L'arrivée de Netflix va pousser Canal+ à réinventer son offre

Netflix impact France L'arrivée de la plateforme vidéo va relancer un marché de la SVOD encore balbutiant. Surtout, Canal+ va devoir dépoussiérer son offre et revoir ses tarifs.

Cheval de Troie menaçant l'exception culturelle française ou partenaire de la création française ? Les avis divergent quant au rôle que jouera Netflix au sein d'un univers audiovisuel aujourd'hui régi, voire sclérosé, par un cadre réglementaire que l'arrivée du service de SVOD risque de faire voler en éclats. Son impact sur ce marché (estimé à 27 millions d'euros, soit 10% du marché de la VOD en 2013) devrait être aussi marquant que celui d'un Free mobile sur le marché de la téléphonie, obligeant les acteurs en place à s'aligner sur les prix, enrichir leur catalogues et communiquer sur leurs services.

Canal+ pris en tenaille entre Beinsports et Netflix

Leader du secteur de la SVOD, Canal+ et les 450 000 abonnés de son offre Canal Play proposée à partir de 7,99 euros par mois sont en première ligne. Et pour Aymeric Guilhaumaud, senior manager chez Deloitte Digital, "au vu des tarifs actuels, la confrontation entre les deux rivaux devrait principalement porter sur la richesse du catalogue". De ce côté, la chaîne cryptée dispose de quelques atouts, à commencer par la chronologie des médias, que Netflix s'est engagé à respecter et qui favorise les groupes participant au financement de la création. Alors que le rapport Lescure préconisait de faire passer de trente-six à dix-huit mois le délai de mise à disposition des films, le CNC propose de le ramener à vingt-quatre mois... chez les services "vertueux". Ce qui ne serait le cas de Netflix, dont le siège social est installé aux Pays-Bas et qui se refuse de prendre des engagements chiffrés en matière de financement de création.

S'il est actuellement riche de 10 000 programmes dont 500 nouveaux chaque mois, le catalogue de Canal Play n'est pour autant pas des plus frais. Seule la première saison sur les quatre que compte Homeland, l'un de ses programmes phares, y est diffusée. Pas de "House of Cards" non plus, une série produite par... Netflix, dont Canal+ détient pourtant l'exclusivité de diffusion des deux premières saisons en France. Des absences qui s'expliquent sans doute par la volonté de ne pas cannibaliser LA vache à lait du groupe, son abonnement à ses chaînes cryptées à 39,90 euros par mois. Mais à ne pas vouloir faire de CanalPlay une réussite pour préserver ses chaînes, Canal+ risque de perdre sur les deux tableaux. Netflix de son côté est prêt à investir pour faire la différence. Il vient d'ailleurs d'obtenir les droits de diffusion à l'international de "Gotham" et de "The Blacklist" ou encore d'annoncer la production d'une série 100% hexagonale baptisée "Marseille". Canal+ a d'autant plus à y perdre qu'il est attaqué en parallèle sur l'autre pan de son offre : le sport, avec BeinSport. Et le prix de l'abonnement cumulé de ces deux services concurrents est 2 fois moins élevé que le seul abonnement à Canal+...

Canal + contraint de revoir la démarcation tarifaire entre offre linéaire et SVOD

Fort d'une récente levée de 400 millions de dollars, son PDG, Reed Hastings, dispose de plusieurs centaines de millions pour se doter d'un catalogue qui lui permettra de piquer à Canal+ ses abonnés essentiellement intéressés par l'offre de séries. "Canal+ va avoir un problème de prix [et] va sans doute être obligé de fractionner son offre entre l'OPay-TV (ndlr, Online Pay TV) et une chaîne plus généraliste en faisant baisser les prix", analysait d'ailleurs René Bonnell, ancien de Canal+, devant le Club audiovisuel de Paris le 26 mars dernier. Le groupe semble en tout cas avoir pris la mesure de la "menace" Netflix et vient d'annoncer un accord avec HBO, l'arrivée de séries digital natives et une interface qui permettra à chaque habitant du foyer abonné à Canal Play Infinity de créer son propre profil. Comme le fait déjà Netflix...

La mort de la TV traditionnelle ?

Plus globalement, l'arrivée de Netflix, et avec elle l'attractivité croissance de la SVOD, va libérer le consommateur des contraintes de la programmation et rendre les programmes plus accessibles, avec une offre tournant autour des 10 euros par mois. A côté des leaders, ont trouve Rakuten et sa filiale Wuaki.tv, OCS d'Orange mais aussi FilmoTV, qui sont plus ou moins récemment sortis du bois et qui cherchent à profiter de la dynamique du secteur. Une dynamique qui va contribuer à accélérer cette délinéarisation des programmes qui a été portée dans un premier temps par l'essor de la catch-up et de la VOD.

"En 2013, la consommation linéaire de télévision moyenne a baissé de 11 minutes au Royaume-Uni et de 7 minutes aux Etats-Unis, selon une étude de IHS Technology". De là à rendre la notion de prime-time rapidement obsolète chez les TF1, M6 et consorts ? Loin s'en faut selon une étude sur la "Sensibilité des obligations de production de la télévision à la pénétration de la SVOD", pilotée par la Chaire "Médias & Marques" de Paris Tech, qui rappelle que "la télévision est un outil de synchronisation sociale" et que "les news, la politique, le sport, voire des jeux suscitant de l'émotion collective, tous ces récits ont besoin du direct". Un point de vue qu'Aymeric Guilhaumaud semble épouser : "Je pense que Netflix trouvera sa place sur le marché sans bouleverser les modèles existants". Et de citer une étude qui montre que le nombre d'abonnés à la TV payante n'a diminué que 0,2% aux Etats-Unis fin 2013 par rapport à l'année précédente. S'il y a eu un effet Netflix, il est donc microscopique.

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Netflix / CANAL +