Pierre Cannet (Blue-Search Conseil) "Plus de 10 000 embauches liées à l'e-commerce en 2011... et une pénurie de profils"

A l'occasion du colloque que la Fevad consacre le 2 mai à l'emploi dans l'e-commerce, le président du cabinet RH Blue-Search revient sur le manque de profils adaptés à ces métiers.

JDN. Quel est l'objectif de ce colloque "Commerce électronique et emploi", organisé par la Fevad en partenariat avec Blue-Search et le Club des DRH du Net ?

Pierre Cannet. Il se tiendra à l'Assemblée nationale à l'initiative de Bernard Gérard, député du Nord et maire de Marcq-en-Barœul, qui essaie de voir quels gisements d'emplois pourrait offrir l'e-commerce. L'idée est de mettre en exergue les écarts entre l'offre et la demande d'emplois, donc les pénuries, d'étudier la façon dont on peut les combattre, mais aussi de réfléchir avec les pouvoirs publics sur les questions liées à la formation initiale et à la formation continue.

 

A quel rythme progresse le nombre d'emplois dans le secteur du commerce électronique ?

Compte tenu des prévisions des employeurs et de notre perception du marché de l'emploi dans le secteur, la croissance du nombre d'emplois devrait être comparable à l'an dernier. On peut donc s'attendre à ce que les effectifs de l'e-commerce progressent environ de 10 % cette année encore, ce qui signifie entre 3 000 et 4 000 créations de poste. A ces emplois directs s'ajoutent les emplois indirects et induits, par exemple chez les agences et autres prestataires auxquels font appel les cybermarchands. Le cabinet d'analyse économique Asterès fera le point sur ces chiffres en ouverture du colloque.

 

Les postes à pourvoir dans l'e-commerce sont-ils surtout des créations de postes ?

Il y a trois ou quatre ans, les recrutements du secteur étaient en majeure partie des créations de poste. Aujourd'hui, elles se répartissent à 50/50 avec les remplacements. Cela dénote une certaine maturité du modèle e-commerce par rapport au reste du secteur numérique. Même si, bien sûr, l'e-commerce est encore très jeune et très dynamique, par rapport au reste de l'économie française.

"Pour les cadres, à formation initiale et durée d'expérience équivalente, l'e-commerce rémunère mieux"

Entre les créations de postes, le turnover en légère accélération du fait d'une tendance de marché plus favorable, les embauches des prestataires et enfin celles des acteurs traditionnels - PPR, Cartier, Auto Distribution...- qui ne sont pas comprises dans ces statistiques, on peut s'attendre à plus de 10 000 embauches liées à l'e-commerce cette année.

 

Pourquoi les e-commerçants rencontrent-ils des difficultés à recruter ?

Premièrement, les volumes d'embauches sont importants. Deuxièmement, le rapport entre l'offre et la demande n'est pas toujours favorable aux employeurs pour un grand nombre de métiers : ce sont les candidats qui ont le choix. Troisièmement, il s'agit souvent de nouveaux métiers et de nouvelles qualifications, pour lesquels il est plus difficile de trouver des candidats. A ces trois raisons principales il faudrait en ajouter d'autres, par exemple le manque de notoriété de ces entreprises récentes. Nous en débattrons lors de la première table ronde, avec Claude Monnier (Hi-Media), Ingrid Tisserand (Pixmania), Erik-Marie Bion (ex-Inspirational Stores) et Diane Rivière (Amazon).

 

Les postes et les salaires sont-ils aussi intéressants dans l'e-commerce qu'ailleurs ?

Pour les cadres, à formation initiale et durée d'expérience professionnelle équivalente, l'e-commerce rémunère mieux. On le voit très bien sur les profils marketing et ingénieurs, les deux grandes populations de cadres du secteur. Dans l'e-commerce, on peut être chef de produit au bout de deux ans, au lieu de quatre hors du secteur du numérique. Ce type de responsabilité arrive plus tôt dans la carrière et entraîne donc nécessairement, à âge égal, une rémunération - salaire, bonus...- plus élevée.

