Jacob Blackstock (Bitstrips) "Bitstrips est un nouveau moyen d'expression personnelle"

Phénomène sur les réseaux sociaux et sur mobile, Bitstrips permet de raconter son quotidien en bande dessinée. Entretien avec son fondateur, qui explique son parcours et ses projets.

Pouvez-vous nous présenter Bitstrips et son concept ?

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Jacob Blackstock est le fondateur et CEO de Bitstrips © S. de P. Bitstrips

BiStrips permet de communiquer et de divertir ses amis en personnalisant des vignettes de bandes dessinées dont vous êtes à la fois l'auteur et l'acteur. Nos utilisateurs ont l'embarras du choix puisqu'il en existe aujourd'hui pour tout type d'occasion ou de situation. Une fois créées, ces images ont ensuite vocation à être partagées avec ses amis ou sa famille sur les réseaux sociaux mais aussi par e-mail ou sms. Basée à Toronto, la société compte moins d'une vingtaine d'employés.

 

Vous avez fondé Bitstrips en 2007. Comment vous est venue cette idée ?

Depuis tout petit, j'ai toujours été passionné par l'univers de la bande dessinée et par le monde de l'animation. Pour moi et mes amis, dessiner comptait parmi nos passe-temps favoris et il nous arrivait souvent de nous mettre en scène au travers de dessins pour se faire rire les uns les autres.

Nous nous échangions parfois ces dessins par fax. Nous nous sommes alors dit : pourquoi ne pourrions-nous pas permettre à tous ceux qui ne disposent pas de compétences particulières en dessin de partager notre passion et de s'amuser comme nous le faisons ? Nous avons donc conçu le site internet de Bitstrips, puis les applications mobiles ont suivi.

 

Avec zéro budget publicitaire, Bitstrips a réussi à séduire des millions d'utilisateurs, notamment sur mobile, en très peu de temps. Comment avez-vous fait ?

Suite à la sortie de nos applications mobiles, l'effet viral a été incroyable et nous a beaucoup surpris. Lorsque nous avons sorti la première version de notre application, nous n'avions fait aucune publicité et n'en avions pratiquement parlé à personne. Selon moi, la principale raison de ce succès est que lorsque des gens tombent sur des dessins réalisés sur Bistrips, ils n'y voient pas simplement une image drôle, ils s'y voient eux-mêmes.Car ce sont eux les personnages principaux.

Ces vignettes retiennent donc rapidement l'attention et donnent naturellement lieu à des questions du type "comment as-tu fait ça ?" ou encore "où as-tu appris à dessiner ?". C'est comme ça que, chaque jour, de nouvelles personnes sont découvrent Bitstrips.

 

De nouvelles scènes personnalisables sont proposées quotidiennement. Combien de personnes sont chargées d'imaginer ces nouveaux scénarios ? Où trouvez-vous vos idées ?

"Comment as-tu fait ça ?"

En tant que directeur artistique, cette tâche est gérée par moi-même ainsi qu'un autre de mes cofondateurs. Une équipe rédactionnelle est également là pour nous aider. Notre département artistique, composé de 5 personnes, s'occupe ensuite de la réalisation des dessins.

L'inspiration vient vraiment de partout et chaque instant de la journée peut nous inspirer la création d'un Bitstrips. Notre vision est que, peu importe ce qu'il vous arrive, ce que vous pouvez ressentir, ou ce à quoi vous pouvez penser à tel ou tel moment de la journée, il doit y avoir un Bitstrips pour vous permettre de le partager avec vos amis.

 

En quoi l'écosystème de Facebook vous a-t-il aidé à créer cet effet viral ?

Dès le début nous avons souhaité que l'utilisateur et son entourage soient au centre de l'expérience. Car sur Bitstrips, ce sont vos amis qui deviennent les personnages principaux de vos vignettes. L'écosystème de Facebook s'est donc révélé particulièrement utile et pertinent pour nous. Nous nous sommes depuis étendu à d'autres plateformes et il est désormais possible de partager ses Bitstrips sur Tumblr, Twitter, mais aussi par email et sms.

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Exemple de Bitstrip réalisé par l'équipe artistique de la start-up pour le JDN : Jacob Blackstock interviewé par notre journaliste. © Bitstrips

Quelques chiffres à partager sur votre activité ? Que représente la France dans tout ça ?

Depuis le lancement de nos applications, nous avons connu une croissance fulgurante. Nous avons récemment été classés en première position de la catégorie "Divertissement" de l'App Store dans près de 90 pays. Au cours des deux derniers mois, ce sont près de 30 millions d'avatars qui ont été créés.

