Redécouvrons la réciprocité grâce au numérique

Le numérique ouvre d'immenses opportunités de travail collaboratif. Le potentiel de création de valeur est considérable. Libérons ce potentiel en redécouvrant le principe de réciprocité.

La notion de réciprocité est simple : si je procure un bénéfice à autrui, en dehors d'un don ou d'un simple achat, je peux attendre un retour positif.

Mais si la notion est simple, la réciprocité peut prendre des formes diverses et variées, parfois complexes, suivant le contexte et les valeurs privilégiées.

Elle peut être « ouverte », sans comptabilité des échanges et basée sur un engagement mutuel à long terme. Elle peut même se limiter à une promesse de retour « en cas de besoin » qui ne sera peut-être jamais activée.

Elle peut au contraire être relativement « fermée » avec une comptabilité précise cherchant l'équilibre, au risque de se confondre avec un simple achat.

Elle peut impliquer des échanges en nature ou des paiements monétarisés.

Elle peut être la même pour tous ou imposer différentes conditions à différents utilisateurs. La distinction entre utilisateurs peut alors être basée sur la nature de l'utilisation ou au contraire sur la nature de l'utilisateur (discrimination organique, pouvant par exemple discriminer le secteur commercial classique par rapport au secteur de l'économie sociale et solidaire).

Mais quelle que soit la forme qu'elle prend, la réciprocité implique toujours un échange et une relation de collaboration dans le temps. Elle crée un lien social.

Un besoin de licences à réciprocité

Si le numérique favorise de nouvelles pratiques collaboratives, il peut aussi permettre une appropriation prédatrice par des acteurs peu scrupuleux.

Ce risque peut être maîtrisé par l'utilisation d'une « licence à réciprocité » qui clarifie les conditions de réciprocité choisies et permet de les faire respecter. La licence structure et protège alors un mécanisme d'échange mutuel et de collaboration dans le temps.

Un certain nombre de modèles de licences on été proposés. L'éventail de situations à couvrir est large. Nous l'illustrerons par juste deux exemples.

Premier exemple de situation, celui des plates-formes numériques tiraillées entre économie du partage et hypercapitalisme, auquel tente de répondre le projet de licence #FairlyShare.

Second exemple, celui de communs de la connaissance gérés en mode associatif et tournés vers une innovation ouverte. Ceux-ci pourraient se structurer autour d'une licence de type Creative Commons Attribution / Partage dans les mêmes conditions (CC-BY-SA) ou encore autour de l'intéressant projet de licence Contributive Commons articulé autour de communautés pair à pair (P2P).

Différents modèles de licences devront coexister en s'adaptant aux différents contextes et besoins. Chaque communauté unie autour d'un projet collaboratif pourra se choisir un modèle de licence et l'adapter à sa situation.

Une boite à outils numériques

Une variété d'outils numériques seront nécessaires pour la mise en place de ces licences.

Indicateurs et métriques permettront d'évaluer quantitativement ou qualitativement les différentes contributions.

Des analyses de traces permettront de suivre les utilisations et remaniements de contenus.

La nouvelle technologie Blockchain ouvre la voie à de nouvelles solutions décentralisées et sécurisées, qui seront bien adaptées à un écosystème basé autour de communautés pair à pair. Les registres Blockchain distribués et infalsifiables pourront en particulier sécuriser l'authentification des contributions, de leurs auteurs et des conditions de réciprocité exigées. Notons à ce sujet la collaboration entre Creative Commons France et Ascribe.

Prenons les choses en main

Seule l'expérimentation par une diversité de communautés permettra de valider la pertinence et la praticabilité des divers modèles de licences à réciprocité et des outils sur lesquels ils s'appuient.

Le récent rapport du Conseil National du Numérique Travail, emploi, numérique, les nouvelles trajectoires recommande d'ailleurs l'accompagnement d'expérimentations comportant l'utilisation de licences à réciprocité (ex : licence FairlyShare, licences Creative Commons). Il recommande également de construire des indicateurs et métriques permettant de mieux mesurer les effets d'activités vectrices d'externalités sociales, environnementales, économiques ou encore d'accompagner des expérimentations ou développements relatifs à l'utilisation de protocoles blockchain pour la construction de communs.

Certains modèles de licences à réciprocité se révéleront difficiles à mettre en pratique ou limités à des cas très particuliers. D'autres se révéleront plus fonctionnels et adaptables. Ils pourront se propager et favoriser l'expansion d'un mouvement de création collaborative florissant, juste et équitable, fondé sur la réciprocité et ses valeurs d'échange et de lien social.

Le potentiel de création de valeur est significatif et dépasse largement la valeur du simple « produit » créé. Le processus de création collaborative peut déclencher des effets bénéfiques et vertueux : recréer du lien social, créer et unir une communauté pair à pair, promouvoir des pratiques inclusives, révéler et valoriser les compétences de chacun et stimuler l'innovation.

Prenons les choses en main. Expérimentons, faisons émerger des solutions fonctionnelles, pratiquons la création collaborative et redécouvrons la réciprocité grâce au numérique !

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