Stanislas Leridon (Dostcreen) "En matière de TV connectée, prime est donnée aux premiers entrants"

Le président cofondateur de l'agence spécialisée dans le multi-écrans décrypte les enjeux qui marquent le secteur de la télévision 2.0 et les opportunités pour les éditeurs.

JDN. Pouvez-vous nous présenter la société Dotscreen ?

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Stanislas Leridon, co-fondateur de Dotscreen. © Dotscreen

Stanislas Leridon. La société Dotscreen, que Pascal-Hippolyte Besson et moi-même avons cofondée, compte aujourd'hui deux ans d'existence et une trentaine de salariés. La structure se découpe en deux activités. La première est axée autour de la conception et du développement d'applications sur tous types d'écrans connectés : TV, smartphones, consoles de jeux, tablettes ou même autoradios. La seconde est l'édition de services vidéo interactifs dans le domaine de la vie pratique, à l'image de MétéoNewsTV qui est accessible sur la plupart des smart TV. Le service offre des bulletins vidéo très variés, actualisés plusieurs fois par jour, ainsi que des prévisions géolocalisées, des webcams et d'autres contenus.

La majorité de notre chiffre d'affaires est à ce jour apportée par notre activité d'agence qui nous a permis de nous financer par nous-mêmes, mais nous espérons que les deux activités s'équilibreront dans un futur proche, l'édition permettant de générer des revenus récurrents, grâce à la publicité.

 

On parle beaucoup de TV connectée, où en est-on aujourd'hui en termes d'équipement et d'usages ?

C'est exact, on en parle effectivement beaucoup. Le souci, c'est qu'en revanche, on en voit peu. La faute à la complexité qui accompagne le déploiement de tels dispositifs, en magasin notamment. C'est pourtant une réalité : on estime qu'en France ce sont entre 4 et 5 millions de foyers qui sont équipés d'une télévision connectable, sur un total de 25 millions.

Une précision toutefois : il faut bien comprendre que la TV connectée est, de fait, protéiforme. Elle concerne tout autant la smart TV, les décodeurs, les consoles de jeux telles que la X-Box ou encore les boitiers comme la Google TV. Les moyens de raccorder son écran à Internet sont nombreux et ont en fait atteint un ratio de foyers connectés de 64%, selon des chiffres communiqués par NPA Conseil. Soit une hausse de 60% sur les 6 derniers mois. Le taux d'équipement est donc élevé. Ce sont les usages qui sont à la traîne.

 

Comment l'expliquez-vous ?

Il y a de nombreuses explications à ce faible engouement. Pour commencer, certains foyers ne sont tout simplement pas au courant des fonctionnalités dont disposent leur téléviseur. D'autres, qui n'ont pas été éduqués à ces nouveaux usages, s'y intéressent peu. Au-delà de cette lacune pédagogique, j'ajouterais que les outils dont nous disposons ne sont pas toujours adaptés. Je pense notamment au format actuel de la télécommande qui se prête peu à la navigation sur un écran. Il n'est pas insensé de croire que l'usage d'un gyroscope permettra, notamment, d'y remédier.

Plus l'on se rapprochera d'un look de chaîne de télévision enrichie, en basculant vers le "look and feel" applicatif ou en intégrant les services à des chaînes de flux, plus je pense que les utilisateurs plébisciteront ce type de services.

 

Pourquoi un éditeur de site Web ou d'applications a-t-il, aujourd'hui, intérêt à disposer d'une version sur TV connectée ?

Ne pas s'intéresser à un écosystème sur lequel les Français passent encore près de 3h40 par jour me semble une véritable erreur. Oui, le secteur de la TV connectée est pertinent pour tout éditeur qui veut mettre en place une stratégie multi-écrans. La délinéarisation des contenus et la multiplication des points de contact font que l'individu a envie d'accéder à ses services préférés de manière adaptée au terminal sur lequel il se trouve.

Et le fait que les acteurs soient effectivement rares à ce jour me semble être une opportunité plus qu'un frein. Comprenez que sur ce marché, prime est donné aux premiers entrants. C'est important pour apprendre en douceur et atteindre un degré de performance satisfaisant. C'est essentiel, surtout, parce que les fabricants de téléviseurs adopteront une approche beaucoup plus sélective que celle des Apple ou Google. On ne reboote pas un téléviseur comme un PC. La hantise des fabricants sera sans doute d'assister à une déferlante de retours en magasin pour des plantages de ce type. Le cahier des charges risque d'être beaucoup plus restrictif et les places seront chères.


Quelles sont, selon vous, les applications qui auront le plus de succès une fois que la télévision connectée sera démocratisée ?

Je pense qu'au-delà de la catch-up TV et de la VOD, ce sont les contenus et services à ce jour peu proposés par les chaînes de télévision qui pourraient connaître le plus de succès. Je fais allusion aux thématiques verticales comme l'humour, le jardinage ou le bricolage qui n'ont pas toujours de chaînes dédiées. Mais aussi à des services quotidiens ultra-basiques comme la météo, l'information trafic ou, pourquoi pas, l'horoscope. Je miserais également une petite pièce sur les e-commerçants pour lesquels ce service pourrait réinventer le télé-achat, un format qui a depuis longtemps fait ses preuves.

Au-delà de ça, je pense qu'en fin de compte le marché est ouvert à tout type de services dès lors que ceux-ci peuvent s'appuyer sur un catalogue vidéo. Difficile sans ce dernier de proposer une expérience aboutie.

 

Stanislas Leridon est président cofondateur de la société Dotscreen. Il participera à la conférence sur la TV connectée organisée par le groupe CCM Benchmark le 31 janvier prochain. De 2006 à 2010, il a été le directeur Internet et nouveaux médias de France 24, chaîne d'information internationale. Début 2009, il a également été nommé directeur des activités multimédia de l'Audiovisuel Extérieur de la France regroupant France 24, Radio France International et TV5 Monde. Avant cela, il avait été pendant cinq ans directeur général de la société Visiware, leader de l'édition de services TV interactifs. Il avait auparavant assuré la direction générale de la régie de chaînes TV paneuropéennes (Euronews, BBC World, ARTE) et assumé différentes responsabilités au sein du groupe IP/RTL en France et à l'étranger. Il est est diplômé d'HEC.

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