Olivier Mathiot (Co-président France Digitale) "Voici ce qu'attend France Digitale du projet de loi numérique"

La concertation sur le projet de loi sur le numérique est en cours. A travers une série d'articles, le JDN expose les attentes et recommandations des acteurs de l'écosystème. Aujourd'hui, Olivier Mathiot, co-président de France Digitale.

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Olivier Mathiot, président de France Digitale. © Cécile Debise/JDN

JDN. Qu'attendez-vous du projet de loi numérique ?

Olivier Mathiot. L'association France Digitale est très impliquée dans l'élaboration du projet, notamment grâce à Marie Ekeland, qui anime la partie " Croissance, innovation, disruption " de la concertation aux côtés de Stéphane Distinguin, président de Cap Digital. Aujourd'hui, l'un des enjeux les plus importants est de considérer que le numérique n'est pas un secteur, mais une transformation globale de la société, qui concerne tous les secteurs et irrigue toute l'économie. Une prise en compte réelle est en train d'émerger : nous étions par exemple très contents que ce soit le Premier ministre en personne, Manuel Valls, qui donne le coup d'envoi de la concertation. Il faut que la France rattrape son retard par rapport aux pays anglo-saxons et qu'elle change profondément l'organisation des institutions privées et publiques. Les citoyens français sont davantage "numérisés" que les administrations : les usages ont évolué plus vite que les organisations. Dans un pays comme la France, où le poids de l'Etat est important, il faut que les initiatives partent du haut pour que cela fonctionne bien.

 

Quels sujets vous tiennent le plus à cœur ?

"Orienter la société vers les métiers du numérique"

Il faut être objectif sur le fait que le numérique détruit des emplois et réfléchir en contrepartie sur les emplois que cela peut créer, sur la manière dont les modèles traditionnels vont tous être révolutionnés. Il faut avoir le courage de le faire avant que des pans ne finissent par s'effondrer par manque d'anticipation. Nous devons notamment adresser le problème entre l'offre et la demande pour les nouveaux métiers du numérique, et amener l'ensemble de la société à s'orienter vers ces métiers. Pôle Emploi, les administrations et les grands groupes du CAC 40 ne sont pour l'instant pas organisés en ce sens. Les modes d'organisation de ces acteurs, trop pyramidaux, doivent aussi changer et prendre exemple sur les organisations digitales, plus agiles, aplaties, qui peuvent prendre des risques plus facilement et innover à moindre coûts. Le "test and try" doit être mis à l'honneur grâce aux outils numériques.

 

Quelles mesures concrètes recommanderiez-vous ?

"Plus de flexibilité dans le droit du travail"

L'attractivité de la France pour les investisseurs étrangers est par exemple un point primordial. Pour développer le numérique, il faut non seulement que l'Etat se mobilise, mais il faut aussi attirer des capitaux étrangers. Pourquoi les investisseurs ont-ils une mauvaise image de l'Hexagone ? Pour des raisons fiscales, de droit du travail ? Il faut réfléchir à introduire plus de flexibilité dans le droit du travail, accélérer la formation aux métiers du numérique, adapter les grandes écoles... L'apprentissage du code à l'école, évoqué par Axelle Lemaire, est aussi très important : l'univers du numérique doit être pensé comme une nouvelle grammaire ! Pour réformer tous les secteurs, depuis la santé jusqu'à la justice, il faut que ceux qui y travaillent soient en confiance et comprennent le numérique et l'acculturation commence à l'école. La culture et la compréhension des enjeux du numérique doivent aussi être intégrés par les hommes politiques : il faut qu'ils soient pointus sur des sujets comme le rapport à l'international ou les données personnelles -nous nous battons d'ailleurs pour que le rapport à la data soit décomplexé, car l'accès aux données permet de trouver de nouvelles solutions et d'améliorer la productivité. On pense par exemple mettre en place une structure qui systématisera la formation au numérique des députés, une sorte d'Académie destinée aux décideurs.

"Favoriser le corporate venture"

Enfin, nous devons modifier le rapport au risque en France : il faut que les grands groupes investissent dans les start-up et que le rapport à l'innovation soit décomplexé. Les relations corporate venture doivent être facilitées. Il faut aussi développer les idées autour du crowdfunding et orienter l'épargne vers le numérique. Enfin, on se bat beaucoup pour l'actionnariat des salariés, pour que la distribution d'actions gratuites soit simplifiée et moins chère. Un accès facilité au capital permet de partager les risques mais aussi le gain, et d'attirer plus de monde vers ces secteurs.

 

Fondée en 2012, France Digitale se "donne pour mission de transformer la France en territoire propice au développement des startups, en métropole ou à l'international". Elle déploie son action autour de deux axes : d'abord, la montée en puissance de l'écosystème (construction de la communauté, sentiment d'appartenance, networking, transfert de connaissances, échanges de bonnes pratiques) et ensuite, le lobbying auprès des institutions publiques françaises, des grands acteurs économiques, des médias et de la Commission Européenne. Olivier Mathiot, co-fondateur et Président de PriceMinister et business angel, en est le co-président aux côtés de Marie Ekeland.

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