Jean-Pierre Nadir (PDG d'Easyvoyage) "Google Flight Search n'est pas terrible"

Le PDG d'Easyvoyage réagit à l'arrivée de Google sur le terrain de la comparaison de prix sur l'aérien. Selon lui, seuls les meilleurs pourront survivre.

JDN. Le lancement de Google Flight Search, le service de comparaison de prix de Google sur les vols vous inquiète-t-il ?

Jean-Pierre Nadir. Cela fait plus de quatre ans que ma stratégie est d'être moins dépendant de Google. 25 % de mon trafic provient de Google. C'est certes encore beaucoup, mais certains de nos concurrents tirent 80 à 90 % de leur trafic du moteur. Aujourd'hui, Easyvoyage est capable de vivre sans Google. Mais le fait que le principal acteur de l'intermédiation dans le monde arrive sur nos plates-bandes montre bien la pertinence de notre modèle. Google est mon pire ami, car il est à la fois un allié et un compétiteur.

 

Que pensez-vous du service ?

Il n'est pas terrible. Si son projet réussit, il va falloir deux ans à Google pour que son service soit au niveau des meilleurs du marché. Google Flight Search n'attaque pas les bases des marchands mais seulement celle d'ITA Software. Il n'a donc pas accès aux réductions ou offres spéciales des marchands. En outre, si le service d'ITA couvre les Etats-Unis, ce n'est pas vrai en Europe et en Asie où il faudra qu'il trouve des partenaires et devra faire avec les lenteurs de leurs technologies. Je ne vois pas de révolution "disruptive" dans ce service. Bien sûr, ils ont l'audience, mais je pense que les internautes continueront d'aller voir quatre ou cinq sites pour trouver le meilleur prix.

 

Quelles conséquences voyez-vous sur Easyvoyage et le marché ?

Moi je m'adapte. Dans les 25 % de mon trafic provenant de Google, une partie vient du CPC qui ne devrait pas être trop touché. Les principales conséquences seront sur le trafic provenant des résultats naturels qui, lui, devrait baisser. Il va donc falloir aller chercher du trafic ailleurs, notamment sur les réseaux sociaux et le mobile. L'arrivée de Google va redistribuer les cartes en matière de trafic, notamment chez les sites dépendants de Google : l'écosystème va changer. Tout le monde va devoir se réorganiser. Le monde qui se prépare sera élitiste. Seuls les meilleurs services vont survivre, et Google Flight Search va accélérer cette sélection naturelle.

 

Comment analysez-vous la main tendue de Go Voyages à Google pour devenir partenaire de Google Flight Search en Europe ?

Ce n'est pas très étonnant, ils sont déjà clients de Google par le biais des liens sponsorisés, ce service serait pour eu une autre forme d'apport de trafic. Mais lorsque cela sera techniquement possible, Google cherchera à se passer d'eux en se connectant directement aux bases des compagnies aériennes, toujours dans l'idée de passer les intermédiaires. Le risque pour Go Voyages est que Google devienne leur guichet unique. Car au bout du compte, ils risquent de ne plus avoir que trois positions en CPC intéressants en haut des pages de résultat pour distribuer leurs offres. Et ça, personne n'y a intérêt, à part Google. Sans parler des répercussions sur le secteur si Google décidait de devenir tour operator et de proposer ses propres packages.

 

Comment comptez-vous vous positionner par rapport à Google Flight Search ?

Aujourd'hui, les comparateurs se proposent de répondre à des questions générales, mais l'avenir est aux réponses personnalisées. Prenons l'exemple d'un vol Paris/New York. Un service tel que le nôtre devra par exemple fournir les prix des vols sur les deux dernières années pour donner au client une idée de la saisonnalité des prix. Mais aussi donner des prévisions de tarifs sur les six mois à venir, ce que nous faisons déjà. Bientôt, un client va s'abonner à ce genre de service en indiquant à quelle période il veut partir et à quel prix il est prêt à partir. Quand toutes les conditions seront réunies, il recevra une alerte qui lui permettra de finaliser son voyage. Ce genre de service sera en outre très fidélisant. Je n'aurais pas besoin d'acheter des liens sponsorisés par attirer ce client.

 

Vous attendez-vous à l'arrivée d'autres acteurs ?

Bien sûr, celle de Google sur ce marché est déjà tardive. Apple va aussi venir attaquer le marché du voyage avec de gros avantages : il connaît parfaitement ses clients et détient leur numéro de carte bleue... Il y a aussi Amazon à qui il ne reste plus que le secteur du voyage à couvrir. Face à eux, la voie sera étroite, mais elle existe.

 

 

Jean-Pierre Nadir (45 ans) est le fondateur du Groupe "Des Editions de Demain" qui s'est hissé parmi les 15 premiers groupes de presse français. De 1990 à 1999, il a lancé successivement différents titres de presse dont Cuisiner (240 000 exemplaires diffusés OJD, 1 300 000 d'audience Etude IPSOS en 1998) et Voyager Magazine leader de la presse de voyage pratique et consumériste (100 000 exemplaires diffusés OJD, 800 000 d'audience Etude IPSOS en 1998). Il a lancé Easyvoyage en 2000.

Google