L’authentification forte dans les paiements met à l’épreuve l’Europe

Ce volet de la directive des services de paiement (DSP2) est une révolution dans le secteur des paiements qui touche tous à la fois les banques, retailers et prestataires de paiement.

Le Vieux continent a su tirer profit des opportunités de l’économie numérique en proposant un cadre favorable au développement de start-up comme Doctolib, ManoMano, Alan en France, Deliveroo au Royaume-Uni, ou encore Voi en Suède.
Pour ces start-up, il est indispensable que le marché européen poursuive son unification afin de faciliter les échanges transfrontaliers et pouvoir se développer à grande échelle. Mais aujourd’hui, un bouleversement réglementaire pourrait changer la donne. La mise en oeuvre de l’authentification forte des paiements en ligne (Strong Customer Authentication ou SCA) va mettre à l’épreuve la capacité des Etats membres et de l’UE à penser l’Europe comme un véritable marché unique du numérique.  

L’authentification forte promet un bouleversement sans précédent pour l’économie numérique européenne

Depuis quelques années, les acteurs du numérique se préparent à une petite révolution dans les paiements : la mise en oeuvre du SCA (Strong Customer Authentication) dans les paiements à partir du 14 septembre 2019. Cependant, un inquiétant flou règne au sein de l’écosystème numérique européen.
Rapide retour en arrière : le 21 juin dernier, face à l’inquiétude générale et au retard pris par les banques, marchands et autres réseaux de cartes de crédits dans la mise en oeuvre du SCA, l’Autorité bancaire européenne (EBA) ouvrait la porte à un délai dans l’application de la nouvelle réglementation, laissant à la Banque de France et à ses homologues européens, la possibilité de repousser la mise en application de la directive européenne, à leur discrétion. Malgré une intention louable, cette initiative a provoqué une vague de réactions désordonnées de la part des régulateurs nationaux, ajoutant davantage de confusion à une situation déjà complexe.

Si le Royaume-Uni a déjà annoncé un délai de 18 mois et que l’Allemagne s’est d’ores et déjà prononcée sur une période probatoire temporaire, la France a opté pour un plan en deux volets s’étalant jusqu’en mars 2021.

Un casse-tête pour les entreprises européennes

Cette approche est en totale contradiction avec la réalité du commerce en ligne européen et le développement du commerce transfrontalier, devenus la norme depuis quelques années. L’approche hétérogène des régulateurs européens pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le commerce en ligne européen. Des millions de consommateurs risquent - dès le 14 septembre - d’être exclus de certains services en ligne sous prétexte que leur banque interprète les règles SCA différemment que le site ou l’application sur lequel ils souhaitent effectuer leurs achats. De même, les e-commerçants seront contraints de connaître précisément l’interprétation de la nouvelle réglementation par les 8 000 établissements bancaires européens, sous peine de perdre des millions de clients potentiels. Une tâche dantesque, à laquelle ne pourront jamais s’atteler 99,99% des entreprises du numérique. Dans une déclaration commune, l’industrie du e-commerce et des paiements européen a ainsi appelé à une homogénéisation des délais accordés par les différents régulateurs européens.

Un test pour le marché unique européen du numérique ?

En l’absence de clarté au niveau européen, les entreprises n’ont pas d’autre choix rationnel que de se préparer à une mise en oeuvre immédiate de la nouvelle réglementation. Car une mauvaise prise en compte du SCA provoquerait non seulement une perte immédiate de chiffre d’affaires pour les entreprises européennes (plus de 57 milliards d’euros sont en jeu), mais aussi une crise de confiance avec leurs clients. 

Les régulateurs européens ont l’opportunité de proposer une approche commune sur le sujet SCA. C’est une occasion rare de mettre en oeuvre concrètement les principes prônés par l’UE en matière de marché unique européen du numérique, à une époque mouvementée pour l’Union. 

 

L’authentification forte dans les paiements met à l’épreuve l’Europe
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