Philippe Besnard (Specific Media) "Nous voulons donner une seconde vie à Myspace"

A la surprise générale, News Corp a finalement revendu Myspace à un spécialiste de la publicité : Specific Media. Son directeur général pour l'Europe continentale s'explique sur le sens de ce rachat.

JDN. Specific Media vient de s'offrir Myspace pour 35 millions de dollars. En quoi MySpace peut vous être utile ?

La vraie question est en quoi Specific Media peut être utile à Myspace ? Myspace reste une marque iconique d'Internet même si elle a connu une fortune diverse au fil du temps. Nous voulons retrouver les valeurs de départ de Myspace avec de l'investissement, de la technologie et le talent des gens qui se joignent à ce projet. Les gens se passionnent toujours pour le talent, pour la création musicale. Ils veulent échanger là-dessus. Plus on leur donnera les outils adéquats, plus on créera une mécanique vertueuse d'audience, d'adhérence et de succès autour de ce site. Dans les 60 jours, nous présenterons au marché une nouvelle stratégie artistique et économique pour ce site. Quant au montant avancé, il s'agit d'un chiffre qui circule dans la presse, mais que je ne peux pas confirmer.

 

Sur quoi s'axera cette stratégie ?

Nous voulons donner une seconde vie à Myspace et pensons réunir les conditions nécessaires en termes de management, d'expertise et de technologie pour cela. Un certain nombre de synergies pourront être développées entre Specific Media et Myspace, notamment en capitalisant sur notre expertise du ciblage comportemental. Notre métier est de travailler des audiences et de donner à voir aux internautes ce qui les satisfait. Nous le faisons déjà dans une acception publicitaire et sommes également capables de le faire dans une dimension de contenus. Nous pourrons par exemple mettre en place sur Myspace des dispositifs de personnalisation de contenus. Ce qui nous intéresse, c'est le potentiel d'optimisation de l'expérience utilisateur de Myspace.

 

Ce rachat donne surtout l'impression que Specific Media s'offre un inventaire publicitaire en solde...

Ce n'est pas un inventaire que nous rachetons, mais un site de destination. L'inventaire publicitaire, c'est notre expertise. Nous travaillons déjà avec de grands éditeurs et n'avons pas besoin de racheter un site juste pour acquérir de l'inventaire. En revanche, avoir au sein du groupe un site de destination qui a un potentiel de redéploiement comme Myspace est un actif très important.

 

Specific Media n'est pourtant pas un éditeur de sites ?

Historiquement, Specific Media est en effet un acteur publicitaire. Ce rachat s'inscrit dans une évolution de Specific Media vers une plate-forme digitale nouvelle génération. Notre centre de gravité est aujourd'hui très publicitaire, mais se rééquilibre sur d'autres aspects car notre métier est étroitement lié à la production et la distribution de contenus, particulièrement la vidéo. L'édition de contenus est donc un élément de notre stratégie. C'est ce que nous faisons déjà grâce à BBE, une société de production vidéo que nous avons rachetée en novembre 2010. Aux Etat-Unis, nous produisons ainsi un show baptisé "Mom Life", qui rassemble entre 3 et 4 millions de spectateurs à chaque épisode. En fonction des opportunités et de la vision que nous avons de l'expérience Internet que souhaitent avoir les utilisateurs, nous entreprendrons certains mouvements, certaines acquisitions.

 

Entre janvier 2010 et mai 2011, L'audience de Myspace a chuté de moitié aux Etats-Unis. Peut-elle encore descendre plus bas ?

Non ! L'important c'est la réputation, l'image et les valeurs qui restent associées à Myspace. Je pense que les internautes qui ont déserté Myspace à un moment restent attachés à cette marque. Cela étant dit, Myspace est loin d'être devenu un "petit site". Il rassemble tout de même 70 millions de visiteurs uniques dans le monde, dont environ 4 millions en France et 6 millions en Allemagne...

 

Google a longtemps été la régie exclusive de Myspace. Pensez-vous pouvoir mieux monétiser cette plate-forme que Google ?

Le passé est le passé et nous n'avons aucun complexe sur ce point. Qu'ils aient réussi ou échoué ne nous effraie pas. Il faut reconnaitre que les technologies, les audiences ont évolué depuis.

 

Justin Timberlake va investir dans Myspace. A part avoir interprété Sean Parker dans un film sur Facebook, que connaît-il à l'e-business ?

Il va en effet prendre une part minoritaire au capital, il me paraît donc évident qu'il a dû réfléchir à la question ! Plus sérieusement, Justin Timberlake a une crédibilité dans la sphère artistique et musicale. C'est à lui que revient le privilège de définir la nouvelle promesse artistique de Myspace. Il a quelque chose de magnétique qui devrait contribuer à créer une spirale vertueuse dans laquelle le talent appelle le talent. Ce rachat est une opportunité de rebond pour Myspace.

 

Diplômé de HEC, Philippe Besnard est entré chez AOL France pour développer les activités publicitaires de l'entreprise. Il est nommé Vice-président Europe en 2002. Il est l'un des cinq co-fondateurs du Syndicat des Régies Internet (SRI) créé en 2003. Après deux années au sein du fonds d'investissement Laureate International, comme Directeur Général, il rejoint Advertising.com comme Directeur Général Europe du Sud. En 2008, il est responsable du développement de Plateforme-A, devenu AOL Advertising. Début 2010, il rejoint Specific Media pour superviser les opérations en France et en Allemagne, et mener sa stratégie de croissance en Europe continentale.

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