Jérémie Berrebi (Kima Ventures) "2014 sera l'année des objets connectés et de la sharing economy"

Le co-dirigeant du fonds d'investissement Kima Ventures décrypte les tendances du numérique en 2014 et identifie les secteurs les plus en vogue cette année.

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Jérémie Berrebi co-dirige Kima Ventures aux côtés de Xavier Niel. © S. de P. Kima Ventures

JDN. Quels seront les secteurs en vogue dans le domaine du numérique, en 2014 ?

Jérémie Berrebi. D'abord, le secteur des objets connectés devrait exploser. Clairement, bientôt, tout objet du quotidien, depuis la poussette de bébé jusqu'à la brosse à dent en passant par le lit ou la guitare, sera connecté au smartphone. Chacun pourra surveiller son activité, comme son sommeil par exemple. Des applications permettront de piloter la maison à distance. Progressivement, on rajoutera probablement des composants qui connecteront nos objets existants. Tout le monde travaille sur le sujet, depuis les start-up jusqu'aux gros fabricants de composants : on l'a bien vu au CES de Las Vegas. Bien sûr, des questions se posent : Va-t-on l'utiliser de la bonne manière ? Y a-t-il un intérêt à être connecté ? Je pense que oui.

En 2013, Kima a investi dans plus de 10 start-up spécialisées dans les objets connectés : la Prep Pad, une balance de cuisine connectée -nous sommes montés au capital avec Google Ventures, Greenbox, un système d'arrosage du jardin, Petnet, un outil de distribution de nourriture pour les animaux... Et nous cherchons encore de nombreux dossiers de ce type en 2014. Nous venons par exemple d'investir dans une start-up israélienne qui permet de gérer l'air conditionné depuis son smartphone, Sensibo. Grâce à des algorithmes dans le cloud, on peut le régler en fonction d'informations disponibles sur Internet : je veux que mon air conditionné se mette en route s'il fait telle température dehors, par exemple. Le produit sortira bientôt. Et Kima a aussi investi dans une start-up coréenne qui mélange la tendance de la maison connectée avec celle des selfies : Podo, un mini capteur-appareil photo que l'on colle sur un mur et que l'on contrôle depuis son smartphone. 

 

Quoi d'autre ?

Un autre secteur qui devrait se renforcer est la sharing economy. Comment créer des services qui, plus ils sont utilisés, gagnent en intérêt économique, social et politique ? C'est ce sur quoi reposent Airbnb ou Blablacar, par exemple. Un nouveau modèle est en train d'émerger, depuis un ou deux ans : tout le monde est entrepreneur. On a tous des compétences assez valorisantes pour les vendre à l'extérieur, et arrivera un moment où elles pourront toutes se monétiser. Pour la nouvelle génération, il sera normal de tout partager. Si j'ai besoin d'aide pour les devoirs de mon fils, par exemple, je vais profiter de l'interconnexion pour trouver quelqu'un à proximité qui peut m'aider. Ce fonctionnement va devenir standard. A terme, pourquoi pas même sous-traiter une journée de travail, pour 80% de son salaire journalier par exemple ? Moi je suis prêt à payer, un jour où je suis fatigué !

Systèmes de paiement

Dans ce contexte de sharing economy, les systèmes de paiement sont aussi amenés à évoluer. Si je deviens quelqu'un qui vend des services à n'importe quel moment, j'ai besoin de pouvoir recevoir des paiements avec mon smartphone facilement. C'est pour ça que Square marche si bien aux Etats-Unis et au Canada, par exemple. Ce type d'applications n'est pas très développé en France, mais devrait le devenir.

 

Le Bitcoin fera-t-il également partie des grandes tendances ?

Est-ce que je crois au Bitcoin ? Utilisé pour "squeezer" les Etats et ne pas payer d'impôts, pas une minute. Mais pour "squeezer" les banques, oui ! Par exemple, pour envoyer de l'argent à l'étranger sans payer de commission exorbitante alors que la banque n'apporte aucune valeur ajoutée. Il y a actuellement un réel souci de sécurité concernant le Bitcoin : il va falloir protéger les porte-monnaie électroniques, et c'est un secteur qui pourra être porteur. Kima envisage d'ailleurs d'investir dans deux dossiers, dont une solution pour lutter contre la volatilité du Bitcoin en fixant une valeur étalon que l'on garde pendant toute la durée d'une transaction.

 

Quelles start-up vont exploser en 2014 ?

Parmi les start-up de notre portefeuille, plusieurs sont en train d'exploser : Leetchi et Prêt d'Union en France, mais aussi Greenmangaming en Grande-Bretagne : la marketplace permet de revendre des jeux vidéo digitaux mais inclut les éditeurs, qui continuent à toucher de l'argent. Le site, dans lequel Kima a investi en 2011, enregistre des volumes de ventes exceptionnels.

 

Quels seront les secteurs les plus monétisables ?

En B2B, ceux qui remplacent les services qui coûtent cher, comme les avocats, les notaires...  Kima a investi dans Lawpal aux côtés de Peter Thiel, fondateur de Paypal. La société n'est pas tueuse d'avocats mais met en relation entreprises et avocats spécialisés appropriés. Personne n'a intérêt à tuer les anciens métiers : faire ressortir ceux qui sont bons, c'est ce qui est intéressant.

En B2C, les secteurs les plus monétisables sont ceux qui touchent à la sharing economy. Ce qui s'est passé avec les taxis qui se sont attaqués à une voiture Uber rentre un peu dans l'histoire. On se rend compte qu'une nouvelle révolution industrielle s'opère, avec des nouveaux services ultra simples, accessibles, faciles à utiliser comme Uber ou Airbnb. Ils ne peuvent pas se permettre d'être mauvais en service client, puisque le principe est de noter le service directement après utilisation.

Abonnements

Les modèles d'abonnement sont également appelés à connaître une forte croissance. On avait l'habitude de voir ce type de business model dans la télévision. Aujourd'hui cela touche la musique, les films. Demain cela pourra s'appliquer à bien d'autres secteurs, comme des outils de travail par exemple. Contrairement à un logiciel, le client est toujours assuré de bénéficier de la dernière version.

 

Quels sont les projets de Kima pour 2014 ?

Désormais, nous sommes trois pour gérer les investissements. Nous allons continuer d'entrer dans le capital de deux à trois start-up par semaine. On investit presque trop pour le marché : la logistique nous empêche d'aller plus vite. Cette année, Kima va aussi beaucoup travailler sur le portefeuille existant. Nous allons améliorer la communication entre les start-up du portefeuille et entre Kima et les start-up.... Nous en comptons désormais plus de 250 à notre portefeuille.

 

Jérémie Berrebi a fondé en 1996 sa première société, Net2one.com, un agrégateur d'articles de presse qu'il a cédé au groupe Presse Plus en avril 2004. Après avoir travaillé pour la filiale mobile de Lagardère en Israël, CellFish, il lance Zlio, en 2005. En 2010, il co-fonde Kima Ventures avec Xavier Niel, fondateur de Free/Iliad.

Jérémie Berrebi / Uber