L'engouement que connait Bitstrips sur le plan international est vraiment incroyable, et la France n'est pas en reste puisque nous comptons des utilisateurs dans 417 villes. Parmi elles, Paris arrive en tête en nombre d'utilisateurs, suivi de Lille, Lyon et Toulouse.

 

Quelle est la part de votre trafic web comparé à celui du mobile ?

Je ne peux pas communiquer le ratio exact mais le mobile représente la plus grande partie de notre trafic aujourd'hui. Ce qui est plutôt logique puisque nous avons désormais tous un téléphone dans notre poche. Dès que quelque chose nous arrive, il est facile d'ouvrir l'application et de raconter ce moment au travers d'un Bitstrips.

 

Quelles sont les différentes utilisations de Bitstrips que vous avez pu observer ou qui vous ont surpris ?

L'achat d'objets pour monétiser ?

Bitstrips se révèle être un véritable outil d'expression personnelle et nous voyons de plus en plus d'utilisateurs utiliser les vignettes pour s'exprimer et communiquer. J'ai par exemple récemment appris qu'une personnalité politique française avait utilisé BitStrips pour annoncer sa candidature à une élection (la sénatrice-maire de Beauvais Caroline Cayeux a récemment annoncé sa candidature aux municipales via BitStrips, ndlr). Nous réalisons également que Bitstrips est de plus en plus utilisé pour personnaliser des objets. J'ai par exemple pu observer certains de nos utilisateurs réaliser des gâteaux d'anniversaire originaux à partir d'images Bistrips. D'autres encore ont eu l'idée de faire imprimer leurs vignettes sur leur couverture de lit pour obtenir, à l'arrivée, un objet complétement personnalisé à leur image.

 

Comment comptez-vous gagner de l'argent ? L'achat In-app d'objets visant à personnaliser son avatar constitue-t-elle une piste pour vous ?

Nous avons beaucoup d'idées et je pense qu'il existe de réelles opportunités pour monétiser le service. Néanmoins, ce n'est pas notre préoccupation aujourd'hui. Nous restons avant tout concentrés sur le produit et sur l'amélioration de l'expérience utilisateur. Mais pour essayer de répondre à votre question, il est vrai que certains utilisateurs pourraient apprécier d'avoir plus de choix pour habiller leur avatar. C'est quelque chose que nous n'écartons pas, mais que nous explorons au même titre que d'autres options.

 

Votre siège social est basé à Toronto, où l'entreprise a vu le jour. Pouvez-vous nous dire un mot sur l'écosystème de cette ville ?

"Notre équipe est majoritairement composée d'artistes"

La scène technologique de Toronto est vraiment incroyable et n'a eu de cesse de se développer ces dernières années. Nous avons eu la chance d'être très bien entourés et, même si nous pensons aujourd'hui à nous étendre géographiquement, nous garderons toujours un pied dans celle ville à laquelle nous sommes très attachés.

Néanmoins il faut noter que pour une entreprise comme la nôtre, la question de la localisation importe peu. Il est surtout important de penser global dès le début puisque, grâce au web, votre service est automatiquement accessible depuis n'importe quel endroit dans le monde.

 

Vous avez levé en décembre dernier près de 3 millions de dollars auprès du fonds Horizons Ventures. Comment comptez-vous dépenser cet argent ?

Nous allons continuer à améliorer le produit et l'expérience utilisateur. Nous proposerons bientôt davantage de modes de partage et toujours plus d'options de customisation pour permettre à nos utilisateurs d'exprimer toute leur créativité. Pour nous aider dans cette tâche, nous allons procéder à une série de recrutements, notamment de profils ingénieurs, afin de renforcer le pôle technique de notre équipe qui est encore majoritairement composée d'artistes et de dessinateurs.

Nous comptons également embaucher dans le secteur artistique pour nous permettre de créer toujours plus de contenu.

 

Quels sont vos objectifs pour la suite ?

Bitstrips est aujourd'hui devenu un nouveau moyen d'expression et de communication et nous allons continuer à orienter le service dans cette direction. Beaucoup de nouveautés sont à prévoir pour cette année. Nous n'en sommes encore qu'au tout début de l'aventure.

 

C'est en 2007 que Jacob Blackstock - aussi connu sous le pseudo de "BA", fonde Bitstrips avec l'idée de permettre à chacun de pouvoir se divertir et communiquer en personnalisant des vignettes de bandes dessinées. Passionné par le monde de l'animation et de la bande dessinée depuis ses 6 ans, BA cumule aujourd'hui les postes de CEO et de directeur artistique de Bitstrips.

Bitstrips / Jacob Blackstock