L’échec de l’ultra-libéralisme: quelles réformes de la finance internationale ?

Le libéralisme a échoué, les crises financières de 2008 et 2011 ont montré les effets pervers, voire dangereux de la dérégulation des marchés financiers sur l’économie réelle. A l'heure où le peuple français a choisit François Hollande comme président, quelles seront ses priorités ?

Dès le déclenchement de la crise en juillet 2011, j’ai été parmi les rares à dénoncer la cupidité des marchés et les turpitudes de certains opérateurs, j’ai parlé dans les médias internationaux  de la dictature des marchés et les dangers d’une finance internationale dérégulée.
Ce qu’il faut penser des turbulences que connaissent les bourses internationales en 2012 ?
Nous avions pu observer par le passé la déconnexion entre l’économie réelle et la finance internationale, mais en ce 1er semestre 2012, cela devient flagrant.
La plupart des pays européens sont en récession ou en croissance atone, le chômage augmente régulièrement mais les bourses flambent pour rechuter ensuite pour plusieurs raisons :

-un effet rattrapage car de nombreuses valeurs ont été massacrées sans pour autant démériter au niveau de leurs fondamentaux,

-l’injection de près de 1000 Mds par la BCE dans les circuits bancaires sous forme de refinancement à un taux de 1% sur 3 ans créé des arbitrages en faveur des actions, des produits dérivés mais aussi sur les matières premières.

-les fortes hausses des indices boursiers suivies de baisses en l’espace de 24h reflètent les comportements spéculatifs de certains opérateurs dont les Hedges Funds mais aussi la sur-réaction des autres opérateurs. Ces derniers sont pour la plupart ( que ce soit à New York, Chicago, Londres ou Paris) sont des jeunes diplômés de grandes écoles de commerce qui réagissent et souvent sur-réagissent aux informations qu’ils interprètent de façon intuitive ou suivistes sans profondeur. Ce ne sont pas des génies de la macro-économie ni même de la micro-économie. Plus grave ce sont de piètres analystes politiques.

Cette nouvelle bulle éclatera plus tôt que l’on croit, si les économies européennes poursuivent leur descente aux enfers et s’il n’y a pas un plan de croissance. L’idée de mettre en place une banque d’investissements européenne fonctionnant avec des euro bonds dédiée uniquement à des investissements productifs est doublement avantageuse :

-ne pas créer un aléa moral en donnant un chèque en blanc aux pays qui cumulent les déficits.

-cofinancer et coproduire dans la perspective de générer de nouvelles richesses et de nouveaux emplois.

L’euro zone en tant qu’entité n’est pas endettée, mais ce plan ne fonctionnera que si les investissements génèrent leurs propres ressources.

L'économiste en chef du FMI Oliver Blanchard a suggéré le 23 avril 2012 au quotidien Financial Times Deutschland : "tant que nous  n'avions pas eu de pacte budgétaire et d'autres instruments pour garantir la discipline budgétaire, les Allemands avaient de bonnes raisons de ne pas vouloir être responsables des décisions budgétaires irresponsables des autres Etats".
Après l'adoption du pacte budgétaire, les Allemands devraient maintenant accepter que la zone euro s'oriente vers la création des euro bonds. "Je ne propose pas de créer un marché d'emprunts d'Etat d'un jour à l'autre", a expliqué M. Blanchard. Mais il a y des propositions, qui seraient "plus restreintes, qui n'incitent pas les États à se comporter de manière irresponsable. Si nous allons vers plus de discipline commune, nous pouvons aussi aller vers plus de responsabilité commune."a-t-il expliqué.
Il est possible de réindustrialiser l’Europe en se tournant vers des secteurs de haute technologie et dans les produits dédiés aux économies d’énergie. Cela va des lampes Led, aux panneaux photovoltaïques en passant par les mâts solaires, sans oublier les éoliennes, et les chaudières à bois.
En utilisant leurs produits et en changeant les comportements des consommateurs, il sera possible de diminuer de 15 % les consommations de fluides.
Le numérique, les nouvelles technologies, la robotique et la domotique, l’hyper industrie qui fait appel à l’électronique, les nanotechnologies, sont des secteurs à promouvoir.
Investir dans les infrastructures en s’endettant  peut être source de surendettement s’il n’y a pas une hausse de la productivité derrière.
L’Europe du Sud, dont la France, a opté pour une mauvaise spécialisation qui lui a fait perdre sa force de frappe à l’exportation.
Les Chinois peuvent concurrencer les produits français emblématiques comme le foie gras, le vin, les fromages, le prêt à porter, les produits cosmétiques et autres biens de consommation mais ne sont pas encore en mesure de fabriquer de la machine-outil à commandes numériques et des biens d’équipements qui est le point fort des Allemands.
Lorsque l’on compare le modèle allemand et le modèle français, il est évoqué à l’aune des coûts salariaux, de la flexibilité du travail et des dépenses publiques. Cependant, les divergences de spécialisation ne datent pas de ces dernières années mais depuis au moins une trentaine d’années.
A la casse de l’industrie en France, les allemands ont au contraire su maintenir une industrie lourde, diversifiée et innovante.

Il est temps que l’Europe se tourne vers une politique de croissance, car dans l’équation du taux d’endettement il y a au numérateur la dette mais au numérateur le PIB. L’affaiblissement de celui-ci aggraverait ce ratio. Dans mes travaux universitaires (C.SARI, 2000) et dans mon dernier ouvrage (C.SARI, 2011), j’ai établit un bilan de 77 pays qui ont suivi les plans d’ajustements structurels imposés par le FMI. Plus de 62 d’entre eux ont connu une baisse drastique de leur taux de croissance ou quasiment une récession. La cause en est qu’ils ont tous suivis des politiques d’austérité au lieu de stimuler le développement économique.
Lorsque des pays, comme ceux de l’Union européenne s’échangent entre eux plus de 60% du leurs biens et services et appliquent simultanément des politiques sévères de réductions des déficits budgétaires, il ne peut en résulter qu’une récession généralisée.

