La croissance de l'Internet français sera l'oeuvre des particuliers

Avec le Web 2.0, Internet offre désormais à chacun la possibilité de décliner son univers personnel dans l’espace numérique. Conséquence, il faut s'attendre à la croissance de l’Internet des personnes face à celui des entreprises ou des institutions.

Le fameux "retard français", si souvent évoqué, n’est pas si criant dans le domaine de l’Internet. Notre pays est notamment leader dans le développement de l’accès à haut débit. Mais qu’en est-il de l’appropriation du média Internet par les français ? Trois paliers successifs me semblent révélateurs de l’évolution à laquelle nous assistons depuis le début du XXIe siècle, charnière depuis laquelle une part de plus en plus large de nos concitoyens s’est mise à se connecter à la Toile, depuis son domicile, son lieu de travail ou les deux.

Première étape, le boum du commerce en ligne

Qui aurait prédit, après l’éclatement de la bulle spéculative de la "Net économie", et après tant d’articles mettant en garde contre les dangers d’utiliser sa carte bancaire sur le Web, que 15,1 millions de français effectueraient un achat en ligne au cours du seul premier trimestre 2006 ? Ou que 57 % des internautes de notre pays ont déjà effectué au moins un achat en ligne (Source Médiamétrie 2006) ? Dans le même ordre d’idée, 5,7 millions de Français auraient entièrement réservé et payé leurs voyages en ligne en 2005 (Source Raffour Interactif 2006).

Si la dynamique commerciale auprès du grand public est incontestable, on ne peut, hélas, en dire autant en ce qui concerne les petites et moyennes entreprises de notre pays. Certes, 97 % d’entre elles utilisent désormais le courrier électronique, dont 82 % quotidiennement. Mais seulement une sur deux dispose de son propre site Web : un taux d’équipement qui ne progresse plus depuis 2002 ! Et dans 40 % des cas, ces sites sont rarement mis à jour (Source BNP Paribas Lease Group 2006).

Deuxième étape : les services publics en ligne

L’administration française fait plutôt partie des bons élèves au plan international, notamment au travers de l’action entreprise par le programme "Adèle". Avec le portail Service-public.fr, les citoyens connectés disposent d’un impressionnant fonds d’informations sur les démarches administratives. Et le succès de la télé-déclaration des revenus se confirme d’année en année… Il en fut de même lors de l’ouverture du service de consultation en ligne des archives télévisées conservées par l’Institut National de l’Audiovisuel : voilà encore une démonstration que les Français sont demandeurs de services accessibles simplement, instantanément et à tout moment.

Troisième étape : le développement de la blogosphère

Le troisième étage de cette fusée est celui d’un Internet dans lequel le contenu est de plus en plus produit par les internautes eux-mêmes ; dans lequel ils agencent ou agrègent l’information selon leurs préférences ; dans lequel les communautés d’intérêts et d’échanges se nouent, les relations personnelles, sociales, amicales, sentimentales se tissent ; dans lequel les échanges électroniques se pratiquent de préférence en temps réel, au travers de messageries instantanées. Cette évolution offre à chacun la possibilité de décliner son univers personnel dans l’espace numérique. Il suffit de voir la floraison des plate-formes de blog sur les sites spécialisés ou généralistes pour comprendre que le pli est pris.

L’ouverture des noms de domaine en ".fr" aux particuliers s’inscrit dans cette personnalisation croissante d’Internet. En assouplissant ses règles d’attribution – depuis le 20 juin 2006, il suffit d’être majeur et de disposer d’une adresse postale en France pour acquérir le nom de domaine de son choix -, l’AFNIC permet à chaque citoyen de laisser libre cours à sa fantaisie (en déposant un nom lié à ses passions, ses créations), à son identité (en enregistrant un nom en rapport avec sa famille, sa région, son statut social).

Non seulement l’Internaute affirme ainsi un rapport plus individuel avec Internet, en véhiculant une appellation choisie au travers de son site Web, de son blog ou de son courrier électronique, mais il exprime aussi l’appartenance à notre communauté nationale, et aux valeurs qui lui sont généralement attachées : liberté d’expression, goût du débat démocratique, créativité. Pour preuve de cet intérêt, plus de 100.000 noms de domaine en ".fr" ont ainsi été enregistrés par des particuliers en moins de cinq mois ; les personnes physiques représentent actuellement près de 50 % des nouveaux enregistrements sous l’extension française.

Ce troisième stade d’appropriation de l’Internet par les individus fait apparaître de nouveaux modèles économiques, de nouvelles relations entre les entreprises, les marques, et les consommateurs. La recherche d’informations et la personnalisation de services constitueront deux facteurs-clés dont il faudra davantage tenir compte à l’avenir. L’initiative du moteur de recherche Quaero témoigne de cette prise de conscience par les pouvoirs publics, même si elle survient alors que les Google, Yahoo et autres MSN se livrent bataille depuis des années…

Il faudra aussi considérer, dans les années à venir, la croissance de l’Internet des personnes face à celui des entreprises ou des institutions. Média planétaire, Internet est un reflet de nos cultures et de nos nations respectives. Dans ce cadre, le développement attendu du ".fr" auprès du grand public illustrera le dynamisme de notre langue sur l’échiquier international. Ayons conscience de l’existence de cet espace de liberté et de créativité et, chacun à notre mesure, contribuons à en faire le meilleur usage possible.

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