Microsoft reconfigure sa stratégie autour de l'intelligence artificielle

Microsoft reconfigure sa stratégie autour de l'intelligence artificielle L'éditeur de logiciels américain injecte de l'IA à tous les étages de son offre et, pour cela, mise en partie sur la France.

Vingt-six. C'est le nombre de fois où Satya Nadella, PDG de Microsoft, a utilisé l'acronyme IA - pour intelligence artificielle - dans un courriel adressé en mars dernier à l'ensemble des salariés du géant des logiciels. Dans son message, le patron de Microsoft explique vouloir désormais introduire des fonctions d'intelligence artificielle et d'apprentissage numérique automatisé à tous les produits de la firme, et en particulier à ceux ciblant le monde professionnel (Office, applications de gestion de la relation client, cloud...).

Pour cela, Microsoft s'est réorganisé au premier trimestre 2018 autour de trois divisions principales. Exit l'entité historique Windows et Terminaux, remplacée par la division Expériences et Terminaux. Les deux autres divisions ciblent spécifiquement l'intelligence artificielle. Déjà en place depuis près de deux ans, l'entité IA et Recherche a pour objectif de développer les innovations logicielles liées à la transformation en cours. Pour s'assurer que les nouveaux produits créés soient réellement au service de l'humain et en phase avec "les enjeux sociétaux actuels", selon l'entreprise, elle intègre un comité éthique de réflexion autour de l'IA. Troisième activité : la division Cloud et Plateforme d'IA doit, elle, mettre la puissance de l'informatique dans les nuages du groupe au profit de ses nouveaux défis dans l'intelligence artificielle.

C'est sur cette dernière entité que les attentes sont les plus fortes. Pour Christophe Shaw, directeur de la division innovation et co-engineering de Microsoft pour l'Europe du Sud, sa principale mission est de faire du cloud de la société "la plateforme de référence de l'intelligence artificielle" pour les entreprises. Via des offres puissantes mais simples à prendre en main, "la volonté est de rendre les technologies d'IA accessibles. Aux développeurs de logiciels bien sûr, mais aussi aux autres métiers de l'entreprise. Il ne doit pas être nécessaire de comprendre le fonctionnement des systèmes informatiques intelligents pour en bénéficier", explique-t-il.

Christophe Shaw est directeur de la division innovation et co-engineering de Microsoft pour l'Europe du Sud. © Microsoft

Pour relever le défi, Microsoft multiplie les nouveaux produits. En mars dernier, le groupe a présenté Windows ML. Un outil permettant aux éditeurs de logiciels pour Windows d'intégrer à leurs applications une couche de reconnaissance d'images ou de vidéos et autres traitements automatiques. Début mai, de nouvelles briques technologiques ont été proposées pour améliorer la compréhension du langage par l'ordinateur ou encore rendre les objets connectés plus malins. Sans oublier de nouvelles capacités au sein de la suite bureautique Office en matière d'automatisation de feuilles de calculs.

Microsoft entend décliner sa stratégie d'intelligence artificielle aux principales zones géographiques où il est implanté. Terre d'excellence dans ce domaine, du fait de son école mathématique, la France, où est installé le siège européen du groupe, fait sans surprise partie des pays prioritaires. Microsoft n'a d'ailleurs pas attendu le lancement de sa nouvelle orientation pour amorcer des initiatives locales. Dès 2007, sa filiale hexagonale a ouvert un laboratoire commun avec l'Inria centré notamment sur l'intelligence artificielle. Toujours en partenariat avec l'institut de recherche publique français en informatique, elle a initié en 2017 un programme d'accompagnement de start-up, baptisé AI Factory, pour faire émerger des champions nationaux dans l'intelligence artificielle. Il fédère aujourd'hui 17 jeunes pousses.

Au premier trimestre 2018, Microsoft a cette fois dévoilé un plan d'investissement de 30 millions de dollars sur trois ans pour développer l'intelligence artificielle en France. Il prévoit le lancement d'un hub de formations destinés aux métiers du numérique, donnant notamment accès à des cursus dans l'IA proposés par des écoles partenaires. Une école à destination des publics éloignés de l'emploi (personnes en voie de reconversion, décrocheurs scolaires) souhaitant intégrer la filière est également créée. Si la première promotion compte 24 apprenants, elle pourrait accueillir des centaines de développeurs dans les années à venir.

Un article paru dans le Figaro Tech

Cet article est originellement paru le 18 juin dans le Figaro Tech, supplément trimestriel du quotidien Figaro, fruit de la collaboration entre les équipes du Figaro Economie et du JDN. Objectif de ce cahier : créer un point de repère dans l'innovation technologique, pour distinguer les modes des phénomènes de fond.

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