Mario Draghi président de la BCE a déclaré le 24 avril 2012 qu’il y a un pacte budgétaire mais il est nécessaire d’avoir un pacte de croissance.
D’après lui, il faut « revenir en arrière ». Il ajoute que les LTRO (refinancement de la BCE aux banques) n’ont pas produit les effets positifs escomptés en matière de financement de l’économie. En effet toutes les données récentes montrent que les crédits immobiliers ont chuté et les prêts aux PME sont en deçà de leurs besoins. Jean Claude Juncker plaide de son côté pour la relance de l’activité en Europe et pour plus de croissance.
Ce n’est pas uniquement le plaidoyer de François Hollande, candidat aux élections présidentielles en France qui explique cette montée en Europe de l’exigence de mettre en place des politiques de croissance mais aussi de la Hollande; pays du Nord qui connait une crise politique provoquée par l’éclatement de la coalition au sujet  des mesures à prendre, afin de réduire les déficits budgétaires.
Le débat sera sur les voies à suivre pour atteindre des taux de croissance compatibles avec le plein emploi. David Cameron au Royaume-Uni, Mariano
Rajoy en Espagne et les agences de notation, les Libéraux  pensent que ce sera par plus de flexibilité du marché du travail. Mais nous y sommes déjà avec les CDD, les emplois précaires, les faibles augmentations des salaires. Le haut niveau du chômage exerce une pression sur les rémunérations.
Les ultralibéraux, en difficulté sur les plans idéologiques et empiriques, se disent favorables à une croissance mais par l’offre et les investissements. Force est de constater, néanmoins qu’aucune entreprise n’investit sans être assurée d’avoir des débouchés pour ses produits.
Je ne défends pas la relance de l’économie aux noms des préceptes keynésiens originels, en raison de la plus grande ouverture des économies en ce début du XXIème siècle. Une hausse généralisée des salaires sans compensation par une hausse de la productivité induirait une hausse des importations. La nouvelle croissance de la France et de l’Europe passerait par des réformes structurelles et des dépenses publiques et privées orientées vers la production de biens marchands.   
Bien entendu il est indispensable de retrouver les points d’équilibre budgétaire mais pas sur un ou deux exercices mais le faire sur 10 ans en affichant des mesures budgétaires pluriannuelles. Aucun tabou ne doit empêcher la mise en ouvre d’une telle politique, cela va des hausses d’impôts à des réductions sélectives des dépenses publiques non productives au niveau de l’Etats mais aussi des collectivités territoriales. Soulignons que des efforts en ce sens sont déjà engagés.

Le futur président de la République doit tout faire pour obtenir deux accords de la part de ses partenaires européens, notamment allemands :

1) Un plan de croissance européen (et pas seulement un pacte qui se résume à des vœux pieux) qui utilise des euro-bonds pour réindustrialiser l’Europe.
La Banque Européenne d’Investissement est un outil que l’Union européenne peut utiliser afin d appuyer  ses politiques de développement et de coopération dans les pays partenaires. Elle  doit contribuer davantage à la réalisation des objectifs de l'Union  en accordant des financements à long terme pour des investissements viables, par des prêts aux secteurs public et privé, des garanties, de l'assistance technique et du capital-risque. Mais ses moyens sont limités et son champ restreint.

2) Des co-productions doivent être envisagées avec les pays du pourtour méditerranéen et un Maghreb intégré et plus généralement de tous les pays émergents. Je plaide dans les médias arabophones du pour que des capitaux souverains du Moyen-Orient participent à des financements de projets industriels dans les pays du sud de la Méditerrané  avec la technologie européenne, dans le cadre de coopérations mutuellement avantageuses.
Ce schéma a été réalisé au Maroc par la construction de l’usine Renault à Tanger avec des financements saoudiens ainsi qu’à l’occasion de la réalisation d’une ligne TGV reliant des grandes villes marocaines grâce à des contributions des pays du Golfe.
Des investissements sont à envisager dans les domaines des énergies renouvelables, l’eau, la Chimie, parachimie, l’aéronautique, l’agriculture et l’agro-alimentaire, l’industrie pharmaceutique…

3) Une annonce des pays de l’Euro zone, d’une modification du traité de Maastricht dans le sens d’un rôle accru de la Banque Centrale Européenne en faveur  de la croissance et surtout l’exigence d’une intervention directe dans l’achat des obligations des Etats utilisant l’euro comme monnaie nationale.  Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon sont plus endettés que les pays de l’Euro zone mais s’ils ne sont pas attaqués par le marché c’est que leurs banques centrales respectives jouent pleinement leur rôle de prêteur de dernier ressort. Mais en contrepartie des engagements fermes doivent être pris afin de limiter la dette publique même si selon un programme s’étalant sur 10 ans.

4) La BCE doit intervenir sur les marchés des changes et impulser une vraie politique de l’euro afin de répondre aux politiques du dollar faible des Etats-Unis, notamment. Paul Krugman disait : « s’il n’est pas possible de baisser les salaires des Américains, afin de rendre nos produits compétitifs, il sera possible de réduire la valeur du dollar ».
Marc Fiorentino avoue sur BFM le 24 avril 2012 ne pas comprendre pourquoi l’euro reste survalorisé par rapport à son cours d’introduction, alors que de fortes incertitudes pèsent sur les économies européennes. Mais l’explication réside dans une politique volontariste de dépréciation de la monnaie étasunienne afin de stimuler les exportations US.

 

Autour du même sujet