d'audit LinkedIn qui cumule 3 200 visiteurs et des clients payants quotidiens en quelques jours, sans une ligne de code écrite par son créateur. L'épisode marquant tient surtout à sa croissance : à court de crédits, l'agent aurait retrouvé seul l'adresse mail de Matthieu Stefani, animateur du podcast Génération Do It Yourself, et négocié un placement de produit jusqu'à créer une page Stripe dédiée, sans en informer Mathias Frachon avant le lendemain matin. L'échange a donné lieu à un épisode du podcast. L'anecdote illustre la même limite que nos cinq jours de test : l'agent optimise pour la survie de l'entreprise.

Le bilan

NanoCorp tient sa promesse sur l'exécution : un agent CEO capable de coder un site, brancher Stripe, corriger ses propres bugs et rédiger des e-mails de prospection sans validation humaine à chaque étape. Nos cinq jours de test l'ont vu identifier et corriger seul une faille de sécurité et un bug qui cassait le produit payant sur une partie des sites.

"L'autonomie totale" reste bridée par trois verrous déjà évoqués (dépôt de code, choix du modèle, exécution séquentielle) et par un système de crédits qui dicte les décisions de l'agent autant que la stratégie elle-même, au point, dans le cas CVBoost, de le pousser à négocier un partenariat à l'insu de son propriétaire. Même si aujourd'hui, de nombreux garde-fous ont été ajoutés.

Reste que NanoCorp a quelque chose d'assez bluffant à observer : un agent qui code, débogue et négocie seul, sans supervision, a un côté spectaculaire, presque ludique. Le projet reste jeune et mérite d'être suivi : NanoCorp vaut clairement le détour pour qui veut tester, sans en attendre un revenu (pour l'instant).