 

Pourquoi les formations existantes ne sont-elles pas adaptées, ou suffisantes ?

Ce sera l'objet de la troisième table-ronde du colloque. Il y a bien sûr un effet volume, particulièrement frappant pour les informaticiens. Tout le monde en a besoin : SSII, opérateurs télécom, banques... tous les employeurs sont en concurrence. L'explication est également qualitative. L'e-commerce a des métiers pointus, comme social media marketer, e-merchandiser, développeur DotNet ou J2EE... Il est rare de trouver des profils ayant à la fois cette formation de base et un stage et un CDD dans le domaine. Nous aborderons ces questions avec Geoffroy Fourgeaud (Voyages-Sncf), Marc Simoncini (Meetic) qui vient de cofonder une école de l'Internet, Monika Siejka (Institut de l'Internet et du Multimédia) ainsi que Vincent Ducrey (ministère de l'Education nationale).

 

"Il existe une pénurie de candidats sur tous les niveaux de qualification"

On voit se développer des formations et des écoles dédiées à l'e-commerce et à Internet. Ce n'est pas suffisant ?

Le secteur recrute sur trois niveaux de qualification différents. Les non qualifiés, les Bac + 2 à 4, sur lesquels beaucoup de nouvelles écoles et formations se positionnent, et enfin les Master 2 et autres Bac + 5. Il existe une pénurie de candidats sur les trois niveaux de qualification. Pour le dernier, on voit certes des M2 de marketing direct développer de modules spécifiques à l'e-commerce, comme à Lille. Mais globalement, on ne peut pas s'attendre à ce que les grandes écoles de commerce et d'ingénieurs proposent ce type de spécialisation.

 

Ne faudrait-il pas il aussi que les e-commerçants se fassent connaître comme employeurs auprès de ces populations ?

En effet, chacun a une pierre à poser à l'édifice. Tous les employeurs du Web sont conscients qu'ils doivent se faire connaître des écoles. Car ils font face à de très grandes entreprises qui ont des chaires, sont présentes dans les écoles depuis des dizaines d'années, ont un responsable des relations écoles...

Il est surprenant de constater combien les jeunes de la génération Y, s'ils sont complètement à l'aise avec Internet et les réseaux sociaux en tant qu'utilisateurs, sont incapable de citer 4 ou 5 employeurs ou métiers du Web. Il y a un vrai travail de fond à réaliser. Nous en discuterons pendant la troisième table-ronde du colloque.

 

Il n'y a pas que les jeunes diplômés, sur le marché de l'emploi. Les e-commerçants ne cherchent-ils donc pas à recruter aussi des profils plus confirmés ?

Comme elles grossissent, les entreprises du secteur recrutent de plus en plus de cadres confirmés. Contrairement à il y a encore 5 ans, il leur est maintenant possible de débaucher chez d'autres e-commerçants. Mais ils continuent de faire des passerelles à des cadres issus de l'économie non numérique. Regardez par exemple le nouveau DG de Vente-privee.com, Hervé Parizot, qui était auparavant vice-président Europe de Mattel.

Ces passerelles, et plus largement la façon de former aux nouveaux métiers les salariés de l'économie traditionnelle, seront évoquées lors de la deuxième table-ronde du colloque, avec Rachel Marouani (Sephora), Sandrine Meunier (Yves Saint Laurent), Patrick Seghin (Damart) et Patrick Brunier (Syndicat national des entreprises de VAD).

 

  Programme détaillé et inscription gratuite sur le site de la Fevad 

 

 

Pierre Cannet est issu d'une filière économique (Master 1 de gestion à la Sorbonne) et RH (Master 2 RH du Celsa). Après une expérience au sein des équipes Formation initiale et Continue de la CCIP, il rejoint le cabinet Profil cadres Conseil en tant que consultant junior (1990/1992) puis le Cabinet H&C Consultants en tant que consultant senior (1992/1999). Il crée alors Blue-Search Conseil, cabinet RH dédié au monde de l'e-commerce, des nouveaux médias et des nouvelles technologies. Il est également co-fondateur et délégué général du Club des DRH du Net.

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