Alex von Frankenberg (High-Tech Gründerfonds) "L'écosystème français est mieux financé qu'en Allemagne"

Le fonds d'amorçage allemand High-Tech Gründerfonds, fondé en 2005, investit dans 40 à 50 start-up chaque année. Son directeur général décrypte sa stratégie et la situation du capital-risque en Allemagne.

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Alex von Frankenberg est directeur général du fonds de capital-risque allemand High-Tech Gründerfonds. © S. de P. HTGF

JDN. Quels sont les montants des fonds gérés par High-Tech Gründerfonds ?

Alex von Frankenberg. HTGF investit dans de jeunes start-up high-tech à grand potentiel en amorçage. Nous gérons environ 573,5 millions d'euros dans deux fonds (272 millions dans HTGF I et 301,5 millions dans HTGF II).  Typiquement, HTGF investit jusqu'à 500 000 euros en amorçage. Ensuite, nous sommes prêts à investir jusqu'à deux millions, au total, dans une start-up du portfolio.

 

Dans quels secteurs investissez-vous ?

HTGF investit dans tous les secteurs high-tech : automatisation, photonique, énergie et technologies propres, biotechnologie, nanotechnologies et chimie, IT, télécommunications, médias et e-commerce. Nous avons reçu près de 1 200 dossiers en 2013, et nous nous attendons à en recevoir 15% de plus en 2014.

 

Qui sont vos souscripteurs ?

HTGF est un partenariat public/privé. Parmi nos souscripteurs, le ministère fédéral de l'économie et de la technologie, le groupe bancaire KfW, ainsi que des investisseurs institutionnels stratégiques comme ALTANA, BASF, B. Braun, Robert Bosch, CEWE, Daimler, Deutsche Post DHL, Deutsche Telekom, Evonik, Lanxess, METRO, Qiagen, RWE Innogy, SAP, Tengelmann et Carl Zeiss.

 

Quel est votre rythme d'investissement, et combien comptez-vous de start-up à votre portefeuille ?

Nous dénombrons 245 sociétés dans notre portfolio actif. Nous investissons dans 40 à 50 start-up chaque année.

 

Vos meilleurs investissements ?

Nous avons revendu avec succès CorImmun, une société qui développe des essais clinique de médicaments, 6Wunderkinder, à l'origine d'une application d'organisation des tâches, et Plista, une solution d'optimisation des publicités digitales,  avec un très beau retour sur investissement. Dans notre portfolio, Next Kraftwerke, spécialisée dans l'énergie renouvelable, et MisterSpex, opticien en ligne, montrent de très bons résultats opérationnels.

 

Cinq investissements à l'étranger en 2013

Investissez-vous en France ?

Notre fonds investit presque exclusivement en Allemagne à cause de sa structure et de ses souscripteurs (partenariat public/privé). Depuis fin 2011, nous sommes autorisés à investir hors d'Allemagne, donc les équipes de fondateurs étrangers sont les bienvenus. En 2013, nous avons bouclé cinq investissements à l'étranger : aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Finlande et en Italie. Mais pour l'instant, nous n'avons jamais investi en France. Le marché est sans aucun doute intéressant. Certaines des plus grosses sorties de fonds d'investissements, ces dix dernières années en Europe, concernaient des start-up françaises.

 

Que pensez-vous de l'écosystème français ?

Grâce aux mesures fiscales incitatives, les fonds français de capital-risque ont un meilleur accès au capital que les fonds allemands. Il me semble donc que l'écosystème des start-up françaises est plus avancé et mieux financé que l'écosystème allemand. Cela crée des opportunités très intéressantes en France.

 

Est-il difficile pour vous d'investir en France ?

Il semble qu'il est en effet plutôt difficile pour des investisseurs allemands de s'introduire dans l'écosystème français, principalement parce que l'industrie française des VC est assez forte, mais peut-être aussi à cause de la barrière de la langue.

 

Comment se porte l'écosystème allemand ?

Le secteur des start-up en Allemagne s'est plutôt remis d'un grave ralentissement qui l'avait frappé entre 2003 et 2005. Berlin est devenu un endroit où se rassemblent de nombreux entrepreneurs de toute l'Europe. Cependant, parce que l'Allemagne est décentralisée, on trouve des start-up prometteuses dans de nombreuses villes et régions de l'Allemagne. Nos plus gros souscripteurs, le ministère fédéral de l'économie et KFW, sont basés à Bonn, tout comme deux de nos investisseurs privés, Deutsche Telekom et DHL. C'est pour ça que nous y sommes également. Bonn est une ville centrale, d'où l'on peut rejoindre en une heure toutes les grandes villes allemandes.

 

Quelles sont les principales différences entre les écosystèmes français et allemand ?

Difficile à dire. En tout cas, leur point commun est que les deux écosystèmes de start-up sont en train de rattraper rapidement les leaders américain et britannique.

 

Quelles vont être les grandes tendances en 2014 ?

Tant que les marchés boursiers restent à des niveaux records, nous verrons de nombreuses sorties intéressantes pour les start-up. La sécurité IT sera, bien sûr, une grosse tendance ces prochaines années, tout comme la médecine personnalisée et la robotique.

 

Alex von Frankenberg a décroché un MBA en Business Administration à l'Université du Texas, à Austin, puis un doctorat à l'université de Mannheim. Il a travaillé au sein de Deutsche Bank, puis de l'accélérateur Siemens en tant que manager. Il est désormais directeur général du fonds High-Tech Gründerfonds. 40 personnes travaillent pour HTGF, dont 28 gestionnaires de portefeuille et deux directeurs généraux.

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