Comment Apple garde ses secrets : des ex-employés témoignent

Culture du secret Apple Des anciens collaborateurs de la marque à la pomme ont dévoilé sur Quora les stratagèmes dictés par Steve Jobs.

Des ex-employés d'Apple – du moins, c'est ce qu'ils prétendent être – ont créé sur Quora un fil de discussion intitulé "Comment Apple fait-il pour aussi bien garder ses secrets ?"

Il est mondialement connu qu'Apple ne parle que très peu à la presse. A la différence de ses concurrents, il est incroyablement difficile d'obtenir des informations internes de la part de l'entreprise.

Le fil de discussion est ponctué de témoignages d'ex-employés ayant rejoint l'entreprise à ses débuts, dans les années 70, mais aussi de personnes dont l'expérience est plus récente.

"La moindre violation constitue un motif de licenciement immédiat"

Sans grande surprise, beaucoup d'entre eux affirment que Steve Jobs multipliait les règles pour arriver à ses fins.

Nous avons rassemblé quelques extraits ci-dessous (en respectant les conditions de licence de Quora). Mais ceux-ci ne représentent qu'une partie infime du fil de discussion. Les fans d'Apple désireux de tout savoir dans les moindres détails (le plan secret d'Apple consistant à passer aux processeurs Intel au milieu des années 2000 est épatant) ont tout intérêt à lire le fil de discussion dans son intégralité.

Voyons voir ce qu'il en est.

Brian Hoshi : Après plusieurs années passées chez Apple, je peux affirmer que le secret est principalement enraciné dans la culture de l'entreprise dans le but de mettre au point des produits innovants et révolutionnaires au sein des marchés amorphes et évolutifs sur lesquels Apple choisit de se positionner. Le culte du secret est respecté dans l'entreprise car l'on est presque constamment surveillé par une équipe de sécurité interne, et la moindre violation constitue un motif de licenciement immédiat. Il n'y a rien à craindre chez Apple du moment que vous êtes capable de suivre ces règles de conduite basiques.

Ken Rosen, consultant chez Performance Works : Au début, tout était ouvert à tout le monde. Il y avait même un classeur répertoriant les salaires de tous les employés dans le bureau du directeur financier. On nous avait dit qu'on pouvait aller le consulter à tout moment. Peu d'entre nous ont pris la peine de le faire. Steve nous a dit : "A l'intérieur de NeXT, tout est ouvert. A l'extérieur de NeXT, nous ne communiquons rien." Fidèle à lui-même, il a ajouté : "On continuera comme ça jusqu'à la première fuite. Si on démontre qu'on ne sait pas garder un secret, on redeviendra une entreprise comme les autres." Evidemment, personne ne voulait être le premier à se tirer une balle dans le pied.

Kim Scheinberg (à propos du passage aux processeurs Intel) : Personne n'a jamais révélé que, pendant 18 mois, le projet Marklar n'avait existé que parce qu'un ingénieur qui s'était auto-rétrogradé voulait permettre à son fils Max de vivre plus près de chez ses grands-parents.

Robert Bowdidge : Je ne pouvais rien dire à ma femme ; elle savait que je travaillais dans un bâtiment de l'autre côté de la rue et que je restais au bureau très tard le soir, mais elle n'avait aucune idée de ce que je faisais. Lorsque j'ai dû me rendre à Manchester pour travailler avec des personnes de chez Transitive, elle a voulu venir avec moi. J'ai dû lui dire que c'était hors de question – à l'époque, elle travaillait chez IBM, et je savais que le chef de projet paniquerait à l'idée que notre fournisseur de puces électroniques puisse découvrir notre plan.

Chris Connors : Le culte du secret se manifeste de façon intéressante, y compris au sein même de l'entreprise. Si vos amis font partie d'autres équipes de travail que vous, ils ne vous demanderont jamais sur quoi vous travaillez. Ils sont suffisamment intelligents pour ne pas le faire, et réciproquement. Les conversations sont donc généralement personnelles, ou traitent d'éléments extérieurs.

"Je soupçonne le Pentagone de ne pas avoir eu grand-chose à faire d'un PC en plastique quelconque"

Anonyme : Tous les prototypes sont marqués d'un numéro de série au laser et peuvent être suivis grâce à un système central de traçabilité appelé iTrack. L'accent est mis sur la sécurité physique : les prototypes sont gardés sous clé lorsqu'ils ne sont pas utilisés. L'accès aux prototypes est interdit, et l'un des principes de base de l'entreprise est que vos collègues ne savent pas sur quoi vous travaillez.

Robert Scoble : Mon beau-frère a travaillé là-bas. Mais David a raison, ces secrets ont toujours fait partie de la culture de l'entreprise. En 1977, alors qu'Apple était encore une startup et ne possédait qu'un seul bâtiment, ils avaient accroché dans le hall d'entrée une affiche qui disait "Les murs ont des oreilles".

Et voilà comment un journaliste a réussi à dérober un secret à Apple :

Adam Banks : J'étais rédacteur en chef de MacUser (magazine informatique britannique dédié à l'actualité Mac, NDLR) en 1998, lorsque des rumeurs selon lesquelles Apple travaillait sur une nouvelle génération de Mac ont fait surface. Grâce à plusieurs coups de chance, nous avons été le premier magazine à publier une description assez précise de la machine qui allait être lancée quelques mois plus tard sous le nom d'iMac. Nous avions obtenu ces informations de quelqu'un qui travaillait sur un site tiers où Apple avait mis au point une unité de test. Aujourd'hui je ne prends probablement aucun risque en annonçant quel était ce site tiers : le Pentagone. Comparé aux véritables secrets qu'ils gardaient, je les soupçonne de ne pas avoir eu grand-chose à faire d'un quelconque PC en plastique dont on leur avait demandé de ne pas parler.

 

Article de Jim Edwards. Traduction par Joséphine Dennery

Voir l'article original : Ex-Apple Employees Reveal How The Company Is So Good At Keeping Secrets

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