Les injections de liquidités par les banques centrales : prochaine source d’explosion financière ?

Les banques centrales injectent d’énormes liquidités afin de soutenir l’activité économique, et contribuer à déprécier leurs monnaies nationales afin d’exporter davantage.

Quelles conséquences sur les prix des matières premières et sur les actions ?
Il convient d’analyser le comportement des banques et des fonds spéculatifs qui achètent massivement des actions, ce qui les fait monter à des niveaux élevés. Le débat sur la poursuite de cette politique de la Fed, dite ultra accommodante, au sein de l’institution, fait craindre à un arrêt des mesures d’assouplissements monétaires et donc pourrait entraîner un krach boursier.

J’avais vu juste quand j’ai déclaré dans les médias que la politique monétaire menée par la Fed aura un impact discutable sur l’activité économique et l’emploi mais engendre des effets pervers sur les niveaux des actifs financiers et les produits dérivés. Les prix des matières premières se maintiennent à des seuils incompatibles avec l’affaissement de la croissance dans les principaux pays consommateurs. Le facteur spéculatif joue un rôle important dans ces évolutions sans commune mesure avec les équilibres offre/demande.

Lors de la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), les 29 et 30 janvier 2013 "de nombreux participants" ont exprimé "de l'inquiétude à propos des coûts et des risques potentiels découlant d'une poursuite des rachats d'actifs" menés par la Banque Centrale américaine (cf. son site Internet). Ils estiment : "que l'évaluation, en cours, de l'efficacité et des coûts des rachats d'actifs (...) pourrait bien conduire le Comité à les diminuer ou à y mettre fin avant qu'il soit d'avis qu'une nette amélioration de la perspective du marché du travail s'est concrétisée".

La Fed poursuit le cap de sa politique monétaire ultra-accommodante, en rachetant sur les marchés des obligations d'Etat américaines et des titres adossés à des créances immobilières, pour un montant total de 85 milliards de dollars par mois, c’est que son interruption brutale ferait chuter les bourses dans des proportions inconsidérées.
Lorsque l’on sait que la FED a créé 2.500 milliards de dollars, en injectant des liquidités dans l'économie depuis 2008, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une bulle obligataire et boursière sans liens avec les fondements économiques qui sont exécrables partout dans le monde ?

Jeremy Stein, membre du Conseil des gouverneurs de la Fed, propose que la Banque centrale mette en place un resserrement de la politique monétaire afin de faire face à ce risque.

Charles Plosser, président de la Fed de Philadelphie et membre tournant du FOMC, plaide en faveur de l’arrêt de l’ assouplissement monétaire avant 2013. Il est évident que les dissensions au sein du comité de politique monétaire de la Fed sont toujours d’actualité. Cela va à l’encontre des déclarations rassurantes de Ben Bernanke et de son adjoint Janet Yellen.

Pourtant son président Ben Bernanke, a déclaré les 26 et 27 février 2013, devant le congrès et dans son discours du 1er mars 2013 que "La crise récente est certes la manifestation éloquente des coûts qu'entraîne une prise de risque mal avisée, mais [les responsables de la politique monétaire] doivent également être conscients des contraintes du moment qui pèsent sur l'économie", Il a mis en garde sur les "risques" d’une interruption de la politique monétaire ultra accommodante en ajoutant :
"Vu la lenteur de la reprise et la persistance d'un niveau élevé de non-utilisation des capacités de production, la reprise d'une partie du concours financier fourni par la banque centrale dans le but de dissuader une prise de risques excessive dans certains secteurs s'accompagnerait de risques propres pour la croissance, la stabilité des prix et finalement la stabilité financière".

Il reconnaît le dilemme entre le soutien à la croissance économique et à l’emploi et les comportements risqués dans marchés financiers. Mais étant donné le " rythme modéré de la reprise et de la faiblesse persistante de l'économie, alléger le dispositif pour dissuader la prise de risque excessive dans certains domaines fait également peser un risque sur la croissance, la stabilité des prix et en fin de compte la stabilité financière". Concernant une action qualitative, Ben Bernanke précise : "Une augmentation prématurée des taux risquerait fort de court-circuiter la reprise, ce qui pourrait se traduire de façon ironique par une prolongation de la faiblesse des taux à long terme".
Ben Bernanke n’est-il pas en train de commettre la même erreur que son prédécesseur Alan Greenspan en pensant que les opérateurs sur ces marchés vont s’auto discipliner et éviter de prendre de gros risques ? Je parie qu’il aura tort même s’il pense que la "surveillance et la réglementation" du secteur financier, auxquelles la FED participe activement, peuvent jouer le rôle d’amortisseurs des chocs.
Il est fort à parier que la FED applique, ces dernières années une politique monétaire expansionniste afin de combler les atermoiements et les clivages violents entre Républicains et le président Obama sur la politique fiscale et budgétaire de l’Etat fédéral. Depuis l’été 2011, on peut affirmer qu’il n’y a vraiment pas de plan budgétaire crédible mais plutôt du rafistolage à chaque étape des discussions sur les réductions des déficits. A chaque date fatidique les deux camps jouent sur la corde raide mais à cette échéance du 28 février 2013, tous les pronostics ont été démentis. Personne ne pouvait prévoir un non-accord sauf les ultralibéraux du Tea Party et les élus Républicains qui leur emboîtaient le pas.


