Dépendance : et si la solution était dans le nuage ?

Face au vieillissement de la population et à l’augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes, il est probable que la solution passera par la santé en ligne, les objets interconnectés et le nuage.

Le vieillissement de la population, qui fait suite à la spectaculaire augmentation de l’espérance de vie à la naissance au cours du XXème siècle, est maintenant un phénomène bien connu. Il concerne les pays industrialisés et en particulier la vieille Europe, dont la France qui bat des records dans ce domaine.
En particulier celui d’avoir eu la doyenne de l’humanité, Jeanne Calment qui est décédée à plus de 122 ans. On estime d’ailleurs qu’il y aura 200 000 centenaires en France en 2060 contre un peu plus de 16 000 actuellement. Dans les 40 ans à venir, ce vieillissement va s’amplifier et va concerner également les pays les plus pauvres où vivront 80% des plus de 60 ans.

Il y aura alors 384 millions de plus de 80 ans dans le monde contre 86 millions aujourd’hui

Globalement, même si c’est discutable d’une année à l’autre, les années gagnées sont plutôt des années en bonne santé. Cependant, malgré les progrès de la médecine, on n’arrive pas à empêcher une période de dépendance dont le risque, lié essentiellement aux maladies chroniques, augmente avec l’âge. On va donc assister mécaniquement à une augmentation importante du nombre de personnes âgées dépendantes. Alors qu’il y avait 800 000 personnes âgées dépendantes en France en l’an 2000, il devrait y en avoir 1 200 000 en 2040.
Et encore ces données ne tiennent pas compte de la dépendance liée à la maladie d’Alzheimer qui constitue le grand défi médical du XXIème siècle. Aujourd’hui nos sociétés individualistes sont déjà dépassées par ces problèmes de dépendance, aussi bien en raison du coût de leur prise en charge, que de la pénurie et de la difficulté à recruter des soignants motivés et compétents.
Le manque de moyens humains va encore s’accentuer avec les vagues de départ à la retraite qui sont la conséquence du baby-boom des 30 années qui ont suivi la fin de la deuxième guerre mondiale.   Pour permettre un soutien à domicile le plus longtemps possible, pour répondre à cette augmentation de la dépendance et pour faire face à la carence de moyens humains s’est développé depuis quelques années les gérontechnologies et plus récemment la Silver Economie.
L’objectif étant de trouver des aides technologiques en complément des aides humaines et ce, en utilisant toutes les nouvelles technologies (Internet, télévisions, SmartPhone, réseaux sociaux, tablettes, GPS, domotique, Bluetooth…) et en les adaptant aux personnes âgées malades et dépendantes. Longtemps ignorée, la question de la dépendance, comme de ses conséquences et de sa prévention, commence à se poser.
Ce que confirme d’ailleurs le récent baromètre BVA Orange Healthcare MNH Le Figaro Santé, dans lequel, si 78 % des Français se disent effrayés par la perspective de devenir dépendants, ils pensent que les nouvelles technologies peuvent les aider à un meilleur suivi des traitements (80 %), à améliorer la sécurité au domicile (79 %) et à améliorer le suivi de leur santé (76 %). Soixante-treize pourcent pensent aussi qu’Internet et les réseaux sociaux peuvent aider à rompre l’isolement des seniors. Cette inquiétude a d’ailleurs permis le développement de nombreuses assurances-dépendance, pas toujours faciles à utiliser le jour venu.  
Parallèlement c’est développé, chez les adultes plus jeunes, le phénomène du Quantified Self qui permet d’évaluer sa santé et de l’améliorer à l’aide d’objets connectés : podomètre de poignet, montre, balance, capteurs de mouvements, tensiomètre, lecteur de glycémie, patchs intelligents, piluliers, vêtements…
L’objectif étant de permettre à tout un chacun de jouer un rôle plus actif dans la gestion de son capital santé. Apple a ainsi développé son application Health (et sa plateforme HealthKit) et Google propose aussi sa plateforme, Google Fit. On assiste aussi au développement des réseaux sociaux avec des groupes de malades sur Facebook et des interrelations directes entre professionnels (médecins, infirmières, kinésithérapeutes, aides-soignantes, étudiants…) et patients sur Twitter. On parle déjà de médecine 2.0 et d’e-santé. Internet est également un excellent moyen pour détecter les épidémies. Ainsi, chaque année l’épidémie de grippe hivernale est mieux détectée par Google (analyse des mots-clés utilisés pour les recherches) que par les réseaux de surveillance médicaux. Il a été montré que Twitter et Wikipédia étaient aussi efficaces que Google dans ce cas-là.
