Progrès et égalité des chances : à quand le Big data à l’Ecole ?

Internet permet la collecte d’un nombre toujours croissant de données, tout comme le développement d’outils destinés à leur analyse à plus ou moins grande échelle. Ce "Big data" présente l’intérêt majeur de sonder et d’étudier les comportements d’une population afin d’en adapter les services qui lui sont dédiés.

Les champs du Big Data sont multiples, allant du marketing aux sciences, en passant par le développement durable ou encore la santé. Alors pourquoi pas l’Education ?

En effet, l’éducation possède bel et bien, aujourd’hui, des prédispositions au Big data et ce, à plusieurs titres : d’une part le numérique, en entrant progressivement à l’école, a permis et permet encore la récolte de données exponentielles sur l’évolution du niveau des élèves, leurs difficultés et leurs besoins ; d’autre part, le secteur, au cœur de la réforme actuelle de l’Etat mérite que l’analyse statistique vienne en support des transformations en cours et à venir. Le Big data à l’école présente donc deux avantages essentiels : servir l’Elève et servir l’Etat.  

A l’heure actuelle, le brevet et le baccalauréat sont malheureusement les deux seuls indicateurs du niveau des collégiens ou lycéens dont dispose la France. Or, sans remettre en question la qualité de ces évaluations, elles se révèlent à la fois trop tardives (fin d’un cycle scolaire) et trop ponctuelles (contrairement au contrôle continu) pour servir de base suffisante à la moindre analyse fine de l’évolution du niveau de l’enseignement dans notre pays. Pour preuve, tandis que le taux d’obtention du bac croit depuis 20 ans (passant de 75% à plus de 90% de réussite pour la filière générale en 2015), le dernier classement PISA mené par l’OCDE (2012) a montré une chute du niveau scolaire dans l’Hexagone (la France est par exemple passé de la 11e à la 23e place en mathématiques en neuf ans) et une tragique augmentation du nombre de ses élèves en difficulté.

A contrario, l’intérêt premier du Big data réside en sa systématicité. La récolte régulière et organisée de données, à tout niveau scolaire, à tout moment de l’année et tout moment de la scolarité, reste la solution la plus efficace pour identifier les défaillances des élèves et  y apporter une réponse rapide. Ces données "références" pourraient pourtant servir de point de départ, tout indiqué, à toute réforme de l’Education nationale, dont l’impact, par la récolte et l’analyse constante serait ensuite mesuré.  Le Big data deviendrait alors un outil au service de l’efficacité de l’Etat.

En parallèle, si la réforme des rythmes et programmes est au cœur des préoccupations de l’Education nationale, il n’en demeure pas moins que le pilier fondamental de cette institution est et demeure le binôme formé par l’élève et son professeur.  Soumis aux évolutions actuelles, ils portent tous deux l’Ecole de demain : une école ouverte au progrès et une école ayant à cœur le succès de l’individu au service du collectif !

Qu’il s’agisse d’un groupe, d’une classe, d’un niveau, ou d’une école, le Big data (grâce à la réalisation d’exercices sur internet ou sur application mobile), servirait  plus que jamais l’élève et la personnalisation de l’enseignement, en ce qu’il permettrait au professeur d’identifier immédiatement les facilités, les efforts, les progrès ou les difficultés de chacun : qui a des difficultés en fraction ? quels sont les élèves dont les résultats ont le plus chuté ? à quel moment ? sur quels exercices ? etc…

Il aurait alors la possibilité, grâce à cette collecte constante d’informations, d’agir immédiatement et directement auprès de ces élèves, de sorte à revenir avec eux sur le problème identifié. Replacé au cœur même du système, le professeur retrouverait alors pleinement la marge de manoeuvre nécessaire à la gestion et à l’adaptation de son programme afin d’éviter, tant qu’il le peut encore, les décrochages et échecs scolaires. A l’image de la médecine qui prône le dépistage précoce pour optimiser les chances de guérison, l’enseignement scolaire nécessite également une vigilance constante afin de mettre à jour d’éventuelles lacunes et d’y remédier au plus tôt. Est-il encore acceptable qu’en 2013, les évaluations réalisées conjointement par les ministères de la Justice et de l’Education nationale à l’occasion des journées de défense et de citoyenneté, révèlent que près d’un jeune âgé de 17 ans sur dix, souffre d’illettrisme en France ? Un chiffre encore bien important, à l’heure où les réformes scolaires se succèdent les unes aux autres...

Aussi, qu’il passe par le déploiement généralisé du numérique à l’école ou des évaluations régulières et, si tant est que son usage présente un objectif clair et encadré, le Big data a aujourd’hui plus que jamais vocation à se mettre au service de l’Egalité des chances et de la réussite de chacun, valeurs fondamentales de l’Ecole de la République. 

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