Nicolas Sadirac (Ecole 42) "Les premiers 'diplômés' de 42 devraient sortir dès janvier prochain"

Alors que la seconde rentrée vient à peine d'avoir lieu, premier bilan déjà riche pour l'école 42. Et son co-fondateur ne manque ni de projets, ni d'ambition.

JDN. La deuxième rentrée de l'école 42 a eu lieu ce 3 novembre. La première promotion a dû essuyer les plâtres... Comment se sont passées les admissions de la nouvelle promotion, et qu'est ce qui a changé entre la rentrée de 2013 et celle de 2014 ?

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Nicolas Sadirac est le directeur général et le co-fondateur de l'école 42. Il a aussi été le premier directeur de l'Epitech. © 42 -  William Beaucardet

Nicolas Sadirac. Le principe des admissions était identique cette année, avec des tests de sélection en ligne et un mois d'épreuves dans la fameuse piscine. Les épreuves étaient globalement du même genre, avec seulement de petites modifications. Pas d'appréhension de ma part : ce n'était pas vraiment, ni ma première rentrée, ni la première fois que je proposais ce type d'épreuve... [NDRL avant 42, Nicolas Sadirac a dirigé l'Epitech, où des piscines avaient déjà été mises en place).

Nous avons en revanche dû améliorer le système de "peer correcting", la correction par les pairs c'est-à-dire par les élèves eux-mêmes. C'était la première fois que nous utilisions ce système à si grande échelle. Et quelques ajustements ont été nécessaires.

La partie événementielle lors des piscines a aussi été enrichie. Une poignée d'entreprises, comme Axa ou Google, sont venues exposer leurs visons. Car si les piscines sont des périodes d'épreuves et de sélection, elles doivent aussi être un moment d'initiation et de formation. C'est une occasion qui doit aussi permettre d'appréhender les enjeux du numérique. Nous avons donc étoffé cette dimension cette année.

Avez-vous eu plus ou moins de candidats cette année ?

En tout, l'année dernière, nous avions eu 70 000 candidats inscrits en ligne. Cette année, peut-être parce qu'il y avait moins de curieux, nous en avons eu moins : 50 000. Mais les candidats étaient plus sérieux cette année, car l'année dernière, 18 000 candidats avaient été jusqu'au bout des tests en ligne, et cette année il y en a eu 20 000. Ils ont sans doute été mieux informés. Je les ai aussi trouvés globalement plus sérieux cette année lors des piscines. Ils commencent sans doute à mieux savoir ce que nous faisons, et comment l'entrée à l'école se passe.

"Je suis sûr que nous ratons des talents"

L'école 42 met souvent en avant le fait qu'elle ne requiert pas de diplôme. Mais au final, combien d'élèves admis n'ont pas le bac ?

Dans la première promotion, quatre admis sur dix n'avaient pas le bac. Je ne connais pas encore les chiffres pour cette année, tout simplement car nous ne leur demandons pas leur diplôme. Mais je pense que si nous faisons bien notre travail, cette part devrait augmenter.

Car même si nous avons pu bénéficier d'une bonne visibilité dans les médias, et malgré nos efforts, nous n'arrivons pas encore à toucher tout le monde. Certains jeunes ne nous connaissent pas. Nous nous en sommes rendu compte dans les missions locales. Il y a des jeunes en dehors du système qui ne sont pas encore au courant de ce que nous leur proposons. Je suis donc sûr que nous ratons des talents.

Qu'est-ce qui différencie un élève qui sort de 42 d'un diplômé disons de l'Epitech d'après vous ?

80% de la pédagogie de 42 est celle de l'Epitech. Mais en même temps, l'Epitech est chère alors l'école 42 est gratuite. Je pense aussi que nos élèves sont plus collaboratifs, notamment grâce au système d'apprentissage peer-to-peer que nous sommes les seuls à avoir vraiment mis en place.

