Milliards et partenariats, la recette de Ford pour imposer sa voiture autonome

Milliards et partenariats, la recette de Ford pour imposer sa voiture autonome Le constructeur américain s'est mis en branle pour créer le véhicule de demain. A la clef, des investissements pharaoniques, un armée de chercheurs et des acquisitions tous azimuts.

Il sera bientôt possible de conduire et d'engloutir des séries à la chaîne en même temps. Le constructeur américain Ford a prévu dans son plan stratégique Ford Smart Mobility, annoncé en 2015, de commercialiser à grande échelle dès 2021 des véhicules autonomes de niveau quatre (dont le système est capable de remplacer totalement le chauffeur dans de nombreuses situations). Ces véhicules seront d'abord destinés à des usages type VTC ou covoiturage.

Deux ans après cette annonce, le géant de l'auto a constitué une véritable armée de cerveaux pour atteindre ses objectifs : 1 100 chercheurs se creusent les méninges pour développer la voiture Ford de demain. 200 d'entre eux sont notamment regroupés dans le centre de R&D du groupe créé à Palo Alto en 2015, une équipe qui devrait doubler d'ici la fin 2017. Le groupe réalise aujourd'hui des tests sur les routes de l'Arizona, de la Californie et du Michigan avec une trentaine de berlines Fusion Hybrid intelligentes, un nombre qui devrait tripler dans les neuf prochains mois.

Le centre de R&D de Ford à Palo Alto regroupera 400 chercheurs d'ici fin 2017. © Ford

La société a également mis la main au portefeuille pour développer un partenariat stratégique avec la start-up spécialiste de l'intelligence artificielle Argo.AI, fondée par d'anciens responsables de chez Google et Uber. Ford a annoncé en février 2017 un investissement massif d'un milliard de dollars sur cinq ans dans la jeune pousse, qui lui permettra notamment d'embaucher près de 200 personnes d'ici la fin de l'année (la société compte aujourd'hui moins de 10 salariés). En échange, les chercheurs de la pépite américaine développeront exclusivement pour Ford un conducteur virtuel 100% autonome, capable de prendre ses décisions sans aucune assistance humaine. Ils pourront dans un deuxième temps commercialiser cette solution à des entreprises tierces sous forme de licence, "si Ford donne son accord", glisse Ken Washington, vice-président de la division recherche et ingénierie de Ford.

Car si le géant de l'auto s'ingénue à souligner que la jeune pousse reste indépendante, il en est tout de même devenu l'actionnaire (très largement) majoritaire. "Ford dispose de deux sièges au conseil d'administration d'Argo.AI", indique Ken Washington. Signe de l'importance stratégique de cet investissement : ces deux fauteuils sont occupés par le CTO du constructeur Raj Nair et par son vice-président John Casesa, responsable de la stratégie.

La jeune pousse va aider Ford à écarter plusieurs obstacles qui se dressent sur sa route vers le véhicule autonome. "Nous devons notamment faire en sorte que notre conducteur virtuel comprenne les intentions des êtres vivants qui entourent son véhicule : le piéton va-t-il se mettre à courir vers la droite, vers la gauche, ou bien s'arrêter ? Pour réaliser ce type de déductions, l'Homme combine un très grand nombre d'informations visuelles. Nous n'aurons pas trop de quatre ans pour parvenir à traiter avec une intelligence artificielle l'ensemble de ces données", souligne Ken Washington.

Ford investira un milliard de dollars sur cinq ans dans la jeune pousse spécialiste de l'IA Argo.AI, fondée par d'anciens responsables de chez Google et Uber

Pour mettre toutes les chances de son côté, la firme n'a pas mis tous ses œufs dans le même panier. En août 2016, elle annonçait le rachat du spécialiste israélien du machine learning appliqué au domaine de la vision par ordinateur Saips. Elle a également signé un accord exclusif de licence l'année dernière avec Nirenberg Neuroscience LLC, une entreprise experte de la reconnaissance visuelle travaillant avec des réseaux de neurones artificiels.

Le traitement des données visuelles n'est pas le seul sujet sur lequel le groupe doit faire des progrès : "nous devons aussi être capables de traiter des informations sonores. Par exemple pour détecter la présence d'une voiture de police grâce à sa sirène et donc avant que les caméras du véhicule ne l'aient décelée", explique Ken Washington. Ford doit également créer des cartes en 3D plus exactes pour aider ses futures voitures autonomes à mieux se déplacer dans l'espace et développer des capteurs lidar plus précis, moins chers et de moins grande taille (ces appareils de télédétection fonctionnent avec des lasers, ils permettent d'apprécier les distances entre le véhicule intelligent et son environnement). Pour résoudre ces deux problématiques, le constructeur a investi en 2016 dans le spécialiste de la cartographie Civil Maps et dans le fabricant de lidar Velodyne.

"Ford pourrait tisser prochainement un partenariat avec une société chinoise qui a développé un service ressemblant à Alexa, l’assistant IA d'Amazon auquel nos véhicules sont déjà reliés"

Mais l'américain ne travaille pas seulement sur les relations que ses véhicules entretiennent avec leur environnement extérieur. En libérant leur conducteur de la conduite qui accaparait jusque-là toute son attention, ses voitures autonomes lui permettront d'avoir d'autres activités, comme lire, regarder des vidéos, faire des courses... Pour préparer ses automobiles à devenir des fournisseurs de services, capable de communiquer avec leurs passagers, Ford commence à tisser des partenariats. La société a intégré l'assistant vocal d'Amazon Alexa à Ford Sync 3, la dernière version de son système connecté multimédia. Il permet aux clients du groupe de faire leur shopping lorsqu'ils sont au volant grâce au simple pouvoir de leur voix. Ils peuvent également commander les appareils de leur smart home (lorsqu'ils sont reliés à Alexa) depuis leur véhicule.

"Nous travaillons avec Amazon car le géant du e-commerce croit comme nous beaucoup dans la commande vocale. Les services que proposeront d'ici trois ans les véhicules de Ford seront trop nombreux pour être pilotés depuis un écran. Les passagers de nos futurs véhicules autonomes pourront diriger l'interface numérique de leur voiture en lui parlant naturellement, comme ils pourraient le faire avec un chauffeur de taxi", explique Don Butler, directeur exécutif de la division véhicules connectés et services de Ford Motor Company. "Nous pourrions prochainement tisser un partenariat avec une société chinoise qui a développé ce type d'offre", confie-t-il. 100% des autos commercialisées par Ford aujourd'hui en Europe sont déjà dotés d'une fonction de commande vocale.

Pour intégrer ses futurs véhicules autonomes à un écosystème plus large d'objets connectés appartenant au domaine de la maison, mais aussi du travail ou de l'école, Ford a créé en 2013 une branche dédiée, dirigée par Don Butler. "Nous ne disposions pas des compétences nécessaires en interne. Nous avons donc recruté les 200 salariés de cette équipe en 4 ans. Je suis de loin le plus vieux de mes collaborateurs qui ont en moyenne 35 ans", sourit le directeur.

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