Obsolescence programmée des équipements électriques ou électroniques : quelles solutions concrètes ?

En complément des propositions de loi d’Europe Ecologie Les Verts à l’Assemblée Nationale et au Sénat, l’Alliance Green IT propose 13 solutions concrètes, efficaces, et faciles à mettre en œuvre, sans attendre le résultat du vote.

L’allongement de la durée de vie des équipements électriques et électroniques (EEE) est indispensable pour réduire leur empreinte écologique qui se concentre lors de leur fabrication et de leur fin de vie. La fabrication d'un seul ordinateur et de son écran entraîne par exemple le rejet de  700 kg de gaz à effet de serre et de plus de 22 kg de produits chimiques toxiques. Sans compter l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables (terres rares, minerais, pétrole, eau douce, etc.).
Il faut donc utiliser plus longtemps le matériel high-tech pour en fabriquer moins et réduire ainsi l’empreinte écologique des TIC. Malheureusement, pour ne prendre qu’un exemple, la durée de vie moyenne d’un ordinateur divisée par 3 en 25 ans (1). Conséquemment, les achats de matériels high-tech ont été multipliés par 6 en France entre 1990 et 2007 (2). 

Les fabricants ne sont pas les seuls à devoir agir

Fort de ce constat, Europe Ecologie Les Verts vient de proposer une nouvelle loi pour, notamment, allonger la durée de garantie effective des équipements électriques et électroniques. Pour l'Alliance Green IT (AGIT), cette proposition est indispensable. Mais elle est insuffisante car elle ne vise que les fabricants.
Souvent stigmatisés, les fabricants des matériels ne sont pas les seuls responsables. L’allongement de la durée de vie active des appareils électroniques passe par des actions à tous les niveaux : fabricants, revendeurs, loueurs, utilisateurs, entreprises, etc. L’association des professionnels de l’informatique responsable propose donc des pistes complémentaires dans le document de synthèse : Obsolescence programmée : quelles solutions ?.
Du côté de l’offre, les fabricants doivent étendre les bonnes pratiques constatées sur le marché professionnel (3 ans de garantie de base extensible à 5 ans, disponibilité des pièces détachées de 5 ans, facilité de réparation et de mise à jour matérielle, etc.) tandis que les loueurs doivent allonger la durée maximum de leurs locations de 4 à 6 ans. Les éditeurs de logiciels jouent un rôle clé dans l’accélération de l’obsolescence des équipements. Ils peuvent limiter efficacement ce phénomène en éco-concevant leurs logiciels afin de réduire leur empreinte ressources (mémoire vive, espace disque, etc. nécessaires) et en limitant l’obsolescence par incompatibilité (formats de fichiers bureautiques par exemple).

Renouer avec une gestion saine du système d’information

De leur côté, les entreprises doivent renouer avec des pratiques simples et efficaces telles que l’entretien des postes de travail et des serveurs (défragmentation, suppression des fichiers temporaires, etc.) et le retour à la « sobriété fonctionnelle ». Pourquoi demander 200 fonctions alors que seulement 30 seront réellement utilisées ? La prise en compte des coûts cachés liés au renouvellement des équipements (perte de productivité liée à la découverte de la nouvelle interface graphique par les utilisateurs, pertes de données, applications incompatibles, etc.) devrait également pousser les entreprises à ralentir le rythme.
Enfin, en donnant plus de poids à des éco-labels tels que EPEAT, Blue Angel et TCO, les acheteurs informatiques peuvent contribuer efficacement à augmenter la durée de vie des parcs informatiques. Et ce d’autant plus s’ils intègrent l’optimisation de la fin de vie des équipements – reconditionnement plutôt que recyclage - dès l’achat.
Quant aux pouvoir publics, il ne tient qu’à eux d’encourager les bonnes pratiques et de pénaliser (fiscalement par exemple) les mauvaises pratiques des fournisseurs comme des utilisateurs.

Les 13 préconisations :

Fournisseurs

1. Fabricants. Allonger la durée de garantie.
2. Fabricants. Favoriser la réparabilité des équipements.
3. Fabricants. Ouvrir les spécifications techniques des équipements qui ne sont plus commercialisés ni maintenus (open hardware).
4. Loueurs. Allonger la durée de la location financière (de 3 ans en moyenne à 5 ans).
5. Éditeurs de logiciels. Supporter plus longtemps les anciennes versions de logiciels pour lutter contre le phénomène d’obésiciel.
6. Éditeurs de logiciels. Reverser les logiciels propriétaires dans le domaine public pour faciliter leur maintenance.

Utilisateurs 

7. Administrateurs système. Entretenir la couche applicative et désinstaller les logiciels inutiles.
8. Directeurs Informatiques. Intégrer les coûts cachés du renouvellement dans le calcul du TCO. 
9. Acheteurs.  Donner du poids aux écolabels complets et à la facilité de mise à jour du matériel dans les appels d’offre.
10. Acheteurs. Intégrer la gestion des DEEE dès l’achat.
11. Gestionnaire de parc. Favoriser l’architecture client-léger.

Pouvoirs publics

12. Diminuer le seuil plancher d’amortissement.
13. Communiquer auprès des entreprises.    

-----------------------------------------------
(1) WWF, Guide pour un système d’information éco-responsable, 2011.
(2) Insee.
L’obsolescence programmée dans la high-tech : http://www.greenit.fr/tag/obsolescence-programmee

Autour du même sujet