Nous avons aussi déjà pu bénéficier de nombreuses interactions avec les entreprises qui se sont vite montrées curieuses et intéressées par ce que nous faisons. Après, 42 est une école jeune, et nous n'avons évidemment pas encore pu développer autant de partenariats que des structures plus installées. J'aimerais aussi que les élèves de 42 puissent partir en Chine ou aux Etats-Unis, mais gratuitement. Il faut donc trouver et mettre au point des solutions. J'y travaille et j'ai bon espoir. Des partenariats avec le MIT et Stanford sont aussi en cours. 

"Le système classique bride clairement certains élèves"

Plus globalement, je pense que nous ne fabriquons pas tout à fait les mêmes profils. Notre système est quand même différent. Par exemple, aujourd'hui nous envisageons sérieusement de 'diplômer ', nos premiers étudiants dès janvier prochain. Je dis 'diplômer', même si en réalité nous ne délivrons pas de diplôme. D'après moi, il y a aujourd'hui entre 15 et 30 élèves qui ont déjà le niveau attendu à la sortie de 42. Nous nous demandons donc s'ils ne vont pas pouvoir sortir dès janvier prochain. Ce n'est pas encore décidé à l'heure actuelle, c'est encore en réflexion et il y a un jury qui devra aussi décider.

Mais je pense qu'on va diplômer en janvier. Certains élèves devraient donc finir la formation en un an et demi, alors que le volume standard est de 3 ans, et que cela peut s'étendre aussi sur 5 ans. On se doutait bien que certains iraient plus vite. On s'adapte. C'est aussi l'une de nos différences, car le système classique bride clairement certains élèves...

La première promotion est actuellement en stage. Où sont les élèves, et que font-ils ?

Ils sont partout : il y en a chez Dassault, EADS, Air France... Il y en a une dizaine chez Iliad. II y en a qui travaille sur des drones, ou dans les systèmes embarqués, d'autres font des tests de code de base, du développement web, etc. Il y a vraiment de tout. Les propositions de stage, ce n'est pas vraiment ce qui a manqué. Mais c'est pareil à l'Epitech ou dans bien d'autres écoles du secteur. Il doit y avoir 14 propositions de stage en moyenne par étudiant. Par ailleurs, il y a aussi 11 start-up qui ont déjà été créées par des élèves de 42.

C'est un nombre conséquent, après à peine une année d'existence...

C'est lié aux hackathons que nous avons organisés. Mais nous avons dû un peu freiner cette volonté de créer tout de suite des start-up. Nous avions peur que les premiers se plantent. Cela aurait eu des conséquences regrettables.

"Nous pouvons passer à une échelle supérieure"

Outre les partenariats évoqués, et la volonté de faire partir les élèves à l'étranger,  quels sont vos autres projets ?

Nous nous demandons globalement si le système que nous avons mis en place pour 42, une école d'informatique, n'est pas reproductible avec une école dédiée au business, ou encore au design. La méthode est née et s'est développée à l'Epitech, puis nous l'avons encore poussée plus loin avec cette école 42. Il semble qu'elle puisse en fait répondre à beaucoup de problèmes, et être appliquée de manière bien plus vaste, au-delà du secteur informatique. C'est une question que nous nous posons avec insistance.

L'autre enjeu m'a été résumé par François Hollande, qui me demandait ce que nous pouvions faire des dizaines de milliers de jeunes qui n'ont pas été admis à 42. C'est une vraie bonne question. Mais aujourd'hui, notre système est en train de prouver son efficacité. Il repose sur une trentaine d'encadrants pour 2 500 élèves. Mais je pense que nous pouvons passer à une échelle supérieure. Je pense que nous pourrions assez facilement accueillir deux ou trois fois plus d'élèves, avec une part similaire d'encadrants. Je suis aussi sûr que nous refusons de nombreux futurs très bons éléments.

Le problème qui se pose est en fait un problème de locaux. Nous devrions délocaliser, et nous pourrions reproduire l'école en régions. C'est un projet qui pourrait cependant prendre quelques années. Après, il y a aussi la question de savoir si notre système ne pourrait aussi pas s'appliquer aux pays francophones. De ce que j'ai pu voir en Afrique, j'en suis convaincu.

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