Les nouveaux métiers du digital

L'ère du digital s'accompagne de l'émergence de nouveaux métiers. Certains sont encore à imaginer, d'autres commencent à émerger. C’est le cas des "hackeurs de croissance" ou des "étableurs".

Le 23 juin dernier se tenait à Paris, le « Salesforce Tour Paris », événement annuel organisé par l’éditeur de solutions de gestion de la relation client, Salesforce. Classée plusieurs fois parmi les entreprises les plus innovantes par Forbes, Salesforce convie chaque année ses clients et ses partenaires à ce véritable show autour de l’expérience client et de la transformation digitale des organisations. A cette occasion, le cabinet de conseil Accenture présentait sa vision des métiers du digital. Selon le cabinet, 60% des Métiers de 2020 n’existent pas encore et c’est notamment dans le domaine du Digital que de nouveaux métiers apparaissent. Voici un zoom sur deux de ces nouveaux métiers, l'un technique, l'autre moins, qui donne une idée de la variété des nouveaux métiers du digital.

Le hackeur de croissance (ou « growth hacker »)

Habituellement, « hackeur » renvoie à l’image du pirate Anonymous masqué… Le hackeur de croissance a peu en commun avec le hackeur Anonymous, son rôle est de dénicher de nouveaux leviers de croissance pour l’entreprise. Il est à la croisée des chemins entre le marketing digital, le data management et la connaissance produit. Son rôle est de tester et des comparer différentes méthodes pour obtenir de la croissance. Par exemple, comment acquérir plus de trafic web à moindre coût ? Le hackeur de croissance procède de manière pragmatique : il se focalise sur les méthodes dont les résultants sont concluants et exploite ces méthodes jusqu’à en avoir tiré tout leur potentiel de croissance.

Les hackeurs de croissance sont apparus dans les start-up de la Sillicon Valley, où ce rôle est confié à des profils expérimentés, qui ont fait leurs preuves. L’une des entreprises les plus connues pour le « growth hacking » est Dropbox. Le modèle de Dropbox est basé sur l’acquisition de nouveaux utilisateurs en limitant au maximum les dépenses publicitaires. Les stratégies de growth hacking employées par Dropbox se sont par exemple basées sur l’utilisation de « parrains » pour faire connaître la solution. En contrepartie des nouveaux utilisateurs qu’il apporte, chaque parrain reçoit de l’espace de stockage supplémentaire. Ainsi, grâce à ce type de stratégie, Dropbox (créé en 2007) a atteint 500 millions d’utilisateurs en 2016.

Le profil du hackeur de croissance est plutôt un profil technique (du type développeur). C’est un profil recherché essentiellement par les start-up, où l’approche « test and learn » est plus facile à mettre en pratique. Plusieurs start-up ont récemment publié des offres de growth hacker sur Linkedin, comme Frichti, site web de livraison positionné sur le repas sain à prix abordable. Le growth hacking pourrait également se développer dans les grands groupes dont la transformation digitale est avancée, et où le travail en silo est proscrit.

L’étableur

« Etableur » sonne comme « établi » et laisse l’imaginaire dériver vers le travail de l’artisan. Ce n’est pas un hasard car le nom « étableur » est inspiré d’un livre de Robert Linhart, « L’établi ». L’auteur y fait le récit de son travail d’ouvrier à la chaîne dans une usine Citroën et y relate l’attachement au savoir-faire. L’étableur est en quelque sorte un artisan digital dans son organisation. Son rôle est d’accompagner ses collègues dans la transformation digitale. Concrètement, il observe les habitudes de travail, anime des communautés physiques et virtuelles, cherche l’innovation, et apporte une vision simplifiée et pragmatique du digital. Ses activités sont variées, allant de l’appropriation du tableur Excel à la mise en place d’outils collaboratifs digitaux. Plusieurs grands groupes ont mis en place des groupes d’étableurs dans leur organisation. ENEDIS (ex-ErDF) en 2015, Orange en 2015 également. Chez Orange, 15 salariés se transforment en coach digitaux une demi-journée par semaine et accompagnent leurs collègues dans la transformation digitale. Un cabinet spécialisé et précurseur dans le domaine, Dsides, propose également un accompagnement pour lancer cette nouvelle fonction dans les organisations.

La mise en place des étableurs dans une organisation est basée sur le volontariat. L’étableur doit pouvoir bénéficier des formations nécessaires à son rôle. Celui-ci étant étroitement lié à l’animation de communautés et basé sur un travail collaboratif, le salarié doit par exemple être formé aux outils digitaux correspondants. Le rôle de l’étableur renforce les échanges dans l’organisation, à l’image des approches de « reverse mentoring » mis en pratique dans certains groupes (permettre aux salariés les plus jeunes de « mentorer » les salariés qui ne sont pas des « digital natives »).

La transformation digitale des entreprises fait ainsi émerger de nouveaux métiers dans différents domaines de compétences, avec des besoins d’expertise technique différents. D’après Wagepoint, parmi les 10 emplois les plus sollicités de nos jours, aucun d’entre eux n’était exercé il y a 11 ans, en 2004. Les nouveaux métiers du digital restent pour la plupart à imaginer.

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