Charles-Henri Schulz (The Document Foundation) "Nous voulons faire de LibreOffice la suite bureautique cloud la plus avancée"

Fêtant aujourd'hui ses deux ans, la suite Open Source LibreOffice compte de nouveaux déploiements d'envergure dans l'administration. Cap désormais vers Android, le HTML5, et le Cloud.

JDNSolutions. L'année dernière vous annonciez le déploiement de LibreOffice au sein des ministères français. Où en est ce déploiement ? D'autres administrations ou entreprises, ont-elles depuis aussi opté pour la suite de productivité Open Source ?

Charles-Henri Schulz (The Document Foundation - LibreOffice). Le déploiement se poursuit dans tous les ministères, via le groupe de travail interministériel Mimo (pour "Mutualisation interministérielle pour une bureautique ouverte" ndlr). Il s'agit souvent plus exactement d'une migration depuis OpenOffice, qui concerne un demi-million de postes de travail. Ces migrations, annoncées l'année dernière, peuvent durer plusieurs mois, elles continuent donc encore à l'heure actuelle.

Mais nous pouvons annoncer aujourd'hui de nouveaux déploiements. D'une part dans la fonction publique sociale, qui recouvre Pôle emploi, l'Assistance publique et la Sécurité sociale, et d'autre part dans la fonction publique territoriale, qui regroupe notamment les Régions et les Départements. Je rappelle aussi que la Gendarmerie a été parmi les premiers à avoir opté pour LibreOffice. La Caisse des dépôts et consignations en est aussi à la phase pilote.

Le déploiement devrait aussi largement pouvoir bénéficier de la récente circulaire Ayrault, qui donne un blanc-seing à l'Open Source. Cette circulaire va permettre de mobiliser plus facilement des ressources, au sein de ces administrations, pour mieux participer au développement de la suite, que ce soit dans son débogage mais aussi dans l'enrichissement de ses fonctionnalités.

"Nous initions une grande campagne pour collecter des fonds"

Où en est l'écriture de la suite en HTML5, pour qu'elle puisse être portée dans le Cloud et accessible via un navigateur ?

Nous en sommes aujourd'hui en phase alpha. Nous sommes capables de faire tourner la suite grâce au HTML 5, mais l'interface doit encore être revue pour s'adapter à l'utilisation via un navigateur. Il faut aussi encore ajouter la dimension collaborative à la suite. Certaines fonctionnalités, comme le tableur, devraient être prêtes pour fin 2013.

Je précise que nous ne voulons pas lancer un clone de Google Docs, nous sommes nettement plus ambitieux. Nous voulons en faire la suite bureautique la plus avancée et la plus complète en ligne.

Quid du portage de la suite sur Android ?

C'est aussi l'un des chantiers. Nous en sommes aujourd'hui au stade du prototype. Nous pouvons déjà faire tourner LibreOffice sur Android mais, là encore, il y un sérieux travail pour repenser toute l'interface qui reste à faire. Nous comptons au moins proposer un fileviewer permettant la lecture des fichiers, en 2013.

Au regard de l'offre et du marché actuellement, viser 2013, voire fin 2013, n'est-ce pas trop loin ?

Nous sommes parfaitement conscients de l'offre actuelle. Mais il faut bien voir que ces projets demandent de mobiliser d'importants efforts.

Je rappelle que la Document Fondation n'a pas encore de salariés fixes à plein temps. Son budget de l'année dernière s'est élevé à 100 000 euros, dont la moitié a servi à structurer la Fondation. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, à l'occasion de nos deux ans, nous lançons une grande campagne pour collecter de fonds. La somme récoltée pendant le dernier trimestre 2012 déterminera le budget dont nous disposerons pour nos projets et développement en 2013.

Charles-Henri Schulz est membre du comité exécutif The Document Foundation, qui pilote LibreOffice.

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