Amélie Rétorré (Directrice du développement d'Izneo.com) "Le marché de la BD numérique est encore inexistant"

Avec Izneo.com, le secteur de l'édition de BD se fédère pour réussir son passage au numérique. En anticipant les usages, les éditeurs comptent éviter de subir le même sort que l'industrie musicale.

JDN. Présentez-nous Izneo

Amélie Rétorré. Izneo est un portail proposant la location de bandes dessinées au format numérique. Les amateurs peuvent accéder à un catalogue de 600 BD numérisées en PDF et les louer à partir de 1,99 euros pour 10 jours. Nous travaillons par ailleurs sur une offre d'abonnement aux alentours de 10 euros par mois qui donnerait accès à une partie de nos catalogues. Les 12 éditeurs à l'origine du projet représentent 50 % du marché de la BD en 2009. Tous mettent leur catalogue à disposition. De nouveaux titres seront mis à disposition tous les mois.

 

Qui est derrière le projet ?

Izneo est un projet de plusieurs centaines de milliers d'euros porté par trois groupes d'édition qui sont aussi actionnaires du projet. Il s'agit de Média Participations, qui regroupe Dargaud, Lombard et Dupuis notamment, de Flammarion, qui détient Casterman et Fluide Glacial, ainsi que de Bamboo. Média Participations, qui est à l'origine du projet, est majoritaire. Mais le capital d'Izneo a vocation de s'ouvrir à de nouveaux éditeurs qui voudraient nous rejoindre. D'ailleurs nous sommes en discussion avec plusieurs d'entre eux.

 

Pourquoi louez-vous des BD numérisées et ne les vendez-vous pas ?

Les auteurs, comme les éditeurs, n'étaient pas favorables à proposer des fichiers en téléchargement. De leur côté, les auteurs étaient sceptiques sur les DRM. Soit elles sont fortes et dans ce cas elles sont trop contraignantes pour l'acheteur, soit elles sont faibles et peuvent donc être cassées facilement. En outre, les éditeurs tiennent à l'idée que conserver une BD passe par l'achat de l'objet papier. Ce qui est normal puisque c'est leur métier premier.

 

Comment est né ce projet ?

Izneo était en préparation depuis plus de deux ans. A l'époque, les éditeurs de bandes dessinées commençaient à être sollicités par des sociétés qui leur proposaient de numériser leurs contenus pour les vendre sur le Web. A cette époque, tous les éditeurs ont commencé à réfléchir aux débouchés sur Internet. En particulier Media Participations qui a coordonnée cette réflexion au sein de ses filiales. C'est ensuite que Flammarion et Bamboo ont rejoint le projet.

 

Le marché de la bande dessinée en ligne existe-t-il ? Qu'en espérez-vous ?

Non, il est encore inexistant et nous n'avons pas d'objectifs très précis. L'important pour nous est de valoriser nos contenus en tenant compte de l'expérience des industries de la musique et du cinéma. Il est important de montrer que les bandes dessinées sur Internet ne sont pas gratuites.

 

Le secteur de la bande dessinée est-il aussi touché par le piratage ?

Pas vraiment, même si une bonne partie de nos catalogues est déjà présente sur les réseaux pirates. Mais on ne peut pas vraiment dire que nous sommes très touchés. Par contre, nous devions réagir avant de l'être. C'est pourquoi nous proposons une plate-forme de référence, au catalogue le plus complet possible, en fédérant un maximum d'éditeurs et en proposant des prix attractifs.

 

Le peu d'intérêt des internautes pour les BD numérisées, même piratées et gratuites, ne démontre-t-il pas leur peu d'intérêt pour ce format ?

Il y aura un marché quand les lecteurs seront prêts à payer et quand les créateurs exploiteront toutes les possibilités que leur offre le numérique, tant au niveau de la scénarisation que du graphisme. Ce qui n'est effectivement pas le cas lorsque vous proposez des bandes dessinées au format PDF.

 

Izneo n'a pas d'application iPhone, est-ce en préparation ?

Oui, une version iPhone d'Izneo sera disponible très bientôt. Nous sommes également très intéressés par l'iPad qui est le seul e-book à gérer les couleurs, ce qui est indispensable dans notre domaine.

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