A contrario, cette technique est aussi utilisée par l’industrie du médicament pour aller vendre ses produits auprès des médecins et des pharmaciens dans les zones d’épidémies (en cas de gastro-entérite par exemple)… Les assureurs sont aussi intéressés, et AXA santé vient de lancer une offre d’assurance complémentaire santé individuelle incluant un objet connecté, le tracker d’activité Pulse O2 de la start-up française Withings. Ceci pose la question de savoir où vont toutes ces données (Big Data), à qui appartiennent-elles et qui les exploite ? La CNIL se pose d’ailleurs beaucoup d’interrogation à ce sujet. 
Aujourd’hui la réalité démographique, la Silver Economie et le Quantified Self sont en train de converger pour pouvoir permettre une meilleure solution pour aider les personnes âgées dépendantes à domicile. C’est ce qui ressort de l’annonce faite le 26 juin 2014 par Salesforce.com et Philips (eCareCoordinator et eCareompanion).
Dans ce nouveau modèle de care, tous les objets connectés (Internet of Things, IOT) au domicile de la personne dépendante envoient leurs données dans le nuage (le Cloud) vers une plateforme de santé où elles peuvent être analysées par des logiciels spécifiques pour déclencher une alerte si nécessaire. Ceci permet de laisser à la personne le plus de liberté possible tout en la contactant ou en lui envoyant des soignants ou un médecin lorsqu’il existe des signes d’alerte (tension artérielle, pouls, fréquence respiratoire, poids, oxymétrie, glycémie, oubli de prise de médicaments…) ou de prévenir un membre de sa famille (alerte sur le smartphone).
Ceci doit aussi permettre une meilleure prise en charge des maladies chroniques avec un coût réduit, de diminuer les hospitalisations et de favoriser le retour à domicile après un séjour à l’hôpital. Selon les initiateurs du projet : « L’objectif est de créer un continuum de soin de la prévention jusqu’à la guérison en passant par le diagnostic et le traitement ». L’objectif est bien sûr de développer de nouvelles applications de santé et de relier les différentes plateformes entre-elles quels que soient les opérateurs.
Le public visé ici est avant tout les professionnels de santé, que ce soit en ville, en institution ou à l’hôpital, avec dans le futur un catalogue d’applications toutes reliées par le Cloud.  
Les objets peuvent aussi interagir directement les uns avec les autres (Machine to Machine, M2M) : fermeture des volets et ouverture des lumières en fonction de la luminosité, ou déclenchement du chauffage ou de la climatisation en fonction de la température. Grâce au nuage, on peut ainsi interconnecter toute sorte d’objets et toutes sortes d’applications (quels que soient les fabricants) au service des personnes âgées dépendantes.
Les robots d’assistance (Hector, Kompaï, Care-O-Bot, Pearl, Nao) seront aussi connectés au nuage et pourront donner l’alerte ou appeler directement un service de secours, tout comme les agents virtuels. Quant aux robots compagnons (Aibo, Paro, NeCoRo) ils commencent à faire leur apparition en France (c’est le cas de Paro). Tout ce qui relève de la téléassistance et de la télémédecine va rapidement évoluer vers ce type de solutions techniques.
Déjà les téléalarmes commencent à évoluer vers des systèmes connectés avec capteurs de mouvements et même des sols connectés.   Bien sûr toutes ces nouvelles technologies posent de nombreuses questions éthiques quant au risque d’intrusion dans la vie personnelle (on pense à Orwell et à son « Big Brother ») et à la confidentialité des données, en particulier médicales. Car on voit bien que ces nouvelles applications s’adapteront très vite au projet de DMP (Dossier Médical Personnel) à la française et pourront intégrer toutes les données biologiques et radiologiques (comme peut déjà le faire Philips) d’un patient. Quel est le degré de sécurité du nuage ? Les données seront-elles toutes cryptées ? Qui y aura accès ? Qui va contrôler cet accès ? Autant de questions auxquelles vont avoir à répondre nos sociétés hyper-connectées. Demain notre santé sera en ligne et la prévention de la dépendance passera par le nuage.

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