Terra Power, la start-up de Bill Gates qui veut révolutionner le nucléaire

Terra Power Grâce à un nouveau type de réacteur, l'entreprise du milliardaire américain entend procurer une énergie abondante et bon marché.

Avec sa fondation Bill & Melinda Gates, l'ex-patron de Microsoft finance des centaines de projets de développement dans la santé, l'éducation ou l'agriculture. Avec Terra Power, le milliardaire entend faire de même avec l'énergie. Pour son projet, il fait appel en 2006 à Nathan Myhrvold , un ancien ingénieur de Microsoft et cofondateur d'Intellectuel Ventures, une société de recherche technologique qui détient plus de 70 000 brevets. Les deux associés créent Terra Power deux ans plus tard et obtiennent le soutien de nombreux investisseurs particuliers et institutionnels. "Notre projet est de créer une source d'énergie compétitive, largement disponible et non émettrice de gaz à effet de serre", explique Kevan Weaver, le directeur technique de Terra Power.

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Le futur réacteur de Terra Power consommera durant sa vie 13 fois moins d'uranium qu'un réacteur classique. © Terra Power

Sur le papier, le concept de Terra Power présente effectivement de nombreux avantages. Il utilise de l'uranium 238 comme combustible, un sous-produit de l'uranium 235 utilisé dans les centrales actuelles. Cet uranium appauvri est considéré comme un "déchet" et entreposé dans d'immenses réservoirs ; il y en aurait 1,5 million de tonnes de stock dans le monde, selon l'association mondiale du nucléaire.

Dans le réacteur, l'uranium 238 est transformé en plutonium, qui prend alors le relais de l'uranium. Du coup, plus besoin de recharger le réacteur avec du nouveau combustible : celui-ci peut fonctionner 60 ans en continu. Les opérations de maintenance sont ainsi drastiquement réduites ce qui diminue le coût d'exploitation et limite les risques.

Au final, le réacteur de Terra Power consommera durant sa vie 13 fois moins d'uranium qu'un réacteur classique, ce qui permettrait d'économiser 2 milliards de dollars, d'après l'entreprise. Bill Gates fait enfin valoir que cette technologie limiterait la prolifération d'armes nucléaires, puisqu'il limite le stockage d'uranium 238.

Deux réacteurs en construction

Connu sous le nom de "réacteur à onde progressive" (TWR pour Travelling Wave Reactor) ou "réacteur bougie", le concept n'est pas nouveau. Il date même des années 1950 mais aucun réacteur n'a encore été construit, car certains obstacles subsistent. Une des plus grosses difficultés est la résistance de la cuve. "Trouver des matériaux qui résistent 60 ans ou plus tient de la gageure", explique Christophe Béhar, directeur du pôle énergie nucléaire au CEA, qui ne croît pas vraiment à la viabilité de Terra Power. Autre écueil : la zone de fission qui se déplace dans le cœur et qui rend difficile la démonstration de sûreté. Enfin, le fluide caloporteur n'est pas de l'eau comme dans un réacteur à eau pressurisé mais du sodium liquide, hautement inflammable. Plus efficace sur le plan énergétique mais un risque important en cas de fuite, selon certains autres détracteurs.

Néanmoins, Terra Power emploie déjà 70 personnes dans un immeuble de Washington et a conclu plus de 80 partenariats avec des entreprises, universités ou cabinets de consulting. Deux réacteurs sont actuellement en construction : un prototype de 600 mégawatts (MW) et un réacteur commercial de 1 150 MW, ce qui représente environ un tiers de la puissance d'un réacteur de centrale comme celle de Flamanville en France. Ces réacteurs de moindre puissance seraient parfaitement pertinents dans les pays où les réseaux électriques sont peu développés, ou pour des complexes industriels isolés.

"De nombreux pays sont intéressés par cette technologie", assure Kevan Weaver. C'est d'ailleurs en Chine que l'entreprise prévoit d'installer son prototype, estimé à 5 milliards de dollars. Mise en service prévue pour 2020.

 

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