Julien Codorniou (Facebook) "Un jour chaque société aura son responsable Facebook"

Arrivé chez Facebook il y a quelques semaines en provenance de Microsoft, Julien Cordorniou est en charge des partenariats. Il précise son rôle et explique ses objectifs.

JDN. Vous avez rejoint Facebook il y a quelques semaines en provenance de Microsoft. S'agit-il d'un choc culturel ?

Julien Codorniou. Non, les cultures d'entreprises ne sont finalement pas si éloignées. Facebook et Microsoft sont deux sociétés qui ont l'ambition de développer des plateformes.

 

Pourquoi avoir quitté Microsoft ?

Cela faisait six ans que j'étais chez Microsoft, d'abord en France puis aux Etats-Unis, avant de revenir en France pour m'occuper des partenariats dans la division Plateforme et écosystème. J'étais très heureux chez Microsoft, mais il faut parfois sortir de sa "zone de confort" pour apprendre de nouvelles choses. J'ai simplement saisi l'opportunité de rejoindre une société en forte croissance, à la pointe de l'innovation. Pour l'anecdote, c'est un ancien de Microsoft qui m'a fait venir chez Facebook.

 

Quel est votre rôle au sein du réseau social ?

Je ne viens pas pour diriger la filiale française. Je suis directeur des partenariats pour la France et le Benelux, un poste créé pour lancer l'activité plateforme / partenariats. Je travaillerai au côté de Damien Vincent, qui lui s'occupe de l'équipe "annonceurs" depuis l'ouverture de la filiale française en 2008. Officiellement, c'est lui le gérant.

 

En quoi consiste ce poste de directeur des partenariats ?

Il s'agit d'aider d'un côté les grandes entreprises à embrasser le phénomène social, et de l'autre d'aider les petites start-up déjà "sociales" à grossir. Car tout service à vocation à devenir social. Prenez l'exemple de Spotify. Connecté à Facebook, l'utilisateur de ce service de musique a une expérience vraiment enrichie. C'est ce genre d'expérience nouvelle que je veux créer en France et je suis en période de repérage pour trouver les bons partenaires pour cela.

 

Dans quels domaines cherchez-vous ?

Je cherche dans l'e-commerce, les jeux, le mobile et les médias. Il y a un intérêt très fort en France pour Facebook chez les start-up. C'est le deuxième pays européen en nombre de développeurs Facebook. Il existe d'ailleurs ici un écosystème très fort dans le jeu, avec cinq ou six start-up qui font 1 à 2 millions d'euros de chiffre d'affaires dès leur première année.

 

"Les grands comptes sont obnubilés par les pages "Fan"

Que faites-vous pour accompagner ces jeunes pousses ?

Nous organisons régulièrement des conférences, appelées Facebook Garage, pour expliquer aux développeurs ce qu'ils peuvent faire. La dernière a eu lieu le 29 mars et la prochaine se déroulera le 26 avril, dans les locaux de Microsoft.

 

Les plus grandes sociétés sont généralement déjà présentes sur Facebook. Votre travail vis-à-vis d'elles ne doit pas être trop difficile...

Les grands comptes sont obnubilés par les pages "Fan". Mais ces pages ne représentent que 5 % du potentiel de Facebook. Pour nous, l'indice de performance numéro 1 n'est pas le nombre de fans mais le trafic renvoyé à nos partenaires. Nous n'avons pas l'ambition de devenir un site de destination. Je dois donc rencontrer ces sociétés et leur expliquer cela, en leur montrant qu'elles peuvent aller beaucoup plus loin. Je passe 80 % de mon temps avec ces grands comptes.

 

Le commerce en ligne est un des domaines que vous ciblez pour développer les partenariats. Quels sont vos objectifs ?

Dans le e-commerce comme dans les autres secteurs, il n'y a pas d'objectifs chiffrés. Mais nous avons une ambition, attirer les plus gros acteurs, de la VPC (vente par correspondance) aux vendeurs physiques. Tout le monde veut faire du Facebook. La question est de savoir comment le faire bien. Nous avons cependant une contrainte, celle des ressources en interne chez ces gros acteurs. Car beaucoup externalisent leur activité e-commerce. Dans un premier temps, nous ciblons donc les pure players, qui ont les moyens pour faire des développements spécifiques pour Facebook.

 

Que peut apporter Facebook à ces pure players e-commerce ?

En intégrant Facebook et le "graph social" de ses membres, le marchand accède non seulement au profil "démographique" classique des utilisateurs, mais aussi à ses goûts via tous les objets tagués avec les boutons "j'aime". Certains marchands ont suivi l'exemple d'Amazon pour recommander des articles et faire de la vente croisée. Mais un consommateur n'achète pas tout ce qu'il aime ; ce n'est là que la partie émergée de l'iceberg. Avec Facebook, le marchand connait beaucoup mieux les goûts de ses clients et attire un trafic de qualité car recommandé. Cela lui permet d'augmenter son taux de transformation. D'ailleurs, Amazon lui-même a intégré Facebook.

 

Aux Etats-Unis, la croissance de Facebook a fortement ralenti. Percevez-vous également un ralentissement en France ?

Non, même si je ne me concentre pas sur la croissance des utilisateurs mais sur celle des partenaires. Un jour, de même que chaque entreprise a aujourd'hui son responsable du SEO et du SEM, elles auront toutes un responsable Facebook, comme c'est le cas aux Etats-Unis. Pour l'instant en France, c'est la préhistoire dans ce domaine. C'est pour cela que je passe beaucoup de temps à rencontrer et "éduquer" les entreprises et les développeurs.

 

Julien Codorniou a intégré Microsoft France en 2005 pour lancer le programme "Idées" de soutien aux start-up, avant de prendre en charge en 2008 le développement de cette initiative à l'international, rebaptisée "BizSpark". Diplômé de l'ESC Lille et de l'université de San Diego, Julien Codorniou a débuté sa carrière dans le capital-risque au sein du fonds ETF Group. Il a ensuite rejoint Ernst & Young comme auditeur spécialisé dans l'édition de logiciels.

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