La mort lente de l'externalisation offshore

Pour une entreprise, confier le développement IT à des équipes offshore a fait son temps. L’idée avait pourtant de quoi séduire : profiter d’une main-d’œuvre étrangère qualifiée et bon marché pour produire des logiciels de qualité à moindre coût. Seulement voilà, les règles du jeu ont changé. Pourquoi ?

L’agilité et la productivité des équipes de développement sont désormais au cœur des enjeux. D’où l’intérêt de rapprocher ses équipes pour impulser la transformation digitale qu’impose une clientèle de plus en plus mobile. Face à cette nouvelle donne, l’offshore ne peut tout simplement plus tenir le rythme.

Gain de rapidité, la priorité n°1 des entreprises

Le gain de rapidité est la priorité n°1 de Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn et stratégiste de la Silicon Valley. Il résume ainsi sa pensée : « Si vous êtes satisfait de la première version de votre produit, c’est que vous l’avez lancée trop tard. »  

En d’autres termes : pour être à la pointe de l’innovation, arriver le premier sur le marché et creuser l’écart avec vos concurrents, vous devez accélérer le développement de vos logiciels. Déployez-les rapidement, quitte à les améliorer par la suite si nécessaire.

Le gain de rapidité offre également de nombreux avantages financiers, dont les itérations rapides et fréquentes qui permettent de maintenir les coûts à un niveau relativement bas. À l’inverse des logiciels monolithiques, lourds et peu évolutifs, les applications et plateformes dynamiques et flexibles s’adaptent facilement à la demande du marché.

Ce gain de rapidité se trouve déjà au cœur de la stratégie de plusieurs grands groupes : Vodafone a dernièrement conçu une appli cartographique en trois semaines seulement ; pour son appli Mercedes Me, Daimler s’est associé à Pivotal pour raccourcir ses cycles de développement. Quant à Apple, ses systèmes d’exploitation sont développés rapidement, puis régulièrement mis à jour. Enfin, la plateforme de vente d’Amazon est mise à jour toutes les 11 secondes.

Le développement offshore ne tient tout simplement pas ces cadences imposées par les entreprises modernes. L’accélération du « Time-to-Market » pèse bien plus lourd dans la balance face à la baisse des coûts d’une externalisation offshore.

Une équipe soudée, vecteur d’efficacité

Avec l’offshore, clients et développeurs sont dispersés aux quatre coins du monde. Outre le problème de la distance et du décalage horaire, ils sont aussi confrontés à des différences linguistiques et culturelles. Quel en est l’impact sur la qualité du travail ?

Si les équipes distantes ont le plus grand mal à travailler ensemble, c’est parce qu’une collaboration efficace repose avant tout sur les facteurs de proximité, de rapidité et de réactivité. La distance suscite des points de transfert permanents. Comme le révèle le site Balanced Team, ces points de transfert inhérents à l’offshore augmentent le risque d’erreurs et ralentissent les processus. 

L’éloignement des réalités du terrain constitue un autre problème. Oubliez les approches purement théoriques : l’expérience pratique permet d’aboutir plus rapidement à des solutions adaptées. Ce qui compte, c’est d’aller au cœur du problème, de s’en imprégner, en vue de le résoudre efficacement. Faute de perspective, les équipes offshore dispersées à travers le monde n’ont d’autre choix que d’appliquer des « recettes » théoriques souvent peu en phase avec la réalité. 

Autre problème rencontré : une paralysie liée à un excès de contrôle. Qui dit « éclatement des équipes » dit souvent « centre de commande et contrôle ». En clair, la distance renforce la nécessité de contrôle. Or, une équipe efficace et créative se sentira plus motivée par des objectifs globaux que par un cadre rigide et micro-géré. Selon Dan Pink, conseiller en carrière et écrivain américain spécialiste en la matière, la motivation des collaborateurs passe par leur autonomie. Mais cette autonomie est quasi inexistante dans les environnements de travail cadenassés des équipes offshore. 

L’offshore est également synonyme de communication décousue. Selon la théorie des « deux pizzas » de Jeff Bezos, le CEO d’Amazon, la taille d’une équipe devrait être systématiquement restreinte afin que deux pizzas seulement suffisent pour nourrir ses membres. Une structure réduite favorise la décentralisation, la rapidité, l’autonomie et l’innovation. À l’inverse, les équipes offshore sont composées d’une cohorte de développeurs et managers qui multiplient les lignes de communication, avec au final un impact négatif sur la rapidité et la précision du travail réalisé. 

Dernier point et non des moindres : la proximité du client. Comment développer un produit adapté aux besoins de l’utilisateur lorsque l’on ignore tout de lui ? Cette question constitue le postulat de la méthode « Lean Startup » d’Eric Ries. Selon cet entrepreneur de la Silicon Valley, pour bien cerner les attentes du marché, il est essentiel de se rendre sur le terrain. Si vous êtes à l’autre bout du monde, vous aurez à courir constamment d’un avion à un autre pour aller à la rencontre de vos clients.

L’offshore, une vision dépassée 

Comme nous venons de le démontrer, la meilleure approche au développement logiciel repose aujourd’hui sur des équipes soudées, rapides et agiles. Prendre en compte uniquement l’aspect financier est maintenant totalement dépassé. En fait, une équipe de 50 développeurs sur site peut faire mieux qu’une équipe de 200 collaborateurs offshore, tant en termes de rapidité que de qualité et de coûts. 

Quelle est la solution ?

Aujourd’hui, un logiciel doit être rapidement opérationnel, tout en restant facilement adaptable aux évolutions du marché. D’où la nécessité d’un développement effectué en interne, au contact de l’entreprise et de ses clients. Cette approche s’inscrit dans une vision plus globale accordant une place centrale à l’innovation logicielle. Aujourd’hui, les clients B2B et consommateurs exigent une expérience résolument digitale dans toutes leurs interactions avec les entreprises. Celles-ci ne peuvent donc plus se contenter d’un développement logiciel en vase clos et au rabais. L’innovation logicielle doit s’imposer au cœur même de la stratégie de l’entreprise. 

L’externalisation offshore n’est donc plus la panacée tant promise. Les entreprises ont désormais tout à gagner d'un rapatriement de leur développement logiciel dans le cadre d’un recentrage de leur stratégie sur le digital.

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