Christian Sanz (Skycatch) "On ne livrera pas par drone dans un futur proche"

Skycatch a révolutionné le marché des drones en les rendant totalement autonomes. Son fondateur nous explique son projet et livre son analyse sur le potentiel de ces engins volants.

Comment vous est venue l'idée de Skycatch ?

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Christian Sanz est fondateur et CEO de Skycatch © Skycatch

Avec l'apparition des drones, j'ai rapidement pris conscience que ces appareils allaient nous permettre d'accéder à de nouveaux types d'informations et d'images. J'étais persuadé qu'il existait une réelle demande pour ces données cartographiques. A mes yeux, l'utilité du drone est avant tout de pouvoir récolter des données et c'est précisément ce que nous proposons à nos clients. Créée il y a un peu moins de deux ans, l'entreprise est basée à San Francisco et a levé au total plus de 13 millions de dollars. Nous avons très vite reçu de l'intérêt de la part de Google qui fait d'ailleurs parti de nos investisseurs.

 

Dans quelles circonstances le recours à vos drones se révèle utile ?

Il existe plusieurs types de cas mais je peux vous citer l'exemple du secteur de la construction. Un marché qui n'avait même pas été considéré lorsque j'ai démarré l'entreprise. Il s'est pourtant révélé être l'un des plus porteurs car très demandeur en data. La raison est simple : dix minutes après avoir pris une photo d'un site de construction, les choses ont déjà évolué ! C'est là que nos drones se révèlent utiles. Ils peuvent survoler de manière permanente un chantier et informer nos clients de toutes ses évolutions. Nous leur permettons de visualiser des photographies aériennes mais pas seulement. Grâce à notre interface disponible sur tablette, ils peuvent par exemple générer des rapports ou avertir par e-mail les employés du site de toutes les évolutions. En clair, nos clients peuvent désormais gérer tout un site de construction grâce à notre interface.

 

L'entreprise est-elle rentable ? Qui sont vos clients ?

"Nos drones peuvent atterrir et se recharger en totale autonomie"

L'entreprise génère effectivement des revenus, mais cet argent nous sert dans le même temps à financer le développement de notre technologie, et notamment de toute notre activité hardware, ce qui coûte cher. Dans le domaine de la construction, nous travaillons avec des entreprises telles que Bouygues en France. Nous comptons également parmi nos clients des distributeurs comme URS, qui se chargent d'intégrer la technologie pour ces constructeurs. Nous dénombrons aujourd'hui des clients un peu partout dans le monde, notamment aux US, en Australie ou encore au Japon.

 

Où sont fabriqués ces drones et quelles sont leurs spécificités ?

Ils sont construits aux US. Nous avons été les premiers à concevoir des drones entièrement autonomes, ne nécessitant aucune interaction humaine. Nous l'avons fait pour la simple raison que nous ne pouvions pas satisfaire toute la demande. En effet, je suis un bon pilote mais il m'était impossible de me rendre sur plusieurs chantiers en même temps. Or, le processus de rechargement et de changement de batterie prenait du temps et nécessitait l'intervention d'un humain. Aujourd'hui les drones que nous livrons à nos clients peuvent atterrir et se recharger en totale autonomie.

 

Est-ce là votre principale activité ?

"Livrer par drone ? Pas dans un futur proche..."

Nous avons récemment franchi une nouvelle étape. Nous concentrons désormais nos efforts sur le développement de la technologie permettant le traitement de ces données. Notre objectif à terme est ainsi de pouvoir vous fournir des données cartographiques partout dans le monde. Nous travaillons également au développement de technologies qui permettront à d'autres machines de pouvoir utiliser les données recueillies par nos drones. En fait, d'une société de hardware à l'origine, nous sommes progressivement en train de devenir une entreprise de software. Les logiciels permettant l'autopilote et l'atterrissage du drone sont sans doute les deux plus importants que nous ayons développés. Nous les proposons d'ailleurs à d'autres entreprises sous forme de licences.

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Un drone autonome survolant une carrière © Skycatch

Vous avez récemment lancé "Workmode", un programme permettant à des pilotes d'utiliser votre interface pour trouver des clients, et vice versa. Quel en est l'objectif ?

Il faut comprendre que toutes les entreprises avec qui nous travaillons ne vont pas forcément louer notre matériel et nos drones autonomes. En effet, pour des petits projets, certaines vont préférer faire directement appel à des pilotes. Cela donne ainsi la possibilité à des pilotes propriétaires de drones de gagner de l'argent en cartographiant des sites, tout en nous permettant de satisfaire davantage de demandes. Il existe déjà aujourd'hui près d'un million de pilotes et ils seront probablement beaucoup plus dans les mois et années qui viennent. Raison pour laquelle je pense que cette industrie va devenir massive. Via "Workmode", nous proposons à des pilotes professionnels – qui doivent d'abord obtenir une certification interne liée à des questions de sécurité, d'être mis en relation avec nos clients. Pour l'anecdote, nous avons même intégré un système de notation des pilotes qui est directement inspiré des entreprises de la sharing economy, comme Airbnb ou Uber.

 

Comment voyez-vous l'industrie des drones évoluer ? Quelle est votre point de vue sur la livraison de colis par drone : réalité proche ou science-fiction ?

"D'un point de vue réglementaire, la France est en avance"

Je pense qu'il existe effectivement une réelle demande pour un système de livraison plus rapide. Nous souhaitons en effet tous être livrés au plus vite. Et les drones sont la solution au problème. Cependant, même si je crois fortement que des drones ou d'autres appareils volants seront un jour capables de livrer et déplacer des objets au-dessus de nos têtes, je ne pense pas que cela puisse devenir une réalité dans un futur proche. La technologie n'existe tout simplement pas encore aujourd'hui. Pour autant, le fait qu'Amazon et Google aient déjà fait un premier pas dans cette industrie est une excellente nouvelle. Cela va permettre d'apporter davantage d'innovations.

 

Que pensez-vous de la législation liée à l'usage des drones ?

Sur cette question, la France est clairement en avance, que ce soit d'un point de vue commercial ou technologique. Certaines pratiques sont autorisées en France mais sont pour l'heure interdites aux Etats-Unis. Par exemple, il n'existe pas encore aux US de certification pour les pilotes professionnels, leur permettant d'exercer dans un cadre commercial. Nous travaillons toutefois sur ces questions avec la FAA (Federal Aviation Administration), tout en faisant de la sécurité des personnes une véritable priorité.

 

Bio : Vétéran de la Navy, Christian Sanz est un entrepreneur chevronné avec plus de 20 années d'expérience. Il est notamment le fondateur et CEO de Skycatch. Avant cela, il avait travaillé pour Disney et avait déjà été impliqué dans le lancement de plusieurs start-up parmi lesquelles Geeklist Inc, Storify ou encore Break.com. Il est aussi à l'origine des Drone Games, l'une des plus grandes compétitions de drones au monde.

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