Pierre Louette (Orange) "Orange va investir 20 millions d'euros dans des start-up qui lui sont complémentaires"

Orange vient d'annoncer une enveloppe de 20 millions d'euros pour investir dans des start-up early stage. Pierre Louette, directeur général adjoint et secrétaire général d'Orange, décrypte la stratégie du groupe.

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Pierre Louette, directeur général adjoint et secrétaire général d'Orange. © Orange

JDN. Orange a annoncé la semaine dernière le lancement d'Orange Digital Ventures, initiative destinée à financer les start-up numériques. En quoi consiste-t-elle ? Est-ce un fonds d'investissement ?

Pierre Louette. Orange Digital Ventures, initiative dont je suis à l'origine, est en fait le nom que l'on donne à l'ensemble de nos initiatives d'investissements dans des start-up. Cela ne désigne pas un fonds en particulier. Cette initiative regroupe donc, d'une part, des projets déjà existants en la matière, mais en ajoute de nouveaux.

Pour ce qui est des anciens projets, Orange est déjà impliqué dans le soutien aux start-up à travers trois volets. D'abord, Orange a investi aux côtés de Publicis 75 millions d'euros dans Iris Capital, société de capital-risque qui investit depuis trois ans, à travers ce fonds, dans des start-up innovantes. Nous avons aussi mis de l'argent dans les fonds d'investissement Ecomobilité Ventures, dédié à la mobilité durable, et Robolution. Le deuxième volet repose sur des tickets substantiels pris de manière directe dans des entreprises du numériques, mais cela s'apparente plus à de la fusion-acquisition. Nous l'avons fait avec Dailymotion, dont nous possédons 100% du capital, avec Deezer... Enfin, le troisième volet, que nous venons de créer et à l'occasion duquel nous avons lancé Orange Digital Ventures : l'investissement dans des start-up en early stage, dans le domaine du numérique.

 

En ce qui concerne ce troisième volet, quel est votre budget ? Pourquoi se lancer dans l'early stage ?

500 000 à 1,5 million d'euros

C'est une nouvelle enveloppe de 20 millions d'euros pour 2015. Nous investirons des tickets de 500 000 à 1,5 million d'euros, seul ou avec d'autres fonds. Investir en early stage nous paraissait manquer dans le dispositif d'Orange de soutien aux start-up. Nous accélérons déjà des start-up, partout dans le monde, avec Orange Fab. On les soutient, on les met en contact avec des contacts adaptés... Mais on n'investit pas ou très peu ... Plus de 70 sociétés y sont passées mais on n'a pas investi dans toutes, loin de là.

 

Quels sont vos critères de sélection ?

Nous n'avons pas de dogme, pas de secteurs de prédilection, mis à part le numérique au sens large, mais nous citons en priorité ces cinq axes : connectivité et réseaux, entreprises, fintech, Internet des objets et AMEA (Asia, Middle East and Africa). Nous cherchons des start-up qui apportent une technologie qui nous intéressent pour notre activité télécom, ou bien une technologie qui concurrence nos activités et dont nous voulons voir comment elle marche et l'intégrer. Nous sommes aussi intéressés par des produits qui pourraient ajouter quelque chose à notre offre. Nous prendrons des tickets dans des sociétés qui peuvent nourrir une relation avec nos clients, qui proposent une brique software pour notre stratégie de smart cities, par exemple, ou encore un objet de e-santé... Ce budget va servir notre développement stratégique, contrairement à celui que l'on investit dans des fonds. Par exemple, nous venons d'investir un million d'euros dans Afrimarket, spécialiste du transfert d'argent en "cash to goods". C'est une très bonne illustration de ce que l'on veut faire, avec un modèle complémentaire.

 

Axelle Lemaire a dit vouloir prendre des mesures pour favoriser l'investissement privé dans les start-up. Elle a aussi évoqué la signature d'une charte entre start-up et grands groupes Qu'en pensez-vous ?

On a un peu devancé son appel. Ce qu'on vient d'annoncer est complètement illustratif de la volonté de la charte. Nous allons apporter des financements qui faisaient défaut et compléter notre stratégie d'aide aux start-up.

 

Les grands groupes sont souvent critiqués car ils ont du mal à travailler avec les start-up, que ce soit pour décider d'y investir ou simplement pour devenir leur client, car les process y sont bien trop longs...

Process allégés pour les start-up

Quand on est un groupe comme Orange qui achète pour plus de 10 milliards d'euros par an, on a plein de contacts avec des grandes et de petites entreprises. On doit affiner nos processus, demander aux équipes d'achat de s'améliorer, d'alléger les processus pour les très petites entreprises. C'est une réflexion en cours qui aboutira à des nouveaux process dans les prochains jours.

En ce qui concerne les investissements en early stage, nous voulons une gouvernance légère, le but est d'aller vite, de mettre en place un processus accéléré. Une petite équipe à Paris et San Francisco va identifier et proposer des investissements. Parfois on a pu être un peu long, lent pour une start-up à découvrir. Orange est composé de tellement de strates et silos...

 

Pierre Louette, actuellement Directeur Général Adjoint et Secrétaire Général d'Orange, est  en charge d'Orange Wholesale France, des Achats du Groupe, du programme d'efficience opérationnelle Chrysalid, d'Orange Silicon Valley, d'Orange Horizons et d'Orange Digital Ventures. Après avoir été Conseiller technique pour la communication, la jeunesse et les sports au Cabinet du Premier Ministre de 1993 à 1995, Pierre Louette est devenu Secrétaire général et Directeur de la communication de France Télévisions. A partir de 1996, il participe au développement d'Internet en France à la tête de la Web agency Connectworld du groupe Havas, puis en tant que dirigeant du fonds d'investissement d'Europatweb. Directeur Général de l'Agence France-Presse de 2003 à 2005, il en est élu PDG en 2005, fonctions qu'il occupe jusqu'en 2010.

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