Pourquoi un Raspberry Pi ne fera jamais un bon client léger

Le nano-ordinateur monocarte n’a pas été pensé initialement pour une utilisation professionnelle. Et ce n’est pas sans raison qu'il n’a encore jamais été utilisé dans des déploiements de clients légers à large échelle en entreprise.

Depuis son lancement, le Raspberry Pi a beaucoup fait parler de lui. Cet ordinateur mono-carte de la taille d’une carte de crédit est devenu une plateforme parmi les plus populaires au monde. Et si, initialement, il a été pensé comme une plateforme d’apprentissage de la programmation informatique à destination des étudiants, son prix "mini" attire également les développeurs, les programmeurs et les professionnels de l’informatique, qui cherchent à adapter la solution au monde de l’entreprise.

Remplacer des postes de travail ou des serveurs, héberger des applications de réseaux, de sécurité ou même des objets connectés : les exemples d’usages basés sur cet ordinateur low-cost fourmillent sur internet et dans les médias traitant d’informatique ou de technologie.

On parle ainsi régulièrement d’utiliser le Raspberry Pi comme un client léger. Lors du Citrix Synergy de mai dernier à Las Vegas, Citrix a d’ailleurs annoncé désormais soutenir la plateforme ; ViewSonic a présenté ses propres solutions informatiques basées sur Raspberry Pi pour bureaux virtuels et pour la virtualisation des infrastructures (VDI).

Il n’en reste cependant pas moins que le Raspberry Pi n’a pas été pensé à la base pour une utilisation professionnelle. Et ce n’est pas sans raison que la plateforme n’a encore jamais été utilisée dans des déploiements de clients légers à large échelle en entreprise :

1. Le coût des options et les certifications

Avec le Raspberry Pi, le clavier, le boîtier, l’alimentation et la carte mémoire (pour un usage professionnel) doivent être achetés séparément. Les solutions ainsi composées ne disposent par ailleurs d’aucune certification ; la responsabilité de la construction et de la certification repose donc entièrement sur les épaules du développeur.

Au-delà de cet aspect, l’entreprise devra également acquérir des licences pour le système d’exploitation, les applications et les outils d’administration. De plus, elle devra également faire appel à un service de support pour la maintenance de ses unités Raspberry Pi. Tous ces ajouts combinés viennent rapidement plomber le coût de la solution. Dans certains cas, le coût total pourra doubler, voire tripler par rapport à celui du Raspberry Pi initial.

2. Le contrôle et l’administration restreints

Les solutions de client léger basées sur Raspberry Pi que l’on trouve aujourd’hui sur le marché utilisent des systèmes d’exploitation et des logiciels d’administration tiers. Et, comme c’est souvent le cas avec des solutions tierces, toute modification dans les fonctionnalités doit passer par les développeurs du logiciel, ne laissant ainsi que peu de contrôle ou de flexibilité à l’entreprise dans la gestion de sa solution.

De plus, parce que le Raspberry Pi est conçu sur un processeur ARM, les utilisateurs sont limités par le middleware dans le support de leurs périphériques et autres dispositifs. Cette limitation rend plus difficile l’ajout de nouvelles fonctionnalités que dans le cas de solutions 32-bit et 64-bit basées sur x86.

3. Des fonctionnalités grand public

Actuellement, le Raspberry Pi fournit seulement une sortie HDMI avec une résolution maximale de 1900x1200 pixels, parfaite pour une utilisation dans des appareils électroniques grand public comme les télévisions et les consoles de jeux. Mais la demande croissante en solutions multi-écrans dans l’entreprise implique que les terminaux utilisés doivent comporter un DisplayPort ou un port DVI.

Le Raspberry Pi ne supporte par ailleurs que les vitesses Ethernet standard ; il n’offre ainsi pas de passerelle de migration vers le Gigabit Ethernet, qui est aujourd’hui couramment demandé en entreprise.

4. Une garantie limitée

Le Raspberry Pi est livré avec une garantie d’un an. Cela ne couvre en aucune façon le cycle de vie complet d’un client léger, qui tourne aux alentours de cinq années actuellement.

5. De faibles marges

Les solutions pré-packagées Raspberry Pi aujourd’hui disponibles sur le marché affichent généralement un prix d’une centaine d’euros par unité. Cela suppose des marges incroyablement faibles, qui ne permettent pas à leurs constructeurs et à leurs distributeurs de faire du profit sur le Raspberry Pi.

Pourtant, il faut bien qu’ils gagnent de l’argent. Et ce sera immanquablement sur le développement de nouvelles fonctionnalités et le support commercial dont aura besoin l’entreprise.

6. Une roadmap produit qui ne cible pas l'entreprise

Avec la pédagogie comme mission initiale, il y a peu de chances que la communauté Raspberry Pi développe une solution pour les entreprises dans un futur proche. Le processeur ARM ne peut pas être rapidement optimisé, ce qui ne laisse pas d’autre choix aux utilisateurs que d’acheter à nouveau du matériel lorsqu’ils auront besoin d’ajouter des fonctionnalités ou des applications qui ne sont pas actuellement supportées par la plateforme.

Malgré la promesse de réduire les coûts informatiques des postes de travail pour l’entreprise, la plateforme Raspberry Pi présente beaucoup de freins. Les services informatiques qui cherchent à standardiser efficacement tous leurs terminaux informatiques pour en faciliter la gestion se trouveront mieux servis par une solution suffisamment polyvalente pour couvrir l'ensemble de leurs besoins, aujourd’hui et face à leurs évolutions futures. À l'heure actuelle, le Raspberry Pi n’en est tout simplement pas encore là, et des années vont peut-être encore se passer avant de le voir largement utilisé comme solution client léger au sein de l'entreprise.

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