Les uns et les autres défendent les plus aisés et l’industrie d’armement. La falaise fiscale qui porte le nom de « Séquestre» est atteinte le 1er mars 2013. Cela va coûter d’après le Fonds monétaire international 0,5 % de croissance en moins. En effet, le budget fédéral est amputé automatique et sans discernement, de 85,3 milliards de dollars sur les sept derniers mois de l’année budgétaire, soit 8 % pour la défense et 5 % pour les autres postes.

C’est aussi une réduction de la dette de 1 200 milliards de dollars sur les dix prochaines années. Barack Obama a estimé que ces coupes « superflues » allaient « affaiblir notre économie, coûter des emplois, et montrent clairement que les deux parties doivent être en mesure de trouver un compromis (…) Ce ne sera pas l’apocalypse comme certains l’ont dit […] mais cela aura un impact sur les gens ». Les conséquences négatives seront tangibles sur les fonctionnaires (départs forcés en congés sans soldes, réductions de salaires) et les services publics, qui vont tourner au ralenti, mais aussi sur les entreprises prestataires et fournisseurs du secteur public.

Même si des solutions provisoires reporteront la contrainte budgétaire à septembre, 2013, le relèvement du plafond de la dette se posera pendant de longues années à moins que les Républicains perdent la majorité au Congres au profit des Démocrates, ce qui parait fort probable. Les Américains se souviendront longtemps des obstructions systématiques des processus budgétaires et fiscaux. Au total cette situation que Barak Obama qualifie de « stupide » laissera des traces et met la première puissance économique dans une position d’instabilité permanente, ce qui altère les prévisions et les anticipations des consommateurs et des investisseurs.

Malgré ces incertitudes sur le bouclage budgétaire américain et les tiraillements permanents à Washington, conjuguées à la crise politique italienne qui ne manquera pas d’alimenter la chronique pendant des mois voire des années, les marchés ne retiennent que les quelques bonnes nouvelles, dont ils ne manquent pas d’exagérer la portée. Une amnésie totale qui fait oublier la crise économique en Europe, le ralentissement de la croissance parmi les émergents et le chômage massif sur toute la planète, l’Italie, pays dont la dette s’élève à 2000 Mds € sans gouvernance et dont la population rejette les mesures d’austérité.
Ils obéissent comme un seul homme au mot d’ordre : acheter, acheter, des actions ! Cette consigne est relayée sur les plateaux de radios et télévisions et dans la presse écrite. Nous avons les ingrédients du mimétisme doublé d’un manque de discernements de certains opérateurs et le tout couronné de manipulations et de complots permanents des principaux acteurs : les grandes banques, les hedges funds et autres fonds.
Les produits dérivés et les matières premières et primaires ; agroalimentaires auraient dû en toute logique connaître une flambée de leurs cours. Il n’en est rien, même l’or est délaissé.

Un accord confidentiel, entre la banque centrale américaine et les grandes banques comme Goldman Sachs, JP Morgan… de ne pas utiliser les liquidités injectées par la Fed dans la spéculation sur les matières premières et de l’orienter vers les actions, se lit clairement au travers d’une analyse rétrospective. Le comportement des actifs financiers suite aux deux opérations QE (quantative easing ou rachats des obligations étatiques et immobilières) lancés par la Fed après la crise de 2008 témoigna d’une activité soutenue sur tous les segments (actions, dérivées, produits à terme). La Fed savait qu’une hausse des produits pétroliers et agro-alimentaires auraient des conséquences sur le pouvoir d’achat des consommateurs, sur les coûts de production et sur les budgets des États qui subventionnent l’essence et les produits de base. Les pays africains et arabes non producteurs d’hydrocarbures ont d’énormes difficultés à équilibrer leurs budgets, notamment la ligne relative au soutien aux prix de base.

La manipulation est parfaite, sur les marchés; on ne parle que des actions. Voilà une preuve de la duplicité entre les autorités monétaires américaines et les grandes banques sur fond de domination des marchés financiers.

Une bulle est en train de se former. Sans croissance elle explosera. C’est mal parti

 

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