Frédéric Laluyaux : un Français qui valait 1 milliard dans la Silicon Valley

Portrait de Frédéric Laluyaux Il a été choisi pour prendre la tête d'Anaplan : l'une des pépites montantes de la Silicon Valley. Spécialisée dans la gestion de plans stratégiques, elle a levé 150 millions.

Il y a deux ans, le Français Frédéric Laluyaux a pris la tête d'Anaplan. C'est aujourd'hui l'une des perles montantes de la Silicon Valley. L'offre de cette société ? Une solution de gestion de plans stratégiques et opérationnels (finance, marketing, RH...). Suite à son dernier tour de table en mai dernier, de 100 millions de dollars, Anaplan aura levé en tout 150 millions depuis son lancement en 2010. La société afficherait dès lors une valorisation d'un milliard de dollars, selon nos confrères de Business Insider.

De la performance financière traditionnelle à la planification temps réel

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Frédéric Laluyaux est bien introduit dans la Silicon Valley. "Les grands dirigeants de la Valley sont très accessibles pour parler technos. C'est le cas de Marc Benioff et d'autres", nous a-t-il confié. © JDN / Antoine Crochet-Damais

Frédéric Laluyaux est loin d'être un inconnu sur le terrain des outils de pilotage. Au début des années 2000, c'est lui qui est chargé de remettre ALG sur les rails aux Etats-Unis. En 2007, ce spécialiste des outils de gestion de rentabilité est acquis par Business Objects (BO). "John Schwarz qui venait de succéder à Bernard Liautaud à la tête de BO m'a demandé de rester pour prendre en charge le développement de l'offre de gestion de la performance opérationnelle du groupe", raconte Frédéric Laluyaux. C'est dans cette optique qu'il est amené à orchestrer le rachat par BO de l'éditeur Cartesis (centré sur la consolidation et planification budgétaires), puis à en gérer l'intégration à la technologie ALG. En ligne de mire : créer une solution complète de gestion de la performance financière.

En 2007, Business Objects est acheté par SAP (pour 4,8 milliards d'euros). Une fois de plus, Frédéric Laluyaux monte encore d'un cran. Responsable de l'intégration de l'offre BO, il prend la responsabilité de la stratégie globale de l'éditeur allemand sur le secteur financier. "Je passais alors ma vie dans les avions à rencontrer les dirigeants des plus grands comptes de la planète", nous explique-t-il.

Mais en mars 2012, un évènement va faire basculer la carrière de Frédéric Laluyaux. Il est contacté par un chasseur de tête qui lui conseille de rencontrer Michael Gould, alors fondateur d'une start-up de San Francisco comptant une vingtaine de salariés : Anaplan. Les profils des deux hommes se font échos. Michael Gould a travaillé comme lead architect pour le spécialiste de la planification budgétaire Adaytum, avant que cette technologie ne devienne la brique de modélisation financière de l'offre de Cognos... société reprise par IBM en 2007. Les deux hommes viennent donc du même monde, et ont connu les mouvements de consolidation des années 2000. Pas étonnant qu'ils se soient immédiatement compris. "Quand j'ai rencontré Michael, il était évident que nous allions travailler ensemble. J'ai immédiatement appelé ma femme à Atlanta, où nous étions installés", raconte Frédéric Laluyaux.

Une application décisionnelle Web 2.0 avec une App Store

Mais c'est surtout autour d'une vision que Frédéric Laluyaux et Michael Gould se retrouvent. Celle d'une technologie de performance financière réinventée. Une technologie de planification tirant partie de la puissance des architectures 64 bits, du multi-cœur, des traitements en mémoire, mais aussi écrite en mode web et adaptée aux mobiles... Cette vision, Frédéric Laluyaux explique avoir commencé à l'imaginer dès 2006, au moment du rachat d'ALG. Mais les stratégies d'acquisition de Business Objects puis de SAP ne lui avaient pas permis de la mettre en œuvre. "Ces grands groupes IT consacrent leur investissement à gérer l'intégration des solutions qu'il achètent sans les réécrire ni les moderniser", fait remarquer Laurent Lefouet, vice-président EMEA d'Anaplan présent lors de notre entretien avec Frédéric Laluyaux, et fidèle lieutenant de ce dernier - puisqu'il le suit depuis son expérience chez ALG.

La prochaine arme de Frédéric Laluyaux : une app store pour ses clients.

Frédéric Laluyaux est donc devenu PDG d'Anaplan, et Michael Gould en est désormais le directeur technique. Depuis, la solution de la société a été finalisée. C'est désormais une offre de planification, tirant partie des dernières architectures IT, qui permet de répercuter en temps réel une évolution stratégique sur tous les plans de l'entreprise (financiers, opérations, RH...). Une offre ouverte (avec des API), qui cible les analystes métiers et pas les data scientists. Mais pour faire d'Anaplan une solution incontournable, Frédéric Laluyaux a plus d'un tour dans son sac. Sa dernière arme : le lancement cet été d'une place de marché, d'une centaine d'apps pour commencer. Des partenaires, comme Capgemini ou Accenture, ont d'ores et déjà prévu d'y apporter leur pierre. "L'idée est de proposer un app store dans lequel nos clients peuvent également partager librement des applications et modèles. Il suffit d'être client pour y avoir accès", précise Frédéric Laluyaux.

Présent dans 10 pays, dont la France, Anaplan compte aujourd'hui 250 salariés. La société revendique de grands noms parmi ses clients, notamment HP ou McAfee. Lors de sa dernière levée de fonds en mai dernier, l'éditeur d'outils de gestion RH en mode SaaS Workday est entré dans son capital, et Salesforce a augmenté sa participation, contribuant à renforcer la crédibilité de son positionnement. Anaplan pourrait-il désormais envisager une entrée en bourse ? "Pourquoi pas dans les années à venir... D'autant que certains grands comptes peuvent apprécier les fournisseurs cotés", nous répond Frédéric Laluyaux. "Mais ma priorité est pour l'heure avant tout d'investir pour faire croître notre base de clients."

Décisionnel / Business intelligence