Open source 2.0 ou l'ère de la maturité

En cette année 2014, l’open source est en pleine effervescence et démontre encore une fois qu’il ne s’agit en rien d’un phénomène de mode mais bien d’une mutation profonde de l’écosystème mondial de l’informatique qui se joue.

Open source 2.0, ou encore une révolution en marche qui se structure : mode d’emploi !

Désormais c’est une chose acquise depuis déjà pas mal de temps, l’open source est bien loin de l’image fantasque qu’il pouvait avoir à ses débuts et a convaincu la plupart des décideurs informatiques. On peut citer comme témoin de cette mouvance, la part grandissante de l’open source dans le secteur informatique qui est estimée aujourd’hui par la CNLL (Conseil National du Logiciel Libre) à 10 % en France par exemple.

D’où viennent ces produits ?

Dans cet écosystème de l’open Source, les origines de ces produits, bien que tous drainés par une communauté de développeurs importante, peuvent se décomposer en 3 grandes familles :
  • Des produits purement communautaires initiés par un individu mais surtout issu d’un travail collaboratif souvent mondial réalisé par développeurs passionnés et généralement bénévoles. Un exemple emblématique est l’outil de gestion de contenu Drupal.
  • La deuxième catégorie de produits provient de fondations (parmi les plus connues on peut citer la fondation apache, fondation linux ou encore plus récemment la fondation Open stack). Ici il s’agit de grands donneurs d’ordres informatiques ou encore de grands « consommateurs » d’informatique internationaux qui décident de mutualiser leurs moyens de R&D. L’objectif est à la fois de faire des économies d’échelle bien entendu mais surtout de faire émerger des standards sur le marché informatique et ainsi faire en sorte que les logiciels propres de ces acteurs ou leurs Systèmes informatiques internes soient les plus ouverts possibles et interopérables avec les autres produits du marché.
  • Enfin la troisième catégorie correspond aux produits initiés par des éditeurs de logiciel qui font le pari de l’open source pour décupler leur puissance  afin d’émerger sur le marché (ouverture, puissance R&D, nombre de références, …).

Quid des éditeurs de logiciels Open Source ?

Le principe fondamental de l’éditeur de solutions Open source, au-delà de sa croyance dans l’aspect vertueux de l’open source en lui-même, est de permettre à ses produits de s’émanciper sur le marché mondial de manière très rapide voire-même exponentielle. Cela lui permet ainsi  de se permettre de « monétiser » qu’un faible pourcentage d’une multitude d’implémentations  à l’inverse de l’éditeur classique.
Sur le principe, tout cela semble simple. Le produit est initié par l’éditeur, amandé, corrigé, testé, implémenté, amélioré par une communauté grandissante.  L’éditeur de son côté oriente et supervise les développements communautaires et facture des prestations aux utilisateurs utilisant le produits sur des plateformes critiques (support, expertise, certification, audit, formation)
La réalité du terrain était parfois quelque peu différente. Même si la réussite des produits open source en provenance d’éditeur est réelle, si le nombre d’implémentations ne cesse de croitre, il n’a pas été pas toujours si simple pour l’éditeur, père fondateur du produit, de capter les « royalties » escomptés.
Quel type de service facturer sachant que la notion de « licence » est proscrite ?, comment éviter l’emballement des clients qui voient parfois en l’open source une gratuité totale et ne joue pas toujours le jeu du renvoi d’ascenseur (Je bénéficie d’un logiciel qui a nécessité des milliers de jours de développement, ne m’étonne pas de sa gratuité et n’intègre pas la notion de partage que l’open source représente) ?
C’est en cela que bon nombre d’éditeurs de logiciel open source, souvent très jeunes, petits, trop locaux ont cherché la voie de la réussite, non pas technologique vous l’avez compris mais financière durant ces dernières années.

Open source 2.0 ou l’ère de la maturité ?

En  2014, les éditeurs open source et les sociétés spécialisées (ENL : Entreprise du Numérique Libre) marquent de leur empruntent le marché et affolent les compteurs.
Après des tâtonnements  sur leur Business Model, les industriels de l’open source semblent désormais avoir trouvé la voie et ces derniers mois ont démontré tout l’intérêt que l’open source peut susciter. Constatez plutôt :
  • Open ERP (renommé pour l’occasion  Odoo) vient de lever 10M€,
  • Acquia, expert drupal, se renforce avec 50M$,
  • Talend  a levé plus de 100M$ et prépare prochaine son introduction en bourse aux Etats-Unis,
  • Commerce Guys (Drupal Commerce) vient de lever 5,3M€ et lance sa plateforme,
  • SensioLabs (fondateur du framework symfony) a levé 5M€,
  • ElasticSearch a levé 70M$ et Wordpress 160M$,
  • Couchbase, base de données OS NoSQL lui se contente de  60M$…
  • Alfresco, solution de GED Open source, qui lève 45M$,
  • Innovance, spécialiste français de 150 collaborateurs absorbé par le géant américain Red Hat pour 40 M€ pour son expertise autour de la solution Open Stack
  • Smile, leader de l’intégration de solutions open source en Europe, qui voit Keensight et Edrip investir massivement dans son capital pour un plan de développement ambitieux
Tout cela témoigne du dynamisme de l’open source, de la création de valeur dont il est porteur avec  notamment des valorisations de société proposée par les investisseurs bien au dessus de celles des acteurs IT « classiques » de taille comparable.
Cela s’explique notamment par une maturité plus importante des décideurs informatiques qui comprennent désormais l’équilibre à respecter autour de l’open source, par la professionnalisation des acteurs de l’open source eux-mêmes qui, forts de plusieurs années d’expérience, offrent des services à hautes valeurs ajoutées pour des comptes importants et proposent des produits adressant des plateformes de plus en plus critiques.
Cela donne ainsi des perspectives encore plus florissantes à l’open source pour les prochaines années, ces nouveaux financements offrant des moyens importants aux « pure players » de l’open source pour développer leurs produits et leurs offres et permettre ainsi l’émergence de géants « open source» face à un marché qui par bien des aspects est trop ficelés par quelques acteurs omnipotents. C’est ce que j’appelle l’ère 2.0 de l